L'affaire Pierre Levesque a déjà fait couler beaucoup d'encre, et ce n'est pas fini, surtout si moi aussi je rouvre l'encrier... Comme beaucoup d'entraîneurs, j'ai aussi été positif, ou plutôt un ou plusieurs de mes élèves, à ce fameux contrôle anti-doping. Pourtant, c'est avec des chevaux qui n'avaient reçu aucun traitement d'aucune sorte. Pour être tout à fait honnête, j'occulte tout de même une mésaventure pour une victoire en Corse. Le cheval, vendu le mardi, avait voyagé le jeudi et le vendredi pour l'Île de Beauté et gagne le dimanche sous mon entraînement. Mais en Corse, tout est particulier... Personnellement, je n'avais rien donné à mon pensionnaire. Mais j'appris plus tard que d'autres s'en étaient chargés pour moi. Donc j'étais responsable, et j'ai dû assumer, même si les commissaires reconnurent ma bonne foi. Voilà donc le vrai problème : l'entraîneur est responsable de son élève. Dans la pratique, même en mettant tout en œuvre pour le "protéger" contre tout, c'est totalement impossible, même en dormant dans son box. Après, il faut aussi pouvoir faire le distinguo entre le soin et doping, et c'est rigoureusement impossible.
À la limite du raisonnement, il faudrait, si l'on soigne un cheval, ne pas le garder à l'entraînement et l'"évacuer" obligatoirement dans une écurie externe réservée à cet effet (pas impossible que cela arrive un jour, et sous contrôle des instances dirigeantes). On est déjà obligé de le faire pour les traitements de Ventipulmin, à cause de la volatilité du produit en nébulisation, mais pour les traitements mineurs aussi. Vous voyez les complications supplémentaires pour les entraîneurs, qui sont déjà taillables et corvéables à merci. Ce système pourtant, s'il est on ne peut plus "chiant", aurait peut-être l'intérêt de faire réfléchir à deux fois avant de traiter, à cause de la lourdeur de l'opération. Toutefois, s'il faut tenir compte du besoin de locomotion de qualité indispensable aux sauteurs, alors qu'en plat, on peut gagner avec des "zinfirmes", comme on peut le constater en voyant partir au canter certains chevaux, qui ne font pas envie, et même plutôt pitié, le traitement à outrance est de toute façon destructeur et se répercutera à terme au niveau de l'élevage.
Donc tous les professionnels vous diront sûrement que dès qu'ils doivent "soigner" leurs élèves c'est un moins, car c'est mauvais signe d'abord et c'est, à terme, le début de la fin, si c'est l'appareil locomoteur qui a besoin d'être aidé. Ils pensent aussi probablement que ce n'est pas un plus s'ils doivent "traiter" un pensionnaire "tousseux" en utilisant les antibiotiques. En cas d'infection importante, il faut parfois bien sûr se "couvrir". J'y ai eu recours, en suivant les préceptes de la Faculté. Comme beaucoup de gens, j'avais, jusqu'à l'histoire que je vais vous conter ici, cru qu'un animal traité aux antibiotiques était très long à récupérer...
Voici quelques années, j'ai eu le cas d'une vieille jument de cross qui, en plein mois de juillet, développa une importante infection pulmonaire, qui me contraignit à la renvoyer chez son propriétaire avec, au programme, "boxothérapie" pour trois semaines minimum et avec séries de piqûres de cortexiline (la cortexiline est un antibiotique associé à un corticoïde). Pour savoir où j'en étais avec elle après un petit mois de box, je fis faire une prise de sang, surtout pour savoir si les "blancs" étaient revenus à un niveau normal, l'infection leur ayant fait atteindre des sommets. À sa lecture, j'en ai immédiatement fait faire une autre, car j'ai cru à une erreur. La deuxième était identique ! C'est sûr, les leucocytes (globules blancs) étaient redescendus... Tellement bonne la prise de sang, que l'hématocrite était aussi haut que celui de Rasmussen le jour où il s'est échappé nuitamment du Tour de France en 2007. Un hématocrite de 50 pour un cheval consigné dans un box depuis quatre semaines peut nous faire poser des questions. On comprend mieux pourquoi les cyclistes furent si friands des amphétamines voici une vingtaine d'années...
En tout cas, cela m'a fait réaliser que la médication peut "améliorer", même si c'est un peu artificiel dans le cas d'un cheval confiné au box. Dès lors la médication, même à des fins salvatrices, devient un doping. Pourtant, en utilisant la cortexiline, je ne pensais pas pouvoir influencer à ce point l'hématocrite de ma jument. Le but était de soigner l'infection pourtant...
Si j'ai voulu rapporter cette expérience, c'est pour mettre en relief combien la frontière est ténue entre les soins et le "doping". Comme il faut un responsable aux choses, l'entraîneur est le premier sur la liste. Dans de nombreux cas, sa bonne foi sera prouvée. Pourtant, cela sera toujours lui qui payera l'addition, parce qu'il est responsable de ses pensionnaires.
Dura lex, sed lex !
Lors de mes vitupérations sur la médiocrité des départs l'été dernier, j'avais mis en cause Clairefontaine et Compiègne. Que l'on me comprenne bien, car en aucun cas, je n'ai voulu dénigrer les sociétés organisatrices. Surtout si, comme à Compiègne, on leur "impose" un juge au départ efficace ou pas... Les deux cas sont différents. À Clairefontaine, le problème semble technique. Les entrées dans les aires de départ ne sont pas adaptées, ce qui amène à ce genre de situations de départs "merdiques". À Compiègne, je n'hésite pas à dire que le juge au départ qui a officié le 31 août n'a pas été à la hauteur ! Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter ses propos sur les vidéos du jour avant qu'il ne "lâche les fauves".
Les départs en mouvement sont plus aisés pour chevaux et cavaliers, à condition de faire montre d'un minimum de rigueur de la part des participants, comme de celle du starter. Il serait extrêmement regrettable de revenir à l'ancien système du départ arrêté sous prétexte que le départ en mouvement désavantage certains. Cela ne se voyait pas mais le départ arrêté était synonyme de stress important pour les chevaux, en partie à cause de la tension de leurs cavaliers, et modifiait leur comportement de façon indésirable. Au départ d'une course, il y a ceux qui veulent aller devant et ceux qui attendent. Dès lors, il y en a pour tous les goûts et pour tout le monde. Encore faut-il que les starters soient compétents et assez hommes de cheval pour "sentir" ce genre de différences et ne pas confondre un animal rétif, qui ne veut pas en "jouer", ou un poulain timide ou inhibé, et un jockey qui souhaite "cadrer" le départ à son partenaire en partant en retrait volontairement, et ce dans l'intérêt de sa monture, et conséquemment pour ceux qui ont "appuyé" sa chance.
Selon un précepte très en vogue actuellement de ne léser personne, cela ne sera surtout pas parce que tous partiront sur la même ligne, que cela donnera une chance égale à tous. C'est même très probablement le contraire.
Y.S.M.
J'ai beaucoup apprécié l'article de Gérard de Chevigny, alias « Bacchus », en forme d'hommage au feeling d'Yves Saint-Martin au temps où il portait la casaque avec cette finesse de monte qui le caractérisait, parce que comme lui j'ai été impressionné par la maestria de son art. Permettez-moi d'en rajouter un petit couplet.
Comme j'ai installé dans mes lieux d'aisance la collection complète de Courses et Elevage, j'en parcours un numéro à chaque fois que j'ai à soulager la nature. La consultation des photos dans les numéros millésimés à partir de 1965, montre presque toujours le grand cavalier avec des chevaux aussi bien orientés que sur un rectangle de dressage. Même sur papier glacé et en noir et blanc, la douceur et la finesse de la main transpire. Et si le sport est différent, cela se confond avec la doctrine de Nuno Oliveira quand il disait : « J'ai juste besoin de le penser et mon cheval le fait. D'ailleurs, mes rênes sont des fils de soie et je ne veux pas les briser. »
Accessoirement, je tente d'inculquer à mes cavaliers cette philosophie, non sans peine, surtout à ceux qui croient encore que les courses se gagnent dans la ligne droite et à grand coup de marteau...
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