Inquiétudes et lendemains grisâtres
Samedi, 04 Décembre 2010 14:52
L'année hippique 2010 dans le secteur de l'obstacle en région parisienne et en province touche à sa fin. Même si Pau et Cagnes vont assurer la continuité du sport illégitime durant l'hiver pour certains, d'autres préfèrent respecter la trêve hivernale, et je fais partie de ceux-là. Mes interventions dans ces colonnes vont donc disparaître pour les mois d'hiver que les révolutionnaires avaient nommés de façon si réaliste nivôse, ventiôse, pluviôse... Cette rubrique est donc la dernière et j'aurais bien aimé ranger mon stylo et mon papier sur une note positive. Hélas ! Me voilà encore une fois devoir traiter de sujets qui m'inquiètent beaucoup et qui ne risquent pas de faire voir l'avenir en rose à ceux qui sont directement concernés. Les courses sont nées, au début de leur histoire, de paris entre aristocrates, de l'autre côté de la Manche. Ces matches qui suscitèrent tant de passions et d'engouement se structurèrent pour devenir de vraies courses et avant 1800, car le St Léger, qui est le plus vieux classique du monde, date de 1776. Un petit siècle plus tard, la France avait rattrapé son retard en faisant une sorte de copier/coller sur le modèle en vigueur en Angleterre. Plus tard, vers 1930, le PMU deviendra le vecteur de l'institution des courses, apportant à la filière une véritable assise et un essor économique énorme. Pourtant, le PMU a d'abord été créé pour donner aux sociétés de courses un efficace moyen de financement tout en permettant à l'état un contrôle non moins efficace sur des volumes financiers très importants. Si la réussite fut et est encore remarquable, le PMU a existé pour être au service des sociétés-mères. Mais, aujourd'hui, France Galop ou le Cheval Français sont aux ordres des dirigeants du PMU. Cela a un côté un peu « monde à l'envers » qui est plus qu'inquiétant. L'avenir des courses françaises qui restent (pour l'instant) un modèle dans le monde entier dépend maintenant quasi-entièrement de la bonne santé du PMU. Loin de moi l'idée d'accabler Eric Woerth, lui qui a déjà été tellement et exagérément vilipendé à tort, mais son ministère avait pourtant, si je ne m'abuse, laissé entendre que les opérateurs de paris en ligne agréés par l'ARJEL reverseraient 8 % à la filière hippique, n'est-il pas ? [...] Les raisons sont nombreuses pour être inquiet. D'abord parce qu'entre un parieur et un turfiste, il y a un sacré distinguo. [...] Pour être un peu moins « casse-quelque chose », je vais évoquer une situation qui suscitera tout de même quelques questions ou réactions. Imaginons que je sois non pas un entraîneur mais un turfiste, joueur éclairé voire très éclairé. Mais pas en France, choisissons un pays où le bookmaking fait partie des mœurs. Imaginez que j'ai un compte chez un « bookie » et que tous les mois, j'engage environ 20.000 euros de jeux. A la fin du mois, l'un de nous deux aura gagné de l'argent et l'autre en aura perdu. Mathématiquement ! Imaginons encore qu'à la fin du mois, mon book me doive 3.000 euros (rêvons un peu !). Imaginons enfin que les 20.000 euros de jeux que j'ai « passés » dans le mois aient été « mis en compte » de façon officieuse (puisque tacitement, on fera les comptes à la fin du mois), mais n'aient jamais changé de main. Comment alors, efficacement, peut-on taxer un CA qui n'existe que réduit au minimum ? Même si ce procédé ne peut être qu'un gentleman agreement entre des gens de confiance, et même si les sites de paris hébergés sur internet présentent de véritables garanties, cette anecdote dont je peux vous garantir l'authenticité montre que le système est faillible alors qu'avec un système étatique (que pour une fois il faut louer !) et de monopole comme celui du PMU, nous pouvions dormir tranquille. L'Europe en aura décidé autrement. J'espère réellement que l'avenir nous montrera que ces inquiétudes n'étaient pas si fondées que cela... Time will tell.
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Affligeant !
Lundi, 22 Novembre 2010 10:43
J'aurais bien voulu vous débarbouiller ce gris ambiant en vous égayant par quelques savoureuses anecdotes, mais le "Point de Vue" signé par François Hallopé dans l'édition de Paris-Turf de vendredi dernier ne peut pas me laisser sans réaction. Même si j'ai bien peur qu'il ne soit pas encore né celui qui trouvera le remède pour transformer en positive la vision par trop négative dont les médias généralistes usent à loisir contre les courses de chevaux. Et il se trouve justement que, voici quelques jours, j'ai été contacté par TF1 pour être l'acteur d'un reportage destiné à être diffusé dans le 13 heures de Jean-Pierre Pernaut pour, selon le réalisateur, montrer la passion qui nous anime, nous, autres gens de chevaux. Même si je n'ai pas voulu refuser, je crains maintenant le pire ! Serait-ce un piège ? Des phrases, des attitudes sorties de leur contexte ne risquent-elles pas de se retourner contre moi et contre notre corporation ? Je n'ai, et c'est tant mieux, pas eu dans les mains Le Monde mardi, car je crois que je l'aurais probablement mis en pièces... Comment des gens qui font du social leur leitmotiv, voire leur fond de commerce, peuvent ainsi fustiger notre univers pourtant si fragile économiquement et les dizaines de milliers de personnes qui en vivent ? Par jalousie ? Pensent-ils vraiment qu'on "s'engraisse" dans ce monde soit disant interlope ? Ces censeurs-là ont-ils seulement pensé que la passion n'avait pas d'égal ? Mais que les passionnés peuvent être aussi des défenseurs du bon sens et ne sont pas forcément des gens dangereux, aveuglés comme on voudrait souvent nous le faire croire, en ne validant que la forme, en oubliant complètement le fond... Comme tout cela est affligeant ! Antoine Gilibert, président de la société des courses de Compiègne, particulièrement et solidairement attaqué par les journalistes de tout bord, attiré par l'odeur forestière du terrain domanial de la plaine du Putois, m'a révélé que l'un d'eux ne voulait pas croire qu'il fut président par passion et sans émoluments, malgré la charge de travail consentie. Peut-être parce que ces gens-là ne peuvent imaginer que le plaisir d'œuvrer, gratis au besoin, soit plus enrichissant qu'un chèque ou un virement. Dans l'univers des courses, il y a d'abord des gens qui travaillent et de (très) bonne heure (pour faire plaisir à notre président ?). Ce sont des gens généreux de leur personne, qui aiment avant tout les chevaux et la magie qui va avec. Tous les jours, ils se donnent du mal, ils prennent des risques, et sans un minimum de passion (très gros euphémisme, je vous l'assure), il ne le ferait pas pour gagner aussi peu, croyez-moi. Chic ou moins chic, l'argent que les passionnés investissent fait, pour commencer, vivre des dizaines de milliers de personnes que le Gouvernement aurait sur les bras si le bateau venait à couler à force de laisser faire des trous dans la coque ! Moi qui croyais que l'argent n'avait pas d'odeur ! Le fameux "visiteur du soir de l'Elysée" doit avoir, lui, un nez de fin limier. Il a juste oublié une chose : chic ou moins chic, l'argent, le sale argent, est arrivé dans ce monde par passion, par rêve, au risque de le perdre, pour le plaisir... Car c'est la passion qui fait venir l'argent, jamais l'argent qui fera venir la passion, à moins peut-être de n'aimer que l'argent !
Vive les nains de jardin !
Samedi, 06 Novembre 2010 12:34
S'il n'y avait qu'un timide soleil à Enghien vendredi dernier, il y avait Toi et le Soleil... Cette (toute) petite pouliche n'est pas ordinaire. J'ai redemandé au Dr RY Simon, un de ses éleveurs, et qui l'a nommée, à quel chanteur ou à quel auteur (puisqu'il donne toujours des noms de chansons à ses élèves) on doit ce titre dont elle porte le nom. Il ne s'en rappelait plus ! Donc je ne pourrais pas vous éclairer là-dessus. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que si elle est atteinte de nanisme (on n'est pas encore obligé de dire chevaux de petite taille), elle n'est pas à mobilité réduite, loin s'en faut, si l'on en juge à la façon dont, vendredi, elle a fait bouger ses petites jambes et s'est envoyée sur les obstacles de steeple du plateau de Soisy. Ce qui m'amène a une réflexion diamétralement opposée à celle que nous faisons tous, je suppose, quand il s'agit d'acheter de futurs performers en courses d'obstacle. Il est bien évident que nous autres entraîneurs préférons voir arriver à la maison de beaux et grands modèles qu'on imagine déjà volant au-dessus de la rivière des tribunes ou du rail-ditch and fence et qui inspirent aussi plus de respect que les gnomes courts sur pattes dont on peut douter de l'aptitude à sauter les « gros » (il est vrai, au demeurant, qu'à Enghien on n'affole pas trop la toise en matière d'obstacle). En fait, disons le tout net, on ne les entraîne que parce qu'on ne les a pas choisis, et qui d'ailleurs aurait l'idée de ramener des ventes à un (nouveau) client une naine du genre Toi et le Soleil, qui culmine aujourd'hui à 1m52 sous la toise et pèse toute mouillée moins de 400 kilos ? Et en parlant de mouillée, ce même vendredi, sortant de la douche après sa facile victoire, la queue collée par l'eau, elle ressemblait plus à un petit chaton tombé malencontreusement dans un seau et dont l'échappée pitoyable fait plus penser à un rat sortant d'un égout qu'à un félin majestueux ! Maintenant, il serait intéressant de savoir ce que dit la statistique finale des résultats entre les grands, forts et bêtes et les petits, malins et pleins de vie. J'ai bien peur qu'elle ne penche en faveur des derniers nommés, surtout dans les cas extrêmes... J'ai eu l'occasion d'en entraîner une encore plus « mimimati », qui, même sur la pointe des pieds, ne dépassait pas 1m49 ! Elle gagna pourtant trois courses à Auteuil, et bien d'autres ailleurs. Elle s'appelait Missavril du Frene, et j'ai encore sa photo dans mon bureau. Un jour, pour initier un épisode comique à immortaliser avec le concours d'un photographe espiègle, j'avais demandé à Guy Paris (alors encore en activité) de l'emmener au rond de présentation. Je ne vous décris pas la touche du couple ! Philippe Lorain n'avait pas manqué la scène (il ne s'en rappelle sûrement pas, il en voit tous les jours !) et avait demandé au « grand Paris » s'il venait faire prendre l'air à sa teckel... Il n'empêche que ces petites pouliches ont l'air de se donner tant de mal pour nous faire plaisir que c'est vraiment touchant. Le grand frère (d'un an) de Toi et le Soleil, Still Loving You, qui est presque deux fois comme elle, va s'aligner ce dimanche derrière les élastiques du Prix Maurice Gillois, avec une chance, et il va sans dire qu'on aimerait bien que cela devienne une jolie histoire de famille...
Bébés sauteurs
Samedi, 23 Octobre 2010 12:00
Les tout premiers 2 ans n'ont pas attendu le Beaujolais nouveau et son déjà dans leurs murs à La Palmyre. Comme la sélection en ce qui concerne l'aptitude à sauter des obstacles a déjà été faite en amont, il n'y a, en théorie, aucune raison pour qu'ils fassent fi des obstacles qu'on leur présente. Aussi, ce que je m'attache à déceler le plus chez chacun d'entre eux, c'est leur comportement devant ces nouveautés. Car les traits de caractère qu'ils vont me montrer le premier jour où ils seront confrontés à un obstacle ont de fortes chances d'être les mêmes (en tous cas pour ce qui est du fond) qu'ils montreront le jour de leurs débuts sur l'hippodrome. 99 % de chance en effet : les timides du premier fagot le seront tout autant sur la première haie, une fois les élastiques détendus avec des vagues à prévoir, et en opposition, les « culottés » (ou simplement moins bêtes que les premiers cités), ceux qui avaient sauté leur première mini-haie avec un sens inné de l'approche, sans crainte et sûrs de leur fait, montreront la même détermination sur le gazon de leurs débuts, avec peut-être la victoire au bout, tandis que les « pétocheux » mettront plusieurs parcours à comprendre ce qui se passe. Leurs propriétaires devront attendre un certain nombre de sorties avant de boire le champagne, dans certains cas ils devront même se contenter d'une bière, car la victoire pourrait même ne jamais venir. « Je ne comprends pas, chez vous quand je l'ai vu il y a deux semaines, il faisait ça comme un vieux ! » Certes, certes, mais c'était dans une routine bien apprise, mais par nature les timides restent timides dès qu'on les sort de leurs habitudes. Chez les chevaux aussi ! Bien que vu de loin, voire même de plus près, ces séances de B.A. BA peuvent paraître beaucoup de temps perdu, détrompez-vous, croyez-moi, car justement une bonne ou une mauvaise leçon la toute première fois, surtout pour les cas sociaux, qui sont toujours « trop » ou « pas assez » quelque chose, et l'animal pourra en garder des stigmates qui altèreraient énormément sa carrière. Songez que ces poulains ont passé le plus clair de leur temps dans des prés. Autour de ces près, il y avait des barres ou des haies qui délimitaient leur territoire et qu'il fallait surtout ne pas sauter... C'était formellement interdit. Alors, évidemment, c'est bien difficile pour eux, un beau jour, de comprendre d'un coup d'un seul qu'il faut aller de l'autre côté d'une haie, alors que toute leur vie d'avant il fallait surtout ne pas s'en approcher. Et tous les ans, quand les poulains arrivent, je revis immuablement les mêmes situations... Avec des cavaliers qui n'ont sûrement jamais pensé à cet état de fait. Chez le cheval, la confiance ne naît que de la domination. Dans la nature c'est le leader du troupeau qui domine et les autres lui font confiance. C'est le fameux instinct grégaire des équidés. C'est pour cela que le cavalier ou même l'homme de cheval s'il est à pied doit dominer son partenaire pour que ce dernier exécute ses ordres en toute confiance. Mais cette domination doit s'exercer en douceur, en non en force, et sans combat bien sûr. Elle doit néanmoins s'exercer pour que le cheval se sente libéré et pas inquiet, laissant en quelque sorte la responsabilité de la suite des événements à son chef. C'est sans doute un des aspects de la célèbre main de fer dans le gant de velours. Regardez deux chevaux dans un pré. Le dominant couche les oreilles, tord l'encolure sur le côté et prévient ainsi toute velléité de la part du dominé. Pas de combat, le dominé se range et suit le dominant dans tous ses faits et gestes, c'est clair et net. C'est justement pour cette raison que quand vous voyez à Auteuil (ou ailleurs) le leader du peloton (qui n'est autre que le dominant du troupeau artificiel) pencher à droite sur un obstacle, par exemple près de la haie d'essaie, donc des écuries, les autres vont avoir tendance à le suivre car leur instinct grégaire le leur dicte et qu'il faut faire confiance au chef du troupeau. Il va sans dite que le choix d'un maître d'école « calme, en avant et droit » selon les préceptes du Général l'Hotte, est la pierre angulaire de l'édifice, cathédrale ou simple chapelle !
13, chiffre porte-bonheur ?
Samedi, 09 Octobre 2010 18:29
Si treize était le chiffre d'un plaisant collier de gagnants un certain dimanche d'août dernier, treize, c'est aussi le nombre de victoires enchaînées par Rigoureux au jour de sa victoire dans le Gran Premio Merano, voici deux semaines. Certes, cela fait peut-être un peu réchauffé, mais je trouve sympathique de vous parler de ce merveilleux et espiègle petit cheval, car il n'a donné tout au long de sa carrière que du bonheur à tout son entourage, et au public transalpin, si l'on se réfère à l'applaudimètre, mais un peu de frayeur aussi, comme vous allez le voir un peu plus loin. Il a aujourd'hui 10 ans et reste bien fringant. Il a débuté au mois de mai de ses 3 ans sur les haies nantaises en nous montrant d'emblée le chemin du poteau ! Et au cours de sa déjà fructueuse carrière, il l'a souvent franchi en tête, ce convoité morceau de bois. 25 fois pour être précis, ce qui, pour 41 sorties, fait un respectable coefficient de réussite. D'autant que quelques places valorisantes ornent aussi sa carte de visite telle sa deuxième place dans le Grand Steeple-Chase de Paris 2006, derrière Princesse d'Anjou. 25 victoires, donc, en haies comme en steeple, sur 14 hippodromes différents, à Auteuil, Enghien bien sûr, mais aussi des hippodromes aussi variés que Pompadour, Nancy, Toulouse, Vichy, Clairefontaine, Bordeaux, Ploermel, Angers, Wissembourg, Strasbourg (où il n'a jamais été battu même s'il ne s'y ait produit que trois fois). Il a fini par trouver la France trop petite, poussant par-delà les Alpes pour gagner le Grand Steeple de la ville de Lucerne, et pour annexer ensuite son plus beau trophée, aux confins du Tyrol, sur la piste de Merano-Maia où il a gagné trois fois pour autant de sorties (dont deux Gr1). Je suis fier de lui... Pourtant, l'histoire aurait pu s'arrêter presque un an jour pour jour où elle avait si bien commencé, sur l'hippodrome du Petit-Port. Le petit cheval bai fit un « soleil » à l'avant-dernière haie et qu'il ne se soit pas cassé les cervicales était déjà miraculeux. Mais une fois relevé, il était évident que quelque chose n'allait pas. Le cheval perdait l'équilibre, son arrière-main tanguait et s'affaissait... En clair, les symptômes alarmants de la compression médullaire provoquée par un œdème cérébral qui conduisent à terme à la « maladie de chien » et à la perte irrémédiable de l'animal... Seule issue pour stopper ce processus : la cortisone. L'intervention ou plutôt la non-intervention de certains vétos de service en pareil cas m'a déjà conduit à des fins assez funestes. En revanche, l'intervention rapide et circonstanciée du Dr Roger-Yves Simon, ès-qualité, fut providentielle et salutaire.
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