Nouvelle cantine
Vendredi, 07 Septembre 2012 18:39
Pour que cela soit festif aux courses, s'il faut du beau spectacle sur la piste certes, il faut aussi un minimum d'agrément à fréquenter les différentes enceintes de l'hippodrome. Un bar, par exemple, doit être un endroit convivial.
À Auteuil, les dimanches et jours fériés, je peux quitter mon arrière-boutique et prendre encore un peu de plaisir à m'y rendre. J'ai constaté un très net abaissement de la qualité de service dans les bars. Boire un café dans un gobelet en plastique, que la chaleur du breuvage amollit tellement qu'il ne faut pas avoir un stress trop violent provoquant la plus petite crispation manuelle sur le contenant, au risque de s'asperger du contenu irrémédiablement, demande une certaine adresse. Se faire servir dans une tasse ou un verre est devenu un luxe… Si vous commandez une bouteille de champagne, vous aurez droit, quand même, à un peu de verrerie, de basse gamme toutefois, et dont les bords grossiers s'accommodent mal avec la géniale création du célèbre moine.
Donc, à moins d'être extrêmement altéré, se réunir entre amis dans ce genre de bars pour le simple plaisir d'être ensemble devient caduque. Le salon des propriétaires reste le seul endroit où on peut boire un thé ou un café en mettant, si on y tient, son petit doigt en l'air en pinçant l'anse de sa tasse, puisqu'au quatrième étage, il reste un peu de vaisselle.
Parfois, j'ai vu aussi servir des expressos dans une tasse mais sans sous-tasse… et avec une “touillette” de celluloïd blanchâtre en guise de petite cuiller. Certes, on ne va pas aux courses pour tenir salon devant de la faïence provenant du kaolin le plus pur, mais l'abaissement des manières nuit gravement à la santé des courses. Encore et toujours, j'en reviens à Jean Trarieux : “J'ai aimé les courses pour tout ce qu'elles ont représenté de beau sport, de bon goût, de savoir-vivre…” Je vous fais grâce de la suite.
Aussi, c'est avec un vif intérêt que j'ai découvert, lors de la réouverture du 30 août, un nouvel espace à côté du rond de présentation qui semblait attrayant et qui va peut-être remonter le niveau. J'y ai vu des tables dressées qui semblaient attirantes et agréablement fournies en matériel.
Les circonstances ne m'ont pas permis encore de consommer dans ce nouvel établissement flambant neuf pour vous dire si l'agrément du gosier est à l'avenant. Croyez bien qu'il me tarde de le fréquenter.
L'été a été chaud si l'on en croit nos yeux… La couleur du gazon de l'hippodrome de Brabois l'attestait apparemment. Suite à la cascade de non-partants le deuxième jour, le président a tenté de se dédouaner, via Equidia, en invoquant la nature du sol de son hippodrome en nous faisant un cours sur les strates composant le sous-sol, qui seraient particulièrement filtrantes. Je fréquente assidûment les hippodromes de la fédération Est et je les connais un peu quand même. Aussi je peux affirmer que j'ai déjà vu du terrain lourd à Nancy… en début ou fin d'année. Pourtant le degré de filtration des sous-sols doit être le même du 1er janvier au 31 décembre. Certes, il y fait moins chaud au printemps ou à l'automne et la pluviométrie est beaucoup plus abondante, mais tout de même. Ce que l'on ne vous dit pas, c'est qu'il n'y a pas de forage sur ce site et donc, l'irrigation se fait à “l'eau de la ville”, et cela sale considérablement, pas l'eau, mais la facture. De surcroît, les stigmates visibles sur la piste montrent bien que le système d'irrigation ne couvre qu'une partie de celle-ci d'une part et que ses performances semblent très moyennes.
Je connais un autre hippodrome, sis sur du caillou, c'est celui d'Angoulême. Pendant des années, le terrain y fut infâme. Sous la présidence de Dominik Cordeau, pourtant de confession trottiste, le nécessaire a été fait, un forage creusé et une bâche de rétention qui permet d'arroser à température ambiante, car arroser l'été avec une eau de forage à 11° n'est pas ce qu'il y a de meilleur pour le gazon, même si c'est mieux que pas d'eau du tout. De plus, la décantation évite le jaunissement des lices, barres d'appel, etc., enfin tout ce qui est blanc. Angoulême n'est pourtant pas un hippodrome de première catégorie, n'organise pas de réunion PMU, encore moins d'événements ! Et j'en connais d'autres ainsi, des petites sociétés de deuxième division qui sont mieux entretenues que celles de certains sites de première catégorie.
La dernière réunion de Vichy entièrement consacrée à l'obstacle s'est courue elle aussi dans des conditions peu acceptables pour un site aussi prestigieux. Emmanuel Clayeux m'a appelé une heure avant le début de la réunion, totalement indigné, avec l'intention de démissionner de son poste au comité régional. Certes, me disait-il, nous fréquentons parfois des pistes (que je ne nommerais pas ici pour éviter de me faire des ennemis supplémentaires) à la qualité des sols plus que douteuses, mais on est prévenu avant d'y aller.
À Vichy, on peut s'attendre à trouver du turf de qualité et une piste au-dessus de tout soupçon, d'autant que le lac d'Allier baigne les berges de la piste du même nom et que l'eau ne semble pas manquer.
À Vichy, il y a des bulles dans l'eau, et à Vittel, il n'y en a pas. Mais il n'y a qu'un pas pour revenir sur la fédération de l'Est. J'ai ouï dire que Vittel devrait rejoindre le club des PHH pour une réunion Premium, peut-être dès l'an prochain. Si les équipes dirigeantes de l'hippodrome des Vosges font bien leur travail dans une circonstance comme celle de ces deux réunions lorraines, on pourra peut-être s'y transporter et courir dans des conditions de terrain meilleures, si l'été indien voulait refaire parler de lui l'an prochain. D'autant plus que le champ de courses vosgien est le seul de France à être arrosé à l'eau de Vittel !
Sombre, noirâtre, noir
Si les réunions dites semi-nocturnes ont des avantages pour les organisateurs, elles ne sont pas exemptes de critiques par les utilisateurs quant à la visibilité pour les dernières courses de ce genre de réunion.
À Dieppe, le 29 août, la dernière s'est courue, non en semi-nocturne, mais carrément en nocturne, mais sans éclairage, ce qui, vous le concéderez, se marie mal avec la pratique du steeple-chasing. Ce n'est pas la première fois que la “der” d'une réunion tout obstacle se court dans la pénombre. L'an dernier à Craon et à Compiègne, j'ai vécu même situation.
Dans les réunions mixtes, plat-obstacle, on peut privilégier l'obstacle quand la lumière est encore suffisante, bien que le soleil rasant soit un piège supplémentaire pour les concurrents.
Je me fais ici l'émissaire d'un nombre certains d'acteurs pour demander à nos dirigeants de veiller à éviter d'accentuer les risques normalement inhérents à cette discipline. D'autant que si un accident grave survenait dans de telles circonstances, les détracteurs ne manqueraient pas d'appuyer sur cet état de fait, même si cela n'avait rien à voir.
Vous l'avez bien votre cheval ?
Tout le monde connaît cette expression dans la bouche d'un entraîneur, quand on lui demande le niveau de forme de son protégé : “En cet automne, je l'ai vraiment très bien” et de rajouter “beaucoup mieux qu'au printemps, où je ne l'avais pas au top”.
Tous ceux qui entraînent ou ont entraîné des chevaux de courses savent, ou plutôt, ne savent pas pourquoi “on les a bien” ou “on ne les a pas bien”.
Même box, même nourriture, même type de travail, même cavalier d'entraînement, donc des choses que nous maîtrisons bien pourtant, véritablement rien qui puisse opérer une telle transformation, dans le bon ou le mauvais sens, sur les coursiers en question, si ce n'est le rythme des saisons, la météo, les cycles de la vie, et là, nous maîtrisons nettement moins ! Un cheval peut avoir du mal à sortir de son hiver, surtout s'il a quitté l'entraînement quelques semaines pour se reposer, et mettre plusieurs mois à fleurir. Difficile d'avoir une explication rationnelle. On commence à s'inquiéter, le propriétaire dont les “alors on court quand ?” n'arrange rien à l'affaire. Aussi, que faut-il faire ? Je serais tenté de dire : rien…
Les prises de sang sont bonnes et même si le taux d'hématocrite pourrait être plus élevé, on en voit des tas gagner avec des prises de sang équivalentes. L'animal est plutôt souple, en tout cas répond aux critères locomoteurs qu'on lui connaît, souffle normalement après ses canters ou ses exercices de sauts. Bref, rien d'apparent que l'on pourrait traiter avec l'aide de la Faculté, appelée en renfort suite aux deux médiocres quatrièmes places obtenues cette saison. Souvent l'ordonnance ne fera pas de miracle. Seul le temps y fera vraiment. La terre tourne autour du soleil et le cycle perpétuel de cette rotation remet, on ne sait pas pourquoi, les choses en place.
Avec les chevaux et la nature, on propose et ils disposent. Le temps additionné au travail sera toujours le meilleur allié de l'homme de cheval. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, selon Jean de la Fontaine. Aussi certains matins, au bureau, quand je m'inquiète et me contrarie en tournant les pages du programme des courses, à me résoudre à faire forfait ce poulain ou cette pouliche, à qui la course allait comme un gant, parce qu'à la piste, quelques instants auparavant, je ne l'ai pas trouvé suffisamment bien.
Je me raisonne, La Fontaine aidant. La patience est le maître mot dans l'art d'entraîner les pur-sang. Cela se résume peut-être dans cette formule : doucement, je suis pressé !
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Si petits et si grands à la fois
Vendredi, 24 Août 2012 17:15
Dans sa chronique aoûtienne, sous le titre “La Petite”, Patrice Laporte m'a fait un gentil clin d'œil à propos d'une “ponette” qui s'appelait Missavril du Frêne et qui, je le confirme, ne toisait qu'un mètre quarante-huit ; elle était mignonne comme tout.
Patrice Laporte l'a vue évoluer à Auteuil (où j'espérais toujours trouver Guy Paris pour lui demander de la tourner en main dans le rond de présentation), mais ce qu'il ne sait peut-être pas, c'est qu'un jour, à 2 ans, se produisant en plat à La Teste, elle disputait l'arrivée courageuse en diable et son jockey, Benoît Gicquel (il fut aussi son partenaire sur la butte Mortemart), me raconta qu'à trente mètres du poteau, alors qu'il sentait qu'il pouvait gagner, il sentit la jument faire une foulée dans le vide ! À la lutte entre deux animaux du même âge, mais pas du même gabarit du tout, elle fut soulevée de terre un instant, tel un énergumène indésirable évacué par les “videurs” d'une boîte de nuit.
Les petits chevaux remplacent souvent la force qu'ils n'ont pas par plus d'ingéniosité. Si bien que parfois les grands, forts et bêtes, ne font pas mieux qu'eux... Mill Reef, avant de nous léguer les gênes indispensables pour fabriquer des chevaux d'obstacle via Garde Royale, influent reproducteur en l'espèce, fut un exceptionnel cheval de course, gagnant des épreuves de vitesse à 2 ans, sans compromettre son aptitude à la distance classique, illustrée par son succès dans l'Arc, pour ne citer que ce qui ce fait de mieux, mais ne brillait pas par sa taille… Sans le taxer de gnome lui non plus, plus près de nous, Kahyasi, pourtant double derby-winner, était ce qu'il est convenu d'appeler un petit modèle... Il existe toujours une exception pour confirmer la règle comme le veut le dicton. Chez un cheval de course, à tout point de vue il vaut mieux être dans les standards de la race, rien que, pour commencer, passer sur le ring des ventes. Les nains (pardon, les chevaux de petite taille) sont écartés pour les ventes de sélection et ne trouveront refuge qu'en troisième cession et leurs malheurs ne feront que commencer... Imaginez l'incidence du poids à porter par un cheval selon son modèle. La différence de capacité à porter du poids entre un cheval de 400 kilos et un de 500 ? Cet élément (de taille) n'intervient pourtant jamais dans l'avis du handicapeur, ni dans les conditions de courses. Il est pourtant logique de penser qu'un cheval dépassant les 500 kilos aura une meilleure propension à porter des gros poids qu'un autre n'atteignant pas les 400 kilos. Je peux également mettre en échec ce raisonnement en constatant que parfois des pur-sang parfaits de modèle et de taille, et dotés d'une bonne locomotion, mais sans cette flamme, cette vivacité, cette envie, cette abnégation propre aux bons chevaux, se font damer le pion par d'autres coursiers, petits, et pas vraiment gâtés par la nature quant à l'aspect extérieur, mais nantis de ce feu sacré, indispensable pour passer le poteau devant les autres.
On est bien obligé d'exploiter les chevaux qu'on a élevés, même quand ils sont atteints de nanisme. Notez bien que quand ils ont le pedigree de Mill Reef ou de Kahyasi, c'est tout à fait supportable…
Anniversaire
“Le trente et un du mois d'août, nous vîmes venir par vent debout…” sont les premiers vers d'une célèbre chanson de marins et les derniers sont : “Buvons un coup, buvons-en deux, à la santé des amoureux, à la santé des vins de France, à qui nous devons le succès d'être vainqueur sur les anglais !”
Cette chanson commémore un combat livré le 31 août 1800 au cours duquel le corsaire Surcouf, qui commandait “La Confiance”, captura le navire anglais “Kent” et pas vraiment le dernier mois d'août deauvillais... Restons à terre et dans la vallée de la Solle plus précisément, où, le 31 du mois d'août 2012, la Société des Courses de Fontainebleau fêtera 150 ans de courses sur son hippodrome, puisqu'en 1862 y eut lieu la première réunion de feu la Société de Sport de France. Cette première manifestation hippique obtint un succès complet, toute la population des environs ayant répondu à l'appel qui lui avait été adressé. Ainsi dès ses débuts l'avenir de l'hippodrome de la Solle s'en trouva assuré, le site appartenant alors à l'encouragement.
J'ai retrouvé une anecdote bellifontaine évoquée et illustrée par Crafty, témoin de cette glorieuse époque. Dans un steeple-chase, un cheval dont on ne saurait vous dire le nom (il n'a d'ailleurs joui que d'une célébrité relative) désarçonne son jockey à l'un des premiers obstacles. Celui-ci, trop endolori, cède sa place à un homme d'écurie qui continue le parcours, mais culbute aussi, presque dans les jambes de M. Emile Deschamp, qui enfourche à son tour le quadrupède, sur lequel il gagne la course. On procède au pesage de la série de ses cavaliers successifs qui, par un heureux hasard, étaient dans les conditions de poids indispensables pour que le prix pu être conservé. N'était-ce pas un heureux présage pour le succès d'une société de courses institutionnellement destinée à produire des cavaliers (depuis toujours Fontainebleau, dans ses programmes, a fait la part belle aux apprentis, aux gentlemen et, plus près de nous, aux cavalières), d'en avoir utilisé trois pour un seul cheval ?
J'aurais aimé répondre à l'invitation du président Landon pour commémorer ces réjouissances, il sait d'ailleurs tout l'intérêt que je porte au site dont il préside les destinées. Mais hélas, l'actualité des ventes me conduit en pays teuton ce même 31 du mois d'août.
Pourtant, en guise de clin d'œil, j'ai insisté auprès de la rédaction pour joindre à ces lignes cette vignette de Crafty, témoignant de l'esprit de cette vallée de la Solle qui, finalement, tant d'années après n'a pas beaucoup changé, affluence à la pelouse exceptée, Fontainebleau, d'ailleurs, n'en ayant pas le monopole...
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Plus ancien encore
Dans trois jours, le mardi suivant le dernier dimanche d'août, comme le veut la tradition, sur l'hippodrome de Waregem se tiendront les assises des courses d'obstacle belge, seul bastion ayant subsisté outre-quiévrain.
Depuis 1855, en effet, sur le même site, le Grand-Steeple Chase des Flandres résiste à l'érosion. C'est un grand moment de liesse, et c'est depuis toujours l'occasion de se taper sur les cuisses, comme en 1861, quand les trois frères du Roy de Blicquy (un patronyme bien connu des entraîneurs qui fréquentent les lieux) prirent le départ ensemble, sautèrent le gaverbeeck ensemble et y tombèrent ensemble !
L'occasion aussi d'être admiratif devant le fameux Redpath, qui gagna ce Grand Steeple-Chase des Flandres sept fois et, pour la dernière fois, en 1897, à l'âge de 21 ans !
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Manque de respect ?
Libre à Madame la fille de Wladimir Hall de croire que donner le nom de son père à un cheval est infamant et de penser que c'est manquer de respect à sa mémoire, comme elle l'a fait savoir sur la une de jeudi dernier…
Pour ma part, je trouve plutôt que c'est une façon vivante d'évoquer le souvenir de ce grand bonhomme. C'est l'occasion d'expliquer aux plus jeunes, qui ne l'ont pas connu de son vivant, qui il était, et quelle avancée il fomenta dans l'Ouest dans ses années de domination avec ses pilotes, les René Bouteloup, Lulu Louessard et autres Jean-Claude Gabard. C'est toute une époque dont le souvenir est ainsi ravivé, à moins que Mme Marie-Hélène Hall de Calonne croit en la métempsychose, lui faisant craindre de voir son père sous les traits de ce bai brun ?
À l'époque où Wladimir Hall sévissait dans l'Ouest, un alezan bien jaune avec une large liste en tête évoluait à Auteuil au meilleur niveau, sous les couleurs de Mme del Duca. Il s'appelait François Saubaber et fonctionna ensuite comme étalon. Sa propriétaire-éleveur l'avait baptisé ainsi en souvenir de son professeur de golf. Je ne crois pas pour autant que l'honneur de ce dernier en fut altéré. Simplement, nous sommes encore aujourd'hui quelques-uns à nous en souvenir.
Maintenant, le fils de Saint des Saints et Haida III s'appelle Vladimir ex Vladimir Hall… Je ne sais pas si, chère Madame, votre action de mise en demeure a vraiment fait mouche… Justement, tout l'intérêt était surtout de bannir le “Ex” et de vous montrer qu'on pense encore à Monsieur votre père.
Pour ma part, et avant de le rejoindre un jour au paradis des chevaux (et des hommes ?), je ne dédaigne pas, bien au contraire, de voir Saint Macaire gagner…
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On annule !
Vendredi, 10 Août 2012 18:09
Il est vrai que l'état du terrain de Clairefontaine, le week-end dernier, était surprenant. Alors qu'on nous bassine avec le réchauffement de la planète (à moins que la calotte glacière se soit inflitrée, justement - c'est pas de chance -, via le sous-sol de l'hippodrome), personne ne s'attendait à trouver un terrain digne d'une fin de novembre sur la butte Mortemart. Question de logique et de bon sens. Samedi, c'était déjà l'affolement du pénétromètre mais, lundi, cela devait être hors cote... Le corps des commissaires s'en est expliqué cette semaine dans ce quotidien via Jean d'Indy, et même si je suis mal placé pour donner un avis, n'étant pas de ceux qui ont dû rebrousser chemin (long chemin de surcroît) avec un nageur dans le van ! Ceux-là sont forcément d'une position contraire à celle des jockeys, qui craignaient pour leur intégrité physique. Donc les commissaires ont pris la (sage ?) décision d'annuler les débats. Ce n'est pas le première ni la dernière fois qu'une telle décision soit prise pour cause de terrain à la limite du praticable, voire du dangereux. Vous noterez que quand les commissaires prennent ce genre de décisions (toutefois sans plaisir j'en suis sûr), c'est toujours pour cause de terrain outrageusement “humidifié”. Je n'ai encore jamais vu prendre une telle décision pour terrain dangereux, pour cause de sécheresse excessive ou de tonte d'herbe si rase que les tournants deviennent des patinoires. Il est vrai que les animaux qui se produisent sur ce genre de pistes n'ont guère d'autres planches de salut pour gagner trois sous, pas plus que leurs partenaires de ces jours-là qui, si on leur posait la question, même en faisant de l'huile, ne voudraient pas entendre parler d'annulation ! D'autant que le dit corps des commissaires de ces petites sociétés de troisième catégorie, donnant tout au plus une ou deux réunions l'an, est presque toujours constitué des membres de la société et du président, et qu'ils n'ont aucune envie de perdre cette opportunité annuelle. Dans le cas de sécheresse excessive de la piste, c'est le contraire, ce sont les professionnels qui choisissent de courir et de revenir avec une ou pourquoi pas deux (ça arrive aussi) jambes Louis XV, ou de s'abstenir et de repartir à la maison. Si on avait “laissé courir” à Clairefontaine, il n'est pas certain qu'il y aurait eu autant de non-partants qu'on pourrait le croire, si on excepte ceux qui venaient pour du bon terrain bien sûr. J'ai cru comprendre que Cédric Boutin, toujours prêt à jouer les bons apôtres, avait trouvé une solution pour hybride satisfaire tout le monde : ceux qui voulaient du lourd restaient à Clairefontaine, ceux qui préféraient du bon allaient sur la fibrée de la Touques. On mettait tout le monde à cheval dans le rond (de Clairefontaine) et ceux qui avaient choisi Deauville y allaient au trot, ça prenait cinq minutes... Un seul inconvénient : les caméras d'Equidia et leurs opérateurs ne sont pas aussi rapide dans leurs déplacements. Dommage non ?
ça n'ira pas en s'arrangeant Je n'arriverai, j'en ai peur, jamais à comprendre pourquoi le genre humain est ainsi fait... Depuis que je fais ce métier, j'ai tenté, de mon mieux, et en y mettant toute mon énergie et ma foi, de former des cavaliers, des jockeys... Certains ont atteint le firmament et le titre suprême. J'ai de ce fait l'impression de ne pas avoir fait tout cela pour rien. Parmi eux, il y en a même qui ont de la reconnaissance, même si le jockey, par principe, est plutôt un mercenaire qu'un soldat attaché à sa bannière... Je vois des jeunes arriver chez moi... qui veulent devenir jockey... Jockey ! Tout un programme. Beaucoup de ces gamins se voient déjà en haut de l'affiche, comme dans la chanson d'Aznavour, gants blancs, effets de style et tout ce qui va avec... avant même d'avoir le plus petit embryon de palmarès. Mais s'il n'était que de cela, cela ne serait pas si grave. Après tout, c'est humain, le rêve de gloire, cela serait même émulateur si la charrue n'était pas mise avant les boeufs... Tous les jours de sauteurs, pourtant, je revis le même scenario. Ces jockaillons que le star system attire dans un métier qui forme parfois des stars, mais pas forcément des lumières, sont, à quelques exceptions près, tous atteint du même syndrôme. J'ai depuis des années de pratique mis au point une sorte de “recette” pour dresser les chevaux sur les obstacles, qui fonctionne et qui fabrique des gagnants réguliers bon an mal an. C'est un peu en effet comme une recette de cuisine, car s'il faut suivre et y mettre tous les ingrédients, il faut y ajouter le tournemain. Pourtant, je dois en permanence me fâcher et me gendarmer pour faire en sorte que les éxécutants se soumettent aux règles de base que l'expérience et le temps m'ont fait édicter. J'ai beau répéter : “On va utiliser ma méthode, qui a fait ses preuves et qui fonctionne, puisque la tienne ne marche pas !”, les jockaillons en question tenteront d'inventer autre chose pour éviter de se soumettre à ma volonté, et ce pour une raison que j'ignore. En autant d'années de pratique, je n'ai toujours pas compris pourquoi ils tentent toujours de me “prendre la main”. Un jour, il y a longtemps déjà, alors que je demandais à l'une de ces ex-futures stars pourquoi il n'avait pas suivi mes recommandations pour le travail des poulains, s' ingéniant même à faire carrément l'inverse, il me répondit “qu'“on” lui avait dit de faire comme ça.” Mais il n'a pas voulu me dire qui était “on”, au prétexte qu'il ne voulait pas le faire punir. Mes admonestations ayant eu raison au final de son mutisme, il finira par désigner le “conseilleur”. C'était bien évidemment le plus inapte pour donner quelque conseil que ce soit, mais tellement plus intéressant à siuvre que ceux du patron. Et pour couronner le tout, quand je lui demandais pourquoi il ne faisait pas comme Ricou ou Gicquel (il faisait à cette époque partie de mes pilotes), qui eux s'éxécutaient quand je leur demandais un exercice précis, il me répondit “oui mais c'est normal, eux ce sont des fayots”. Fort heureusement, il y en a certains qui n'ont pas besoin de remontrances à répétition et qui corrigent vite le tir pour comprendre où est leur intérêt. Mais ce sont toujours les mêmes profils et il n'est pas rare que ce soit des enfants de la balle... C'est même la majorité. Si je vous parle de cela, c'est que ces derniers jours, j'ai encore dû en avaler des couleuvres dans ce modus-là. Plus le temps passe et moins bien cela passe ! S'il est exact que dans ce métier on en apprend tous les jours, que je n'ai pas la science infuse et que tous les conseils sont bons à prendre, il est vrai aussi que je les préfère venant des têtes de liste(qui d'ailleurs s'en gardent d'en donner) que de “trous de cul” qui reconnaissent tout juste un cheval d'une vache aux cornes ! Cet état de fait a toujours existé, dans les écuries de course et ailleurs, ce depuis des lustres. Mais ce qui a changé, c'est l'aggressivité avec laquelle cette rébellion s'exerce. Pas plus tard que dimanche dernier, nous en parlions, Jacques Ricou et moi, en voiture, de retour de la Roche-Posay (au passage, bravo pour la qualité et l'entretien des pistes), et il soulignait que s'il y a, et a eu, des “cas” dans ce métier, ils étaient plutôt débonnaires, disons cool pour faire plus “in”, alors qu'aujourd'hui, une animosité certaine transpire à la moindre explication. Le respect qu'il y avait pour le patron a disparu, j'allais dire le maître (c'est plutôt ainsi que je considérais mes mentors), c'est vous dire si je suis décalé, pour ne pas dire “has been”. Seulement dans ce métier, ceux qui ne parlent que de leurs droits avant toutes choses ont peu de chance de faire carrière, ne serait-ce qu'en se mettant à dos dès le début le patron et le personnel d'encadrement, n'imaginant pas un seul instant que c'est quand même le “patron” qui choisit les montes et que si un jour il pouvait aspirer à la chose, vaudrait mieux être dans les “bons papiers”. On ne peut être loyal, voire enclin davantage, qu'avec les gens pour qui on a du respect. Comment voulez-vous avoir du respect (et là c'est un grand euphémisme) pour un salarié qui a pris un an d'arrêt, quant auquel il y a lieu d'émettre quelques suspiscions, puisqu'accessoirement, il meublait une si longue période en s'adonnant aux sensations du moto-cross, rembauche le lundi et, le mardi, prend un mois de vacances ! Quand je lui ai demandé s'il n'avait pas l'impression de me prendre pour un imbécile, il me répondit droit dans ses bottes : “Mais j'y ai droit”. Effectivement, il y avait droit et il a usé de son droit. Bizarrement, il n'a pas compris mon peu d'inclination pour ses faits et gestes après son mois de vacances... “Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet” écrivait Courteline. Dans ce cas, de volupté je n'ai pas eu, mais des aigreurs d'estomac oui. Je ne peux hélas ici ne parler que du soft et c'est bien dommage. Je vous promet que j'ai pourtant quelques anecdotes tragi-comiques que vous ne pourriez pas croire véritables, tellement c'est énorme !
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L'abcès a enfin crevé
Vendredi, 27 Juillet 2012 16:53
Sans vouloir plagier Gérard de Chevigny sur son intervention de mercredi dernier concernant les dossiers sur la vente de l'hippodrome du Putois, je suis bien obligé de réagir.
D'abord parce que je suis compiégnois de naissance et que sans ce magnifique champ de courses, qui a été à l'origine de ma vocation, vous ne seriez pas là à me lire. Vous comprendrez bien dès lors que ces “histoires pourries”, même si je n'étais pas en première ligne, m'ont inéluctablement contrarié. Le président, Antoine Gilibert, lui, en a pris “plein la gueule, pour pas un rond”. Pas un rond, c'est le cas de le dire, car sa présidence relève du bénévolat, sans émoluments pour le temps passé à l'ouvrage, et il ne peut même pas facturer ses frais de déplacement, car il réside à cinquante mètres de l'hippodrome, où sont installés les bureaux et le secrétariat de la société des courses de Compiègne !
Quand, dans ces conditions-là, on a pour seul souci de défendre l'intérêt général, c'est très dur de lire dans une certaine presse des choses tour à tour de plus en plus abominables ! Surtout quand elles touchent à l'honneur et à l'intégrité d'un homme de 69 ans, très honorablement connu, colonel de réserve, mis au garde à vous par un sous-officier, tel un homme du rang fautif au rapport.
L'article paru dans Le Monde en début de semaine sur cette affaire est un exemple du genre de mal que peuvent faire des journalistes en “orientant le débat”, selon la formule chère à Georges Marchais. Mais lui avant de dire “Vous orientez le débat”, commençait sa phrase par un péremptoire “Taisez vous Elkabbach !”
Antoine Gilibert lui, a subi de A à Z. Si je me fais son défenseur ici, au-delà des attaches qui m'y conduisent, c'est que sous sa présidence, à Compiègne, nous avons vu les choses changer. Vraiment changer ! Et changer en bien ! Je doute que je puisse trouver un confrère pour dénigrer son œuvre depuis qu'il préside aux destinées du Putois, et en particulier pour la discipline que je défends. Et si j'use de cette litote, c'est uniquement pour éviter de le mettre mal à l'aise.
Éric Woerth, qui lui aussi, à Chantilly, a œuvré pour l'intérêt général, et pour celui de notre confrérie en particulier, mériterait un certain mea culpa de la part de ceux qui l'ont traîné dans la boue, sans même connaître de quoi ils parlaient, aveuglés par le seul but de casser du ministre (de droite), pour affaiblir à l'occasion le gouvernement d'alors. Je doute cependant que maintenant, et bien que le gouvernement pour qui ils “roulaient” soit en place, ils fassent couler autant d'encre pour rendre à ceux qu'ils ont vilipendés un peu de leur honneur, cautionné pourtant par “leur” ministre du budget.
Encore une fois, la montagne aura accouché d'une souris, comme souvent dès lors que certains esprits, mués par la jalousie, assaisonnés de mesquineries, se délectent du plaisir de nuire. Les commis du système étatique qui se drapent dans leur dignité, oublient aussi une chose : la société des courses de Compiègne, association à but non lucratif, loi 1901, est-il besoin de le préciser (pour certains sûrement), reverse sur ses résultats, tous les ans, plus de 350.000 euros à la ville de Compiègne, comme toutes les villes de France dans la même situation. Si cela ne s'appelle pas cracher dans la soupe, je n'ai pas tout compris !
Encore et toujours, ce “putain” de “facteur humain” selon la formule que j'emprunte encore une fois à mon ami éleveur Pierre de Maleissye Melun, pourtant bien élevé, ce qui ne l'empêche pas d'être par trop réaliste…
La loi et l'esprit de la loi
Le Prix de Buenos-Aires, couru il y a quelques jours sur l'anneau d'Enghien a mis en lumière un article du code qui précise qu'il est interdit de courir un cheval, ou plusieurs, dans une course sans avoir l'intention de la gagner (cet article est bien sûr commun à toutes les disciplines).
Certes, je connais quelques rêveurs qui vont aux courses la tête pleine de rêves de victoires et qui finissent régulièrement nulle part… Dans leurs têtes, ils n'enfreignent pas le code, même si c'est le contraire dans la réalité, car à part eux, personne ne peut voir la moindre chance à leur protégé, la cote de départ en étant le témoin, preuve que le parieur a tout compris.
Mais c'est un peu différent dès lors que, volontairement, certains ne cherchent pas à obtenir le meilleur classement. Je ne vais pas ici m'immiscer dans le monde du trotting, même si je m'intéresse à la question en qualité de propriétaire, ce qui me permet de remercier ici Joël Hallais pour le succès de mes couleurs, grâce à la belle victoire d'Un gars du Large à Graignes, la semaine dernière.
Je vais donc me cantonner au galop, où j'ai vu à de nombreuses reprises des chevaux qui, visiblement, ne courent qu'en vue d'une autre course, où les conditions et les circonstances, leur seraient beaucoup plus favorables. “On a visé cette course”, dit-on alors. Étant donné que ce sont les handicaps qui assument la recette, est-il possible de faire autrement ?
S'il fallait sanctionner tous ceux qui ont “été gentils” en vue d'un prochain handicap, et ce parfois plusieurs fois de suite pour retomber dans sa “vraie” valeur si le handicapeur le veut bien, il y aurait beaucoup de lots creux, et peut-être même l'impossibilité de constituer des événements qui, faut-il le rappeler, produisent au bout du compte les allocations distribuées et qui font de la France un exemple envié dans bien d'autres contrées hippiques, et non des moindres.
Les circonstances font aussi le résultat des courses. Il est fort probable que dans le Prix de Buenos-Aires, si personne n'avait voulu “envoyer”, les champions des cinquante mètres auraient collé tout de suite et l'arrivée n'aurait pas été du tout la même. Mais c'est ça les courses ou la glorieuse incertitude du turf…
Et nombre de handicaps (de plat en particulier), avec six ou sept chevaux finissants en une longueur, recourus, donneraient lieu à des résultats différents. En admettant que ce soient les mêmes concurrents qui occupent les six ou sept premières places, il est assez probable que cela ne soit pas dans le même ordre.
Voilà pourquoi les circonstances sont prépondérantes en pareil cas. Aussi personne ne pourra obliger un professionnel à hypothéquer sur une course la carrière d'un champion.
Les parieurs qui pensent qu'ils seraient davantage protégés si le législateur resserrait ses filets pour contraindre les professionnels à ne pas “respecter” leurs chevaux quand les circonstances le guident, se trompent.
Et il est malheureusement pas impossible que si par quelque improbable circonstance un illuminé s'avisait de “couper en rondelles” son partenaire juste pour prouver son respect à la lettre le code des courses, que d'autres mauvais coucheurs lui en brandissent un autre, pénal celui-là et son article 251.1 pour acte de cruauté envers un animal…
Encore une fois, la critique est facile, l'art plus difficile…
ça existe !
Même s'il est maintenant acquis qu'il faut donner sa chance à tous, y compris à ceux qui n'en veulent pas, social outrancier oblige, c'est un peu inquiétant quand cela gagne les rangs de nos steeple-chasers.
J'ai engagé plusieurs chevaux le week-end prochain dans un steeple de “vieux”, où les conditions stipulent, pour être éligible, qu'il ne faut pas avoir reçu une allocation de 2.000 euros cette année ! On y trouve, logiquement, des valeurs 47 en nombre… Mais j'ai tout de même pu engager deux de mes élèves, pris en valeur 60 et 62. Donc si le but était de faire du social équin, ce n'est pas sûr que cela fonctionne, à moins de revoir à la baisse les conditions, du style pour chevaux n'ayant rien pris et n'ayant… rien à prendre (sauf dans ce genre d'épreuves bien entendu). Et moi qui veut encore croire au précepte de Federico Tesio : “Le pur-sang existe parce que sa sélection ne dépend pas d'experts, de techniciens ou de zoologistes, mais à cause d'un morceau de bois, le poteau d'arrivée du Derby d'Epsom”. Je sais, je me répète, je ne suis pas encore gâteux, et si je cite Tesio à nouveau, c'est simplement que je préfère m'inspirer des maîtres !
Chocolat ! (suisse)
Enfin, pour terminer, je voudrais féliciter Anne-Sophie Pacault pour sa victoire (avec les trois casquettes) dans l'épreuve du Défi du Galop courue au pays des horloges à coucou.
Elle a monté une course à montrer dans les écoles. Les écoles d'amateurs uniquement, car cela pourrait nuire aux futurs professionnels. N'oubliez pas qu'en France, elle n'est pas autorisée à monter “son” Representing dans les épreuves du Défi du Galop. On considère dans ce pays que les amateurs sont trop mauvais pour défendre valablement les couleurs qu'ils endosseraient, dès lors qu'ils s'immisceraient au milieu des professionnels. À moins qu'on ne les considère trop dangereux pour les dits professionnels. Le règlement est ainsi fait, qu'Anne-Sophie n'aurait qu'à changer de couleur de carton, jeter sa défroque d'amateur aux orties, et tout en restant rigoureusement la même personne, devenir une professionnelle au-dessus de tout soupçon en sa qualité de femme-jockey.
Rassurez-vous, elle ne viendra pas manger le pain des professionnels… Elle se nourrit de sa passion et, jeudi soir, nul doute que le goût en était exquis.
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La recette du bonheur et de la satisfaction professionnelle !
Vendredi, 13 Juillet 2012 18:08
Je voudrais donner écho à l'intervention de Bertrand Dutruel dans la rubrique “Côté Pros” de jeudi dernier. Certes, la place était limitée pour qu'il y raconte sa vie, mais au travers de ces lignes, j'ai l'impression de ressentir chez ce confrère l'expression d'un plaisir quotidien dans l'exercice de son métier, même s'il peut être agacé par les sempiternels débats entre le haut et le bas de gamme des coursiers divers et variés. Être en accord avec soi-même dans une application quotidienne reste la meilleure recette pour tutoyer le bonheur.
Par chance (j'allais dire par bonheur), celui-ci n'est pas quantitatif et, dès lors, il y a de la place pour tout le monde. Quand on fait ce métier, c'est ce qui permet de se repaître d'une nourriture totalement spirituelle mais tellement plus riche que celle de la terre (pourtant généreuse elle aussi), pour qui sait l'apprécier, et de s'évader dans un monde que ceux qui n'en ont pas poussé la porte ne peuvent pas imagine, même s'il est probable que nous ne soyons pas la seule confrérie dans le même cas.
Qu'il se rassure, les handicaps de petite valeur ne sont pas prêts de disparaître. Ils représentent la base de la pyramide, sans laquelle le sommet ne tiendrait pas.
Le cheval de valeur 22 est indissociable de l'espoir classique, annoncé comme le champion de demain. Le premier assure la recette qui fournira les allocations dévolues au second dans les courses de groupe qu'il fréquentera. Champion qui représentera peut-être la continuité à travers sa descendance, qui ne vaudra hélas parfois même pas 22.
Ce binôme représente la pérennité de nos courses. Un peu comme le soleil et l'eau. Sans eau, pas de vie, mais trop d'eau, tout pourrit... Sans soleil rien ne va pousser et trop de soleil, tout va brûler... C'est aussi simple que cela.
Puisqu'il s'agit ici de courses plates et que certains pourront penser que je n'ai pas à me mêler de ce sport-là, je n'oublierais pas de préciser qu'à l'instar, les courses à obstacles n'existeraient pas non plus sans le sport des rois, pour ouvrir le banc. Les choses fonctionnent dans un ensemble qu'il ne faut pas démanteler. C'est parfois ce que je regrette dans les avis de certains confrères qui, comme le dit Bertrand Dutruel, voient midi à leur porte. Leurs doléances si, elles peuvent se justifier, dès qu'on les sort de l'ensemble dont elles font partie, ne sont plus prioritaires du tout dès lors que la nécessité implique de suivre le dicton “de deux maux, il faut choisir le moindre !”.
Je peux comprendre la satisfaction de mon confrère quand il voit triompher, même dans une bien modeste épreuve, un vieux tonton, plutôt “boîte à pharmacie” que coursier ailé.
Dans le même genre, j'ai, dimanche dernier, eu le plaisir d'accueillir dans la même après-midi dans le rond des vainqueurs deux “anciens” de la maison. L'un a 15 ans, il a gagné en débutant à 4 ans sa première course. L'autre n'en a “que” 12 et a également gagné en débutant, mais à 3 ans. Le premier s'appelle Corrézien de la Brunie, le second Rigoureux. Parce que l'on ne peut aimer vraiment que ceux que l'on connaît bien et parce qu'on a fait un vrai bout de chemin ensemble, jalonné de bonheur et de plaisirs, petits ou grands, ces moments-là sont forts, riches en émotions et peuvent offrir davantage de plénitude qu'une victoire de groupe qu'il ne fallait pas perdre avec un cheval qui avait largement la pointure. Cela peut paraître bizarre pour certains que j'écrive cela, mais comme je l'ai évoqué plus haut, le plaisir n'est pas quantitatif, et par bonheur ne le sera jamais...
Aujourd'hui, hier et avant-hier
Dans ce même Paris-Turf de jeudi, l'article d'Alec Bagdassarian a fait, ce qui peut paraître dérisoire aujourd'hui, l'apologie posthume du minitel.
Ce fut pourtant une révolution aussi pour nous les entraîneurs, à l'époque, pour faire engagements, forfaits, partants sur l'instant, nous faisant oublier les carnets à souches, où il fallait écrire méthodiquement, et en lettres capitales, le nom des chevaux, au risque de se voir sanctionné “pour engagement entaché d'erreurs”. Cela paraît loin maintenant, comme tant de choses de notre monde hippique...
Aussi pour vous distraire un peu, en vous transportant en 1903 (c'est la date d'impression du livre où j'ai trouvé les lignes qui suivent), je vous fait participer à l'agrément de ma lecture.
Cela concerne Auteuil et c'est d'une saveur particulière, sous la plume de Maurice Talmeyr. “Il y a peu de spectacles aussi magnifiques que celui d'un steeple-chase à Auteuil, vu des tribunes du pesage par une belle journée d'automne. Avec ses vallonements et ses rivières, ses fonds de bois, ses arbres d'or, l'hippodrome, comme paysage, est déjà toute une séduction. Il est d'un pitoresque délicat et d'un délicieux danger. Coupée d'eau et de haies, accidentée de barrières, la longue prairie déroule ses boucles vertes. Au delà, les bouquets et les rideaux d'arbres fuient ou se contrarient dans des plans plus éloignés. Un jour de brume et de soleil avec les rouilles rosées de novembre, sous ces vapeurs d'un bleu ardoise qui sont la nuance de Paris. C'est un décor qu'on n'oublie pas” (je ne trouverais pas hélas de nos jours quelqu'un capable d'être aussi lyrique avec le décor qu'on nous propose, plus exactement qu'on nous impose, sur le même site). Le drapeau a libéré les concurrents, une douzaine environ. Ils franchissent les obstacles au milieu des clameurs. Mais voilà la rivière des tribunes, et l'anxiété saisi tout le monde. Les Anglais sont dressés sur leurs selles, les Américains couchés dessus et toute cette trombe chamarée arrive comme une foudre muette, quand un éclaboussement formidable projette des paquets d'eau, jusqu'au dessus de la loge du juge, au milieu d'explosion de cris. Ils sont quatre baignant dans la rivière et les rescapés continuent leur course. Encore quelques secondes et l'épreuve sera terminée. L'affolement de la foule est à son comble et dix milles bouches frénétiques vomissent tout à coup le nom du gagnant. Puis les journaux du soir devant annoncer les résultats de la course, un homme, dans un coin du bois, s'en va chercher, sous un massif, une cage d'où un pigeon part. Le pigeon délivré s'élève, plane un instant sur l'hippodrome, sur les milliers de têtes de la foule, sur l'éblouissant paysage, et prend son envol vers Paris.”
Vous avez raison de le dire monsieur Bagdassarian, les temps ont bien changé...
Il n'y a qu'à faire comme les Russes...
Encore dans ces colonnes, dans “Rumeurs et murmures”, j'ai appris, comme vous sans doute, qu'on pouvait être un éminant vétérinaire, nanti d'une chaire à Cambridge qui plus est, et prôner l'insémination artificielle pour le pur-sang, et si cela ne suffisait pas, le transfert d'embryons.
Autant dire à la fin programmée du pur-sang et des courses. Comme j'avais déjà entendu des bruits similaires en provenance des hautes sphères des décideurs européens, on peut imaginer le pire. “L'Europe” n'a-t-elle pas tenté d'éradiquer les fromages français au prétexte “qu'ils n'étaient pas pasteurisés et que certains étaient même pourris” ? Même si on sait que Charles de Gaulle avait dit un jour : “Comment voulez-vous gouverner un pays où il a plus de 250 sortes de fromages ?”
J'ose croire que jamais une telle imbécilité ne verra le jour. Pourtant les Russes, qui ne sont pas à cela près, l'ont fait avec le fameux Anilin, qui fut à l'arrivée de l'Arc de Sea Bird, en 1965. Cinq ou dix ans après sa mort, il revendiquait encore des 3 ans ainsi conçus, qui n'en défrayaient pas moins la chronique derrière le rideau de fer...
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