Combats inégaux

Envoyer Imprimer PDF

Des courses à deux vitesses à Vincennes : c'est le constat que nous tirons du récent meeting d'hiver. Il existe aujourd'hui un fossé entre les compétiteurs ferrés et déferrés. Sans poids sous les pieds, les chevaux se fatiguent moins et trottent plus vite. Ils gagnent parfois plus d'une seconde au kilomètre. Il n'y aurait rien à redire s'ils répétaient leurs performances. Mais les sabots d'un trotteur s'usent, surtout sur la piste très abrasive du Plateau de Gravelle. Il faut donc préserver les pieds du cheval jusqu'au jour J. On se retrouve ainsi dans une course des chevaux ferrés, sans grandes ambitions, et déferrés, prêts à hisser la grand voile. Et gare à ceux qui voudraient défier l'implacable loi de la pesanteur. Pour démontrer l'iniquité actuelle, il faut se rappeler des propos de Philippe Allaire, en début de meeting. Ce fin tacticien et préparateur était formel : son champion (c'en est un vrai !) Ready Cash ne courra pas déferré le Prix d'Amérique. C'était acquis. La défaite de son crack face Rolling d'Héripré, déferré des quatre pieds, dans le Prix de Croix l'a fait changer d'avis. "Si nous voulons avoir une chance dans le Prix d'Amérique, face aux vieux et le cheval de Souloy, il faut tenter quelque chose," s'était résigné Philippe Allaire. Comme tous les concurrents du Prix d'Amérique ( !), son protégé s'est donc aligné pieds nus le dernier dimanche de janvier. Peu à l'aise lors cette première expérience, Ready Cash s'est montré fautif et n'a pu défendre ses chances, tout en laissant ensuite des regrets. Peu importe le résultat. Le turfiste que nous sommes a retenu la leçon. Aujourd'hui, même quand on est un extra-terrestre, il est très difficile de rivaliser avec les meilleurs avec du poids sous les sabots. Cette situation, comme le fait remarquer notre ex-collaborateur Jacques Pauc, qui reste notre référence au trot, est anormale : on dévalue d'authentiques champions, battus à l'irrégulière. Cela impacte ensuite la sélection au haras et l'amélioration de la race chevaline. Ne faudrait-il pas distinguer les courses pour trotteurs ferrés de celles ouvertes aux chevaux évoluant pieds nus sur la piste ? En F1, après une période de transition, n'a-t-on pas interdit le turbo pour ne laisser s'entrebattre que les moteurs atmosphériques ? Et, récemment, en natation, le maillot de bains n'a-t-il pas refait surface après la mise au ban de combinaisons bouleversant la hiérarchie olympique ?
Un sport dont on ne sait plus reconnaître les champions des compétiteurs améliorés l'espace de quelques courses perd en crédibilité. Aujourd'hui, Ourasi, Ténor de Baune et Varenne, champions toutes catégories, pourraient-ils écrire les plus belles pages du trot ? Pas sûr.

 

Newsletter inscription gratuite

Les blogs

Les partenaires


Bannière

Recherchez