Soixante-neuf mois qu'il attendait ce moment : Yann Porzier va de nouveau pouvoir entraîner. "Le seul métier que je sais bien faire" avoue-t-il. D'ici à la fin du mois de mars, il devrait seller l'un des vingt-deux pensionnaires que des propriétaires lui ont confiés. Il revient de loin, de très loin...
Malgré sa passion pour la préparation des chevaux et sa fougue, Yann Porzier, âgé aujourd'hui de cinquante-huit ans, a été plusieurs fois ébranlé durant ces longues années. Suspecté d'avoir dopé ses chevaux, il a toujours clamé son innocence, tout en faisant face à ses accusateurs. « Si j'avais plaidé coupable, j'aurais pu reprendre mon métier depuis longtemps... » N'étant pas homme à se soumettre, il s'est défendu, avec ses moyens. Et il a appris que la liberté avait un prix, et l'a payée chèrement : prison, famille meurtrie, "amis" qui vous tournent le dros, regards qui fuient... Quatre ans et demi d'un combat judiciaire l'ont aussi ruiné. «Sans le soutien de mes proches, et notamment de mes parents, je ne serais plus là... » reconnaît-il un jour un peu plus sombre que les autres. A sa place, beaucoup d'hommes auraient jeté l'éponge. Mais pas lui. "Croyez-moi, je vais revenir plus fort, clamait-il alors que sa situation nous paraissait plus désespérée que jamais. Du Porzier dans le texte. Car l'homme n'est pas du genre à jouer les victimes. Non, c'est un compétiteur né, qui ne s'avoue jamais vaincu. Comptez sur lui pour le faire savoir. Personnage entier, "il l'ouvre parfois un peu trop", comme on le dit familièrement. Mais, derrière ses certitudes de façade, on peut penser qu'il a connu la doute, même s'il ne le reconnaîtra jamais. En tout cas, s'il n'a pas encore été blanchi, il ne méritait, à notre sens, pas un tel "traitement de faveur". On l'a poussé à bout. Il a souffert. Mais a tenu bon. Tant mieux pour tout le monde, y compris pour ceux qui se sont acharnés sur lui. Les conséquences auraient pu être dramatiques. Reste que son histoire a mis au grand jour quelques dysfonctionnements au sein de notre belle société. On peut priver quelqu'un d'exercer son métier sans qu'il soit jugé, sans qu'il soit reconnu coupable. Au mépris de la présomption d'innocence.
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