A chaque jour qui passe, ce métier, que j'ai tant aimé (je l'aime toujours, rassurez-vous) pour tout ce qu'il représentait depuis son origine et à travers les années, me met devant des interrogations de plus en plus pressantes...Reprenons l'histoire au départ : les premiers anglais ont débarqué pour entraîner les effectifs à quatre pattes des industriels français ou des aristocrates séduits par ce sport « so british » -à une époque où, de toute façon, il n'y en avait pas d'autres. Ils avaient pour noms -j'ai fait un choix volontaire pour vous montrez que ce n'est pas si loin et surtout familier- W.J. Clout, l'entraîneur de Jean Prat, Charles Pratt, l'un des premiers à Lamorlaye avec T. et Ch. Cunnington, Henry Jennings (l'aïeul de la famille Head) ou Michel Pantall (le fin du fin, si j'en crois une photo de 1912 où ses cavaliers d'entraînement, non à l'époque, on disait lads, ce n'était pas encore devenu déshonorant, étaient en veste, cravate et portaient pochette ! Il n'est pas difficile de comprendre que leur existence était plus simple, leur quotidien exempt de tracasseries administratives. Certes, le « social » tentait bien de pointer le bout de son nez, mais son succès était des plus mitigés !
Comme les entraîneurs de cette époque étaient les « hommes de chevaux » des « hommes d'affaire » qui les employaient, ils n'avaient qu'à se consacrer à la mise en condition et en lumière de leurs élèves ; l'esprit libre ! Aujourd'hui, le temps passé au téléphone pour régler (que dis-je, ne pas régler !) des problèmes de carte d'immatriculation, de contrat d'association et de paperasserie en tout genre est égal à celui passé sur les pistes. A moins d'avoir un secrétariat très performant et aussi très patient pour les joutes verbales contre les « guichetiers » qui usent à l'occasion des méthodes en vigueur à la sécurité sociale (et dont Robert Bidochon a fait les frais)...A la base, l'entraîneur est un artiste, et l'art ne peut s'exercer sans un esprit libre, dégagé des contraintes matérielles qui prennent la tête et parfois ne la lâchent plus. Par rapport à cette époque heureuse, il faut dans la même journée abattre le double de boulot : jadis, deux lots sortaient dans une matinée. Aujourd'hui, c'est quatre, quand ce n'est pas cinq ! En plus, charmant détail rapporté par les chroniqueurs de l'époque : après avoir rentré son premier lot, « l'entraîneur déjeune copieusement, puis sort son second, non moins bienfaisant : le premier lot était apéritif, le second digestif. »
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