Accueil Méridien à travers courses

 

 

Il dit n'avoir jamais raté une réunion à Auteuil et on est bien obligé de le croire. Ce drame permanent de la Butte Mortemart, conjugué à l'obligation de réserve qu'un pronostiqueur devrait être capable d'observer, a contraint Patrice Laporte, alias Méridien, à bâtir un rempart qui ressemble à du détachement. il faut travailler un peu pour découvrir l'envers de ce décor. Voici, pour vous être agréable, quelques indices...



Inflation galopante

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Tout augmente. Le nombre de présidents de la république française : ils sont maintenant vingt-quatre. Les années de règne de la Reine d'Angleterre : elles sont désormais soixante - la souveraine, amoureuses des courses, a notamment fêté cela à Epsom ... Les réunions proposées, sur un plan national, à la sagacité des parieurs ; à l'impossible nul n'est tenu : nous avons renoncé à les compter. Les pays supports d'enjeux hexagonaux : le Maroc vient récemment de grossir leurs rangs. Le nombre des pistes en sable : cette année, Chantilly s'est ajoutée à la liste. Le chiffre d'affaires du PMU, après une légère faiblesse en début d'année, il est, lui aussi, hardiment à la hausse.
Les taxes, les impôts ne sont pas en reste. Les chopes de bière ingurgitées par les fêtards mélancoliques, au bord du zinc amoureusement patiné par la serviette du patron, non plus.
Oui, tout augmente.
Sauf la distance du Prix du Jockey-Club.

 

Dans le marbre

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Peut-être verra-t-on un jour un trotteur gagner cinq Prix d'Amérique, ou un pur-sang remporter trois fois le Prix de l'Arc de Triomphe, ou cinq fois la même épreuve de la Breeders' Cup. Qui sait même si, avec le réchauffement climatique, un oranger sur le sol irlandais... Une seule chose est sûre : jamais aucun autre cheval ne parviendra à inscrire son nom sept fois consécutivement au palmarès du Prix La Haye Jousselin comme le fit, de 1993 à 1999, Al Capone II.
Ce petit cheval, qui n'avait pas la classe pure d'un Katko, a pourtant réussi cet exploit inimaginable. Sauteur prudent - il avait l'air de toujours calculer sa foulée au centimètre avant d'aborder un gros obstacle -, Al Capone II a fait, au cours de sa longue carrière, tomber trois fois son jockey, mais lui-même n'est jamais allé à terre. Il a joui d'une santé de fer, n'étant blessé légèrement qu'une fois, par un rival qui lui avait galopé dans les postérieurs, et a pris part à sa dernière course alors qu'il filait allègrement vers ses 13 ans.
Il a sa statue à Auteuil. Ne serait-il pas juste aussi que cette grande course, qu'il a si gaillardement collectionnée, s'appelle le Prix La Haye Jousselin-Al Capone II ?

 

Duel aux oubliettes

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En France, l'année 1939 fut dominée par un poulain extraordinaire, Pharis qui, en trois sorties, subjugua les sportsmen. Son Grand Prix de Paris où, après avoir trébuché en arrivant au pavillon, il vint littéralement fusiller le dénommé Tricaméron dans les cent derniers mètres, restera comme un des exploits du siècle passé.
Nos amis anglais possédaient pour leur part un champion, Blue Peter, vainqueur des Deux Mille Guinées, du Derby et des Eclipse Stakes... Sûr de la grande valeur de son représentant, Marcel Boussac avait décidé de l'envoyer courir le St Leger de Doncaster pour mettre à la raison ce rival britannique. Le match s'annonçait grandiose ! Hélas, les hommes se trouvèrent bientôt occupés à vider d'autres querelles, et la déclaration de guerre empêcha le duel.
Qui l'aurait emporté ? Pour ceux qui avaient vu gagner Pharis, une défaite de sa part apparaissait impossible... Mais le seul combat que purent se livrer ces deux grands chevaux eut lieu au haras, et là, incontestablement, c'est le français qui s'est approprié la victoire.

 

La lumière

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À la fin du mois d'octobre 76, par un jour gris et sombre de Longchamp où, après les heures glorieuses des semaines précédentes, on expédiait les affaires courantes, un de nos confrères, mystérieux tout au long de l'après-midi, nous livra son coup sûr dans la dernière : il fallait mettre en toute confiance sur "Tutur", un professionnel de ses amis dont l'habileté dans les handicaps était proverbiale.
Le cheval en question s'appelait Fiat Lux. Il nous gratifia d'une ébouriffante démonstration en attaquant au pavillon, puis en traversant la piste en penchant sur sa gauche et en gagnant néanmoins de plusieurs longueurs alors qu'un cri s'élevait dans la tribune de presse : "C'est Sea Bird ! C'est Sea Bird !"
Quelques minutes plus tard, nous vîmes revenir notre camarade qui rangea ostensiblement - il n'y a pas de petits plaisirs - une grosse liasse de billets de cinq cents francs dans son portefeuille. Puis il nous toisa de tout son haut et eut cette phrase définitive : "Messieurs, moi, j'ai touché Sea Bird à 19 contre 1..."

 

Toutes distances

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C'est trop long, ou c'est trop court, entend-on dire souvent doctement après la défaite d'un cheval. Pourtant, certains champions à quatre jambes se moquent allègrement du nombre d'hectomètres à parcourir. Ce n'est pas Mandesha qui nous contredira. En 2006, cette pouliche de la Princesse Zahra Aga Khan s'imposa dans trois groupes I en deux mois : d'abord sur le mile en ligne droite du Prix d'Astarté, puis sur la distance classique du Prix Vermeille et, enfin, sur les deux mille mètres du prix de l'Opéra.
C'était là un véritable exploit qui mettait en valeur les mérites de son entraîneur, Alain de Royer-Dupré, homme minutieux qui sait ce que mettre au point signifie. Même si on ne peut jurer de rien en ce bas monde, il est fort peu probable, croyez-le, qu'on assiste encore à un semblable triplé dans les années à venir.

 

 


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