Accueil Méridien à travers courses

 

 

Il dit n'avoir jamais raté une réunion à Auteuil et on est bien obligé de le croire. Ce drame permanent de la Butte Mortemart, conjugué à l'obligation de réserve qu'un pronostiqueur devrait être capable d'observer, a contraint Patrice Laporte, alias Méridien, à bâtir un rempart qui ressemble à du détachement. il faut travailler un peu pour découvrir l'envers de ce décor. Voici, pour vous être agréable, quelques indices...



Le saltimbanque

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À la fin des années soixante, dans ce qui était encore le "vieux Maisons-Laffitte", on le rencontrait devant l'entrée principale. Dans son costume rayé, un peu défraîchi, le verbe haut et la pomme d'Adam proéminente, il haranguait les turfistes en leur proposant des enveloppes magiques qui contenaient, à l'en croire, les noms de plusieurs gagnant des la réunion.
C'était cousu de fil blanc : quand on détient de telles certitudes, on ne les vend à personne.
Tout jeune turfiste à l'époque, nous n'avons jamais fait l'emplette d'un seul de ces plis mirifiques. Aujourd'hui que tout cela est loin, et que de tels personnages, auxquels il faut reconnaître un côté fascinant, ont disparu, il nous arrive de le regretter. C'est un peu comme si, au bas de cet escalier qui mène de la jeunesse enthousiaste à la maturité sceptique, nous avions négligé une marche.

 

 

On achève bien les chevaux

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La course était à peine commencée quand il s’est arrêté, devant la troisième haie. Le commentateur ne s’en est même pas aperçu. D’abord on a cru qu’il était tombé boiteux. Le jockey est descendu, l’a fait marcher. On a vite compris que c’était plus grave. Un antérieur était touché. Dessellé, il attendait, le naseau frémissant, l’œil mobile dans sa jolie tête de pur-sang gris. L’hippodrome l’ignorait, tout empli de la rumeur des Queen Ann Stakes, où la championne Goldikova allait finir deuxième.

Des hommes de piste se sont approchés de lui avec la grande bâche verte dont ils l’ont entouré : cachez cet assassin que je ne saurais voir ! Car l’homme qui délivre, qui soulage semblait devoir venir. Et puis non. Un van est arrivé. D’un sabot hasardeux, le poulain a franchi le plan incliné pour entrer dans le véhicule qui l’a emporté.

C’était déjà une victoire.

Un jour peut-être, dans une autre vie, nous serons cheval de courses.

 

Y aura-t-il de la neige à Noël ?

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Cette nuit, les arbres ont mis des gants blancs. L'homme, qu'un rien désoriente, s'étonne en regardant la date. A la fin du mois de novembre, hormis à une certaine altitude, un tel manteau, immaculé et crissant sous le pied, n'est pas de mise. Plus rien ne se respecte, même les idées qu'on se fait sur le calendrier. Dans quel monde vivons-nous ?

Mais le sable de Deauville remplace le gazon gelé de Fontainebleau. Auteuil recule sa dernière réunion : les sauteurs n'y couperont pas. Aujourd'hui, tout est prévu. Même les tracteurs de Vincennes et leur herse métallique sont prêts à entamer une noria sans fin pour conserver la couleur du mâchefer.

Nous allons courir, courir, courir et faire jaillir des naseaux cette haleine qui s'épanouit dans l'air froid, car nous n'avons pas les moyens de ne pas jouer.

Alors la recette, reine préservée des tourments de l'hiver, tirera sur elle ses draps douillets et s'endormira dans des rêves mathématiques, peuplés de chiffres plus gros les uns que les autres.

 

 

Gasoil

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Nous vivons des temps tourmentés, où chacun mesure pleinement le sens de l'expression « se retrouver sans pompes ».
Dans les stations-service des hommes se battent. Dans la rue des lycéens défilent. Cela gronde dans les maternelles et nombre de fœtus, paraît-il, sont animés de revendications belliqueuses.
Autrefois incertain - surtout pour les vieux -, l'avenir est devenu rude pour tout le monde.
Allons ! Demain, nous trouverons bien, égoïstement, le moyen d'arriver à Longchamp, à Vincennes ou à Auteuil.
Personne n'est parfait.

 

 

L'absence

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Le prochain Prix de l'Arc de Triomphe sera marqué par la défection de celui qui devait le remporter : Harbinger. Certes, on peut toujours avancer que c'est aller là vite en besogne et qu'une épreuve n'est jamais courue d'avance. Il semble pourtant que ce poulain de quatre ans, qui écrasa Cape Blanco et Youmzain dans les King George n'aurait eu qu'à se présenter à Longchamp pour s'affirmer comme le crack digne de succéder à Zarkava et à Sea The Stars.
Comme Manduro, à qui ce grand tournoi paraissait promis en 2007 - et qui montrait une autre classe que Dylan Thomas - Harbinger devra donc se contenter de rester dans son box en regardant un autre lui voler cette gloire qui lui tendait les bras (c'est une image hardie, car, en fait de bras, la gloire doit en être aussi dépourvue que la Vénus de Milo).
Devrons-nous alors nous contenter d'un petit Arc, un des cas Arcounets déserteurs de mémoires? Peut-être pas tout de même.
Il reste que, parfois, les absents ont rudement tort.

 


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