Accueil Ugnon-Fleury joue le jeu "Five beers and the 1 winner !"

"Five beers and the 1 winner !"

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Naïf que je suis ! J'ai longtemps cru que la journée du Grand Steeple-Chase de Paris était le sommet planétaire de l'obstacle. Se prétendre le nombril du monde. Voilà qui est bien français. Mon récent voyage touristique et... éducatif à Cheltenham m'a remis les idées en place. La fête des sauteurs n'a pas lieu sur la butte Mortemart mais à un peu plus de deux heures, à l'ouest de Londres. Pendant quatre jours, une paisible petite ville de province se retrouve prise d'assaut par des milliers de turfistes venus trinquer à la santé de leurs champions. Le jour de la Gold Cup, plus de 80.000 personnes sont ainsi venues applaudir Kauto Star et Denman. Sur le champ de courses, c'est un immense flot de turfistes qui se déverse lentement à travers les allées. Mais s'il est difficile de se frayer un chemin pour commander une bière, l'accès aux nombreux guichets est aisé. Bookmakers côtoient le Tote (le PMU anglais), dans une parfaite complémentarité. Chez les premiers, abrités sous de grands parapluies, on peut même y discuter la cote du cheval. Chez les seconds, tout est affiché, on se sent chez nous.... Je décide finalement d'acheter du Soldatino, à 7/1 chez Ladbroke, deux points de mieux qu'au mutuel. Un choix cocardier (c'est un ex-pensionnaire de Loïc Manceau), on ne se refait pas. J'ai laissé mes jumelles dans ma poche. J'ai vite compris que sur cet hippodrome démesuré il fallait avoir un télescope pour décrypter les courses. Je préfère l'écran géant. Le fils de Graveron occupe une bonne place. Il saute vite et bien. J'y crois. Il franchit le dernier obstacle avec les premiers et ne tarde pas à prendre le meilleur. Je regarde mon ticket. Pratique, le montant des gains y est indiqué : une centaine de livres. Good ! De bon augure pour la deuxième course. Un handicap de 28 partants, avec un certain Rock Noir au départ. L'ex-pensionnaire de Marcel Rolland, entraîné par le local Jonjo O'Neill, m'est offert à 12/1 ! Il porte 76 kilos et fait ses premiers pas en Angleterre. Même pas peur. Donnez m'en pour 50 livres, gagnant bien sûr ! Non mais, Rock Noir face à Tito Bustillo, Noble Prince et consorts : l'ex-meilleur 4 ans français va faire « joujou » avec... Résultat des courses :"vite à l'arrière-garde, n'a jamais pu donner d'espoirs à ses preneurs..." Le moral du petit clan français en a pris un coup, comme leur portefeuille, certains de mes compagnons d'infortune ayant encore été plus chauvins que moi... Bon, il faut se consoler. Retour au paddock. Five beers, please !
Nous avons un tuyau pour la troisième. Parole d'initié : ne touchez pas à l'ex-Chotard Najaf... Il m'aurait pourtant bien tenté ce Nicholls. Regret : il termine deuxième à 6,5 placé. Je vais en rester là. Il n'y pas trop de casse. La prochaine, c'est Kauto Star. Liz Price, notre chère collègue anglaise, nous a offert l'écharpe du parfait supporter de l'ex-frenchy. Deux heures avant la course, son mentor Paul Nicholls, sollicité par le photographe français Jean-Charles Briens, a pris le temps de venir poser à côté de nous pour une image collector. Sympa le top-entraîneur anglais !
Pas question de lui porter la poisse en jouant les matelassiers. On va juste encourager l'idole des hippodromes britanniques. Kauto Star n'est pas dans un grand jour. Il saute gros, prend ses appels loin... Et il fait une faute. Enorme faute rediffusée en direct sur l'écran géant, pendant un temps mort, entre deux fences. Un immense « Ohhhhhh » s'élève des tribunes. Le public communie avec les champions. Ruby Walsh tente de motiver Kauto, qui va moins bien que ses principaux rivaux. Et puis, c'est la faute de trop. Le champion culbute, laissant Denman et Imperial Commander en découdre sous la clameur d'un public déchaîné. Imperial Commander, la valeur montante, triomphe devant un valeureux Denman. Tous deux reçoivent une ovation méritée.
Et Kauto Star ? il revient, avec Ruby Walsh, qui s'est remis en selle. La foule se lève et l'applaudit. J'en ai des frissons. Le champion, grandissime favori reçoit l'hommage d'un public de connaisseurs. En France, il aurait pu recevoir des pierres.
C'est tout ça Cheltenham. Une ambiance, des champions, du sport, du jeu et du fair-play. Je suis conquis mais je n'en conclus pas que les champions se trouvent uniquement à Cheltenham. En France, les Remember Rose, Questarabad, Princesse d'Anjou, Mid Dancer, etc., n'ont rien à envier aux héros britanniques ou irlandais, mais ils n'auront jamais la même reconnaissance auprès des joueurs et des médias français. Cela ne nous a pas empêchés, avant de quitter le temple de l'obstacle, de porter un toast à leur santé. "Five beers, please !"

 

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