Accueil Ugnon-Fleury joue le jeu

On peut être journaliste, éleveur, propriétaire et joueur, à condition de ne pas confondre les genres. Ici, c'est sous la casquette du flambeur qu'il s'adresse à vous.



Faites chauffer la colle !

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Depuis quelques années, une pratique se répand dans le milieu du galop : les fers collés. Légers, confortables, amortissant mieux les chocs, réparateurs et moins blessants, ils permettent aux chevaux ayant des pieds sensibles de fournir leur meilleure performance, voire même de l'améliorer ! Certains entraîneurs, peu désireux de communiquer sur ce sujet tabou, sont devenus des adeptes des fers collés, même si ceux-ci sont plus chers à poser et s'usent plus vite. Mais quand on gagne, on ne compte pas...
Max Fournier est le premier maréchal-ferrant à avoir été médiatisé en France grâce à cette technique, venue des Etats-Unis. Auprès de Henri-Alex Pantall, qui a vite su détecter l'avantage qu'il pouvait tirer des fers collés, notamment pour le bon mais fragile Touch Of Land, il a pu mettre en pratique son savoir-faire, et en faire bénéficier la gagnante du Prix de Diane, West Wind, avant de porter la bonne nouvelle dans d'autres écuries, comme celle de Jean-Marie Béguigné (Spirito del Vento) ou de Freddy Head, (Naqoos, Marchand d'Or). Il a également été au chevet du champion sprinter hongrois Overdose, venu quelques semaines à Beaupréau, avant de fréquenter assidûment le centre d'entraînement de Maisons-Laffitte. Aujourd'hui, les fers collés sont maîtrisés par d'autres maréchaux-ferrants et chaussent de nombreux équidés.
Si au galop, le déferrage est désormais interdit en France (la PSF s'y prêtait pourtant fort bien), les fers collés sont admis et les entraîneurs ne s'en privent pas. Au guichet, le joueur initié a appris à se méfier des chevaux sans sabots cloutés, pendant que le parieur lambda est laissé dans l'ignorance. Comme les œillères classiques et australiennes, les fers collés mériteraient de faire l'objet d'une déclaration obligatoire lors de la validation des partants. En attendant, les turfistes qui font le déplacement sur les hippodromes ont un avantage indéniable. Et, après tout, c'est peut-être un bon moyen de repeupler les tribunes...

 

A la charge !

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A l'occasion du Prix du Jockey-Club, s'est posée la question existentielle : faut-il prévoir que les grandes courses de galop puissent réunir plus de vingt partants ? Nous avons dû manquer l'épisode où, soudainement, les entraîneurs français, plus audacieux que jamais, étaient partis à l'assaut des épreuves classiques. Jusqu'alors, le problème du galop était de réunir suffisamment de partants dans les épreuves dites de sélection. D'ailleurs, dès le dimanche suivant, à Chantilly, tout était revenu en ordre: le Prix de Diane présentait neuf candidates, dont un leader, le Prix du Lys plafonnait à six partants, le Paul de Moussac à huit, et le Chemin du Fer du Nord faisait le plein, avec dix chevaux sous les ordres. Il n'y avait donc pas quoi s'affoler, et les prochains Grand Prix de Saint-Cloud et Grand Prix de Paris devraient être du même tonneau.
Beaucoup de bruit pour rien, donc. Cela dit, il semble indispensable que le PMU soir capable prendre des paris sur des courses de plus de vingt partants dans ses points de ventes traditionnels. Cela se faisait avant Pegase. On se rappelle de l'Arc d'Urban Sea, en 1993, avec 23 partants, de celui de Tony Bin, en 1988, avec 24 partants, et même celui de All Along, en 1983, devant vingt-cinq adversaires. Le record du genre appartient à l'édition de 1967 et ses trente partants. Topyo, représentant de Mme Volterra, s'était imposée à 82/1, son jockey Bill Pyers volant la course, selon les chroniques de l'époque...
Même si la régularité est souvent malmenée dans les pelotons touffus, reconnaissons qu'il serait dommage de se priver d'un Arc à 21 partants comme support du quinté, juste pour un problème de ticket mal pensé...
En revanche, le président de France Galop, Edouard de Rothschild, a ouvert une brèche que nous considérons comme dangereuse : proposer des handicaps à plus de vingt partants, comme en Angleterre. A notre sens, cela serait dramatique pour le galop français. Les gros handicaps sont un suffisamment des loteries comme cela. Laissons le Grand National de Liverpool aux Anglais et offrons même la possibilité aux turfistes français d'engager des paris sur cette course mythique, mais de grâce, ne rendons pas la tâche plus difficile aux aficionados du galop en proposant des charges de cavalerie déroutantes. A l'heure actuelle, les pronostiqueurs et joueurs déchiffrent trois fois moins de quinté en plat qu'au trot. Allez au-delà de cette proportion ne serait pas raisonnable, à l'heure où beaucoup de turfistes découvrent sur le site même du PMU les joies des paris sportifs en ligne.

 

Si j’étais Pieux…

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Si j'étais pieux, j'irais plus souvent à la messe. Si j'étais Pieux, j'irais brûler un cierge avant de sauter le rail-ditch d'Auteuil. Si j'étais Pieux, je serais le numéro un de ma profession. Si j'étais Pieux, je serais une légende vivante... Mais si j'étais Pieux, je serais bien embêté pour répondre à la question qui risque de m'être posée avant le Grand Steeple-Chase de Paris. Remember Rose ou Mail de Bièvre ? Gallorini ou Balanda ? Le tenant du titre ou l'impressionnant lauréat des Prix Troytown et Murat ? Si j'étais Pieux, je choisirais Remember Rose, par fidélité et reconnaissance... Mais je ne suis pas Pieux, un jockey programmé pour gagner. Comme me l'avait dit David Berra en parlant de ses aînés, Pieux et de Gombeau, : « Dans les vestiaires, on le sent toute suite, ces gars-là ne sont pas là pour enfiler des perles... » Christophe Pieux est un jockey free-lance. Sans contrat écrit, ni moral. On se rappelle qu'à quelques jours du Grand Steeple 2003, lui qui devait monter son partenaire Ilare, avait changé d'idée pour se mettre en selle sur Line Marine. Un sale coup pour l'entraîneur Emmanuel Chevalier Dufau, mais un coup gagnant, qui lui a permis de remporter son premier Grand Steeple. Alors, à trois semaines du sommet de l'obstacle en France, les aficionados de l'obstacle attendent tous le choix de Monsieur Quinze Cravaches d'Or. Celui-ci peut se tromper mais, une chose est sûre, il choisira celui qui lui semble avoir la meilleure chance de vaincre. A quarante-trois ans, Christophe Pieux, qui a tout gagné ou presque, reste obsédé par la victoire. Et c'est pour cela qu'il est un jockey hors normes. Terminator, comme le surnomme Christophe Soumillon.

 

Beaucoup de bruit pour rien

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Le 13 septembre, à Longchamp. Dar Re Mi inflige la première défaite de sa carrière à Stacelita. La meilleure remporte le Prix Vermeille, pense-t-on un peu vite. Quelques minutes plus tard, la représentante de Lord Loyd-Webber est distancée pour avoir gêné l'allemande Soberiana, une pouliche classée cinquième, qui aurait peut-être pu prétendre dans le meilleur des cas à la quatrième place. Le règlement a été appliqué conformément au code français, c'est-à-dire sans esprit. Car depuis l'affaire Sagace et Rainbow Quest qui avait divisé les turfistes à l'issue de l'Arc 1985, les commissaires français ne doivent plus juger en leur âme et conscience mais mécaniquement, en se posant cette fameuse question : "Etes-vous sûr que le cheval gêné n'aurait pas pu obtenir une meilleure allocation ?" En cas de doute, le gêneur doit être déclassé derrière la victime. Cela aboutit à des situations aussi ubuesques que celle du Prix Vermeille, où la gagnante s'est retrouvée classée cinquième, après avoir battu à la régulière les trois premières.
Cette affaire, qui avait touché une pouliche anglaise, avait suscité un vif émoi outre-Manche. Même le discret Lord Lloyd-Webber, propriétaire de Dar Re Mi, était sorti de ses gonds. En France, les réactions d'indignation avaient été aussi nombreuses. En «off», beaucoup de professionnels reconnaissaient que notre code avait vécu. Edouard de Rothschild, Président de France Galop, n'était resté insensible et s'était saisi du dossier. Lors du fameux discours du Dîner de l'Arc de Triomphe, il avait promis qu'une consultation et une réflexion allaient être menées sur la doctrine française du jugement des gênes.
Le 8 avril dernier, le verdict est tombé : rien ne changera. Des avis des experts consultés, s'était dégagé un large consensus (!) en faveur du système français qui s'oppose à celui des britanniques, qui protège les gagnants. En caricaturant un peu, les français préfèrent les mauvais perdants. La forme au fond. Le Code au fair-play.
Pour l'harmonisation des règlements, nous devrons attendre. Un attente qui risque d'être longue, compte tenu des différences d'appréciation des grandes nations hippiques. Quant aux turfistes et propriétaires, ils doivent continuer à jouer le jeu, tout en sachant que sur notre sol on peut gagner une course à la force des jarrets, comme Dar Re Mi, et être finalement exclu du podium sur tapis vert, sans avoir triché. A notre sens, il serait plus juste que, dans les cas de "billard à trois bandes", le résultat soit maintenu,  et que le gêné soit indemnisé par le gêneur.

 

"Five beers and the 1 winner !"

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Naïf que je suis ! J'ai longtemps cru que la journée du Grand Steeple-Chase de Paris était le sommet planétaire de l'obstacle. Se prétendre le nombril du monde. Voilà qui est bien français. Mon récent voyage touristique et... éducatif à Cheltenham m'a remis les idées en place. La fête des sauteurs n'a pas lieu sur la butte Mortemart mais à un peu plus de deux heures, à l'ouest de Londres. Pendant quatre jours, une paisible petite ville de province se retrouve prise d'assaut par des milliers de turfistes venus trinquer à la santé de leurs champions. Le jour de la Gold Cup, plus de 80.000 personnes sont ainsi venues applaudir Kauto Star et Denman. Sur le champ de courses, c'est un immense flot de turfistes qui se déverse lentement à travers les allées. Mais s'il est difficile de se frayer un chemin pour commander une bière, l'accès aux nombreux guichets est aisé. Bookmakers côtoient le Tote (le PMU anglais), dans une parfaite complémentarité. Chez les premiers, abrités sous de grands parapluies, on peut même y discuter la cote du cheval. Chez les seconds, tout est affiché, on se sent chez nous.... Je décide finalement d'acheter du Soldatino, à 7/1 chez Ladbroke, deux points de mieux qu'au mutuel. Un choix cocardier (c'est un ex-pensionnaire de Loïc Manceau), on ne se refait pas. J'ai laissé mes jumelles dans ma poche. J'ai vite compris que sur cet hippodrome démesuré il fallait avoir un télescope pour décrypter les courses. Je préfère l'écran géant. Le fils de Graveron occupe une bonne place. Il saute vite et bien. J'y crois. Il franchit le dernier obstacle avec les premiers et ne tarde pas à prendre le meilleur. Je regarde mon ticket. Pratique, le montant des gains y est indiqué : une centaine de livres. Good ! De bon augure pour la deuxième course. Un handicap de 28 partants, avec un certain Rock Noir au départ. L'ex-pensionnaire de Marcel Rolland, entraîné par le local Jonjo O'Neill, m'est offert à 12/1 ! Il porte 76 kilos et fait ses premiers pas en Angleterre. Même pas peur. Donnez m'en pour 50 livres, gagnant bien sûr ! Non mais, Rock Noir face à Tito Bustillo, Noble Prince et consorts : l'ex-meilleur 4 ans français va faire « joujou » avec... Résultat des courses :"vite à l'arrière-garde, n'a jamais pu donner d'espoirs à ses preneurs..." Le moral du petit clan français en a pris un coup, comme leur portefeuille, certains de mes compagnons d'infortune ayant encore été plus chauvins que moi... Bon, il faut se consoler. Retour au paddock. Five beers, please !
Nous avons un tuyau pour la troisième. Parole d'initié : ne touchez pas à l'ex-Chotard Najaf... Il m'aurait pourtant bien tenté ce Nicholls. Regret : il termine deuxième à 6,5 placé. Je vais en rester là. Il n'y pas trop de casse. La prochaine, c'est Kauto Star. Liz Price, notre chère collègue anglaise, nous a offert l'écharpe du parfait supporter de l'ex-frenchy. Deux heures avant la course, son mentor Paul Nicholls, sollicité par le photographe français Jean-Charles Briens, a pris le temps de venir poser à côté de nous pour une image collector. Sympa le top-entraîneur anglais !
Pas question de lui porter la poisse en jouant les matelassiers. On va juste encourager l'idole des hippodromes britanniques. Kauto Star n'est pas dans un grand jour. Il saute gros, prend ses appels loin... Et il fait une faute. Enorme faute rediffusée en direct sur l'écran géant, pendant un temps mort, entre deux fences. Un immense « Ohhhhhh » s'élève des tribunes. Le public communie avec les champions. Ruby Walsh tente de motiver Kauto, qui va moins bien que ses principaux rivaux. Et puis, c'est la faute de trop. Le champion culbute, laissant Denman et Imperial Commander en découdre sous la clameur d'un public déchaîné. Imperial Commander, la valeur montante, triomphe devant un valeureux Denman. Tous deux reçoivent une ovation méritée.
Et Kauto Star ? il revient, avec Ruby Walsh, qui s'est remis en selle. La foule se lève et l'applaudit. J'en ai des frissons. Le champion, grandissime favori reçoit l'hommage d'un public de connaisseurs. En France, il aurait pu recevoir des pierres.
C'est tout ça Cheltenham. Une ambiance, des champions, du sport, du jeu et du fair-play. Je suis conquis mais je n'en conclus pas que les champions se trouvent uniquement à Cheltenham. En France, les Remember Rose, Questarabad, Princesse d'Anjou, Mid Dancer, etc., n'ont rien à envier aux héros britanniques ou irlandais, mais ils n'auront jamais la même reconnaissance auprès des joueurs et des médias français. Cela ne nous a pas empêchés, avant de quitter le temple de l'obstacle, de porter un toast à leur santé. "Five beers, please !"

 


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