Science ou nature ?
Dimanche, 02 Décembre 2012 20:28
Vous aurez probablement remarqué qu'il ne me déplaît pas de rebondir sur l'actualité développée dans les pages de ce titre, et en particulier dans le “Point de vue”. Je ne dois pas être le seul à penser que c'est une excellente idée de la rédaction d'avoir ouvert cette colonne à la une à ceux qui d'aventure veulent s'exprimer dans une approche personnelle. Cela permet aux acteurs de la filière de croiser des idées et d'être sensibilisés à des cas qu'ils n'imaginaient même pas auparavant.
Aussi, le point de vue produit par le Docteur Gilles Lorenzi dans l'édition de jeudi dernier montre combien le temps sera toujours l'allié de l'homme de cheval, même et surtout si la science vétérinaire a condamné son partenaire pour la compétition. Justement parce que la Faculté a aussi ses limites : poser un diagnostic est déjà assez difficile, mais je pense que donner un pronostic sur la carrière sportive d'un cheval accidenté, même plus ou moins gravement, est quasiment voué à l'échec. D'abord parce que dans l'instant, le praticien n'a pas d'éléments sur lesquels supputer quant à l'environnement futur de son patient équin, et ensuite parce que le temps consacré à la récupération de l'animal peut et va tout changer.
C'est pour cela qu'il n'est pas rare que des brillants chevaux de courses accidentés n'aient pas été soignés, car, au premier chef, les dégâts avaient été jugés irréversibles (et ce n'était pas faux) et aussi parce que les frais à engager n'avaient qu'un lointain rapport avec la moindre espérance de le revoir un jour se produire à nouveau sur les pistes. On s'est alors contenté de les laisser en vie pour faire office de tondeuse à gazon (bien que cela tonde très mal un cheval, car de façon tout à fait irrégulière), car c'était tout de même difficile de “les faire cabosser” après une généreuse carrière.
En sortant de la notion de temps, tout devient possible : plus de limites, plus de calendriers à suivre, simplement regarder les saisons passer, et la nature, piano mais sano, fait son œuvre. Comme l'instinct est toujours là, un beau jour, la tondeuse s'emballe un peu et montre à qui veut le voir que le docteur green a fait son œuvre, probablement mieux que tous ses confrères humains, pourtant bardés d'imageries, de tables d'opération et de méthodes ultra modernes sans cesse réinventées.
Il a déjà voulu vivre, car c'était un costaud au départ et, surtout, on n’a pas voulu le réparer… Il s'est réparé tout seul en quelque sorte. Avec du temps.
Des cas comme cela, il y en a des kilos. Un jour, le Docteur Machin est appelé, dûment mandaté par une compagnie d’assurance, pour euthanasier un cheval sévèrement touché, suffisamment en tout cas pour que la dite compagnie décide de payer la prime (ce qui n’est pas ce qu’elles aiment le plus, les compagnies).
Le propriétaire-éleveur du pur-sang “deale” avec le vétérinaire pour “garder” son cheval vivant, sans les papiers bien sûr puisqu'il était censé, pour l'assureur, être ad patres, via une seringue de T61. “Je l'aime bien, je lui dois bien ça. Il est gentil et il me servira pour éduquer mes foals au moment du sevrage.”
En le voyant galoper dans son pré quelques mois plus tard (une bonne vingtaine quand même), le praticien aurait pu commencer à regretter d'avoir sursis à son exécution si, pour les registres il n'y avait belle heure qu’il était mort et enterré, car il ne faisait nul doute, à en juger à la fluidité de l'action du coursier, que c'était le chemin du poteau qu'il demandait à montrer ! En son fort intérieur, même aux ordres d'une inflexible autorité, le praticien peut se demander alors si l'animal méritait la mort, fut-elle symbolique ? Laisser le temps au temps est une devise que le monde et les techniques modernes tentent (on utilisera le verbe dans ses deux sens, tentation et essai) de nous faire oublier à dessein. Mais l'homme de l'art, même peut enclin à user du bistouri ou du coefficient multiplicateur, ne peut pas, décemment, s'il veut paraître un tant soit peu professionnel, dire simplement : ne faites rien, attendez…
Le mot de la fin
Donc, voici que la saison épistolaire touche à sa fin pour moi. La saison de courses presque aussi, mais il y a encore le mois de décembre devant nous. Puis on remettra les compteurs à zéro et il faudra tout recommencer. Si, à la fin de l'année, le devoir accompli, on croit avoir acquis un peu d’assises et de tranquillité mentale, rien n’est plus faux. Il faudra dès l'an prochain de nouveau être au meilleur niveau, et le plus rapidement possible, dans des conditions de réalisation un peu plus difficiles et exigeantes chaque année. Pourtant, j’aurais bien aimé terminer sur une note optimiste. Hélas, l'actualité ne m’en donne guère les moyens, car le nouveau taux de TVA risque de donner de la gîte à notre embarcation.
Certes, avoir des chevaux de courses n’est ni une obligation, ni une nécessité. C'est sans doute le raisonnement qu'a probablement dû finir par admettre Jean-Paul Sénéchal.
C'est au départ affaire de passion que de décider de faire courir. Affaire de passion associée avec une affaire de moyens, financiers s'entend. L'une n'étant pas possible sans l'autre. Qu'il y ait beaucoup moins de propriétaires en France engendrerait de calamiteuses retombées économico-sociales pour les acteurs du système : les entraîneurs et leur personnel, mais aussi, au début de la chaîne, les éleveurs, qui eux aussi ne travaillent pas seuls.
Comme elle est curieuse, cette habitude qu'ont les dirigeants politiques de taxer outrageusement une entreprise qui fonctionne encore pour l'affaiblir en lui suçant le sang jusqu'à un début d'agonie ! Alors, quand la mort se fera proche, les mêmes viendront à son chevet, pour peu que l'opinion publique s'en émeuve, pour perfuser le sang qu'ils iront ponctionner dans une autre confrérie encore saine. C'est tout l'art de cette économie dirigée, de ne pas laisser vivre ce qui fonctionne et de vouloir sauver à tout prix ce qui bat de l'aile. La nature, pendant des siècles, s'en était bien arrangée dans un espèce de “marche ou crève” qui était tout sauf artificiel. Pourtant, ce système nous a menés jusque-là, dans une sorte de sélection naturelle pas si critiquable que cela. Hélas, aujourd'hui la mode c'est d'aider ceux qui ont tout raté et de “punir” ceux qui ont réussi. Donc, à quoi bon se battre ? Les courses, par essence, c'est exactement tout le contraire, puisque c'est une politique élitiste, sublimant les vainqueurs, et le décalage s'établit inévitablement encore plus avec les idées d'aujourd’hui… Le 1er janvier, c'est dans un mois jour pour jour, mais je vais prendre un peu d'avance, me nourrir d'espoirs et former les vœux que tous ceux qui se sentent hommes de courses utilisent leur bon sens, additionné d'une nécessaire ingéniosité, pour continuer à maintenir contre vents et marées, d'abord notre position et d'étayer ensuite notre promontoire pour échapper aux vagues et un jour à la noyade. Il faut y croire pourtant, car la passion peut nous instruire et nous conduire avec force. Elle est plus forte que tout le reste et ne croyez-vous pas que même celui qui se perd un peu dans sa passion, perd beaucoup moins que celui qui perd sa passion ?
|
Week-end international des gravats de la ville de Paris
Samedi, 03 Novembre 2012 20:09
D'année en année, les week-ends internationaux de l'obstacle se suivent pour la ville de Paris qui nous impose son infâme spectacle du milieu des pistes, et nous, nous continuons à subir…
Mais que fait le gouvernement ? Je veux parler de celui de France Galop bien sûr. Pas grand-chose apparemment, à part continuer à subir aussi cet immonde spectacle ! Croyez-vous que la ville de Paris n'a pas eu les moyens techniques de terminer les travaux au bout de trois ans ? Croyez-vous que si des présidents de République (même bananières) devaient être reçus en ces lieux, diligence n'eut pas été faite ? Croyez-vous que si Paris avait été choisi pour les JO, et donc Auteuil “réquisitionné” pour certaines épreuves, il eut fallu le même temps pour n'avoir toujours pas fini les travaux ?
De qui se moque-t-on ? De ceux qui le veulent bien ne croyez-vous pas ? Le loyer n'est pas gratuit. Pourtant pour Auteuil et Longchamp c'est un chèque de 8,5 millions d'euros qu'il “nous” faut signer annuellement, service compris sans doute, car ce n'est pas moi qui donnerais de pourboire.
Dites-moi quel agrément peut-on avoir à venir à Auteuil à présent ? Devant son écran, cela fait encore illusion grâce au travail des cadreurs qui nous épargnent le pitoyable spectacle de voir Madagascar, Tonkin et Congo transformés en chemin des Dames, Tchernobyl ou autres lieux de sinistre mémoire. Ici, la table prime le cadre se targuaient certains restaurants au confort et à la mise assez chiche, pour focaliser le dîneur sur son assiette (au demeurant fort loyal) et lui suggérer que le contenant n'était rien et que seul le contenu était important.
À Auteuil, le spectacle prime le cadre heureusement : surtout pour tous ceux qui en vivent de près ou de loin, puisqu'en semaine, il n'y a qu'eux. J'ose d'ailleurs espérer que pour ce beau week-end, quelques turfistes en mal d'ambiance viennent faire la claque du côté de la butte Mortemart pour rappeler un tout petit peu ce qu'était l'ambiance des automnes irradiés du jaune des chrysanthèmes qui nourrissaient si richement les jardinières des tribunes de ce monument des courses d'obstacle qui, doucement mais sûrement, est en train de perdre son âme ou de la vendre au diable (des courses !).
Ce que je crois, vraiment et sincèrement, c'est qu'il faut se rendre à l'évidence. Nous n'avons plus rien à faire en ces lieux, à part courir ! Pour tous ceux qui ont aimé (difficile d'utiliser le présent, cela réduit tellement le nombre) les courses, et celles à obstacles en particulier, pour ce qu'elles représentent de beaux sport, même illégitimes, mais aussi de bon goût, de savoir-vivre, et bien sûr pour toute cette esthétique mouvance, à laquelle de nombreux artistes ont aussitôt adhéré dès la génèse des courses, c'est indubitablement une page qui se tourne, un livre qui atteint bientôt son épilogue, hélas. Même quand ces foutus travaux seront terminés, surtout quand ils nous imposent de nouvelles incongruités visuelles tellement à l'opposé de notre sport, et quand nos yeux seront moins choqués par une forme acceptable du fond, le mal sera irréversible.
La tradition (et pourtant en est-il beaucoup à y être plus attaché que moi) ne peut plus justifier certaines choses. Nous sommes pris en otage : financièrement d'abord, et visuellement ensuite. Il est temps de réagir. Les moyens techniques modernes permettraient de recréer ce sanctuaire ailleurs. Un copier-coller, même à 50 km de Paris, en pleine campagne. Chantilly, c'est à combien de la capitale ? Des installations basiques mais bonnes et adaptées, modulables bien sûr pour les plateaux plus attractifs, si d'aventure aller aux courses redevenait une action stimulant la vie sociale, comme c'est le cas outre-Manche.
Bien sûr que cela serait la mort dans l'âme qu'il faudrait quitter ces lieux chargés d'histoire, pour moi le premier.
Rappelez-vous cette circonstancielle phrase de Bismark : “La tradition ne consiste pas à secouer des cendres, mais à souffler sur des braises.” Prenons quand même garde qu'il reste encore des braises…
La tête et les jambes
Si la victoire d'Esmondo dans le Prix Pierre de Lassus a au premier chef rasséréné et fait chaud au cœur à tout son entourage, elle met aussi en lumière combien le comportement d'un cheval, à mon sens, a une importance aussi grande que sa qualité pure et de la qualité de son dressage à l'obstacle. Dans certains cas, quand le comportement de l'animal est négatif, il va même jusqu'à annihiler la classe qu'il aurait dû montrer.
Si je suis totalement incapable de prédire le comportement mental de mes élèves avant une course (car il est extrêmement rare qu'ils aient strictement le même à chaque sortie, surtout si l'on change d'hippodrome et que les circonstances de courses sont différentes), dès qu'ils ont sauté un obstacle, leur attitude laisse prédire de façon assez claire l’issue du résultat. En tout cas, au niveau du fond, je veux dire faire l'arrivée. 1, 2 ou 3, c'est affaire de détails. Mais si le juge à l'arrivée affiche tête, encolure, courte encolure, votre protégé a fait globalement la même valeur. Si le cheval est devant, visiblement sérieux, concentré à son affaire, mais avec calme, sans tension, il ira beaucoup plus loin que s'il le fait, devant aussi, mais dans la tension, crispé sur la main, illustrant la fameuse formule qui enjoint de ne pas confondre vitesse et précipitation. Souvent, devant mon écran de TV, heureux suppléant puis que c'est devenu très difficile d'aller aux courses, dimanche et jours fériés exceptés, si je pense à voix haute, satisfait de voir mon élève après quelques mètres de course dans l’attitude idéale, le parterre plus ou moins averti qui vibre à l’unisson, me demande comment je peux savoir si tôt dans le parcours que “cela va le faire” ? Tout simplement parce que mon élève est dans le comportement rêvé pour bien gérer sa course. La tactique des autres concurrents, et bien sûr leur comportement personnel, surtout si le stress règne autour de votre élève pourtant “zen”, car les chevaux y sont éminemment sensibles, a bien sûr une très grande importance et dès lors votre protégé jusqu’alors si “dans le moule” peut par contagion se stresser aussi, ne plus respirer efficacement et, asphyxié, se “mettre au pas” pour finir, laissant la victoire, et peut-être même les places, à d'autres qui, courant “battus” ont ainsi échappé à cette tension fatale. En obstacle, il faut rajouter un élément supplémentaire : si les premiers sauts sont fluides et efficaces, le sauteur conforte sa confiance et construit une spirale positive, qui l’entraîne vers le succès dans une facilité perceptible. Si au contraire, les premiers obstacles sont franchis, sans fluidité, en force, même si c’est suite à des mouvances du peloton, la sérénité fait place dans la tête du steeple-chaser aux doutes, à la prudence excessive, bref au stress, qui est pour le cheval un compagnon assez souvent mauvais conseiller.
Interrogé donc après le succès rassurant du fils de Sholokov par François Pradeau, j'ai insisté sur cette partie comportementale influente sur le résultat des courses, surtout quand les coursiers évoluent dans ce “desperate ground”.
Esmondo, puisque c'est lui qui a servi de point de départ à ce développement, était, à 3 ans, un poulain qui pouvait “se tendre” assez facilement si un élément déclencheur survenait. Il pouvait, sur les obstacles, vouloir se précipiter et vouloir terminer sa mission urgemment. Je veillais donc dans son entraînement et lors des séances de gym sur les haies à le mettre derrière d’autres camarades, à le faire travailler et sauter dans le mode “off”. Maintenant, c'est tout le contraire, car son comportement a changé et s’il pouvait auparavant monter en pression dans une situation circonstanciée, il faut veiller à ce qu’il ne “s'endorme” pas, car cultiver cet état ne serait pas non plus la route à suivre pour conduire au poteau. Je me suis donc adapté à son changement de comportement et aller devant (en tout cas le matin, car ce n'était qu'affaire de circonstances lors de son dernier succès) le rend plus dominateur et, surtout, l'oblige à travailler vraiment dans sa propre action, alors que derrière il aurait tendance à le faire “au rabais”.
Pourtant avec certains chevaux, cela sera tout le contraire. Devant ils ne feraient que se reprendre, et derrière, ils ne chercheraient qu’à rejoindre leurs petits copains sans faire attention à rien, l'instinct grégaire reprenant le dessus.
Voilà aussi une des raisons pour lesquelles la victoire peut changer de camp assez facilement. Des raisons que l'on cherche, quand on est entraîneur, à maîtriser le plus possible et sur lesquelles on ne peut qu'assez modérément influer, ce qui ne fait qu’augmenter la glorieuse incertitude du turf !
|
Auteuil au temps jadis
À quelques jours près, voilà 139 ans que l'hippodrome d'Auteuil a donné sa première réunion. C'était le 1er novembre 1873 et la journée s'était déroulée sous la pluie.
Déjà à l'époque, la chronique avait relevé que le terrain était particulièrement spongieux. Les louables évolutions au fil des années nous ont donné aujourd'hui un hippodrome dont le verdict des arrivées fait foi. On ne vole pas de courses à Auteuil ! C'est la tenue et la qualité de sauteur du cheval qui sont en premier lieu récompensées.
Si les obstacles sont aujourd'hui l'objet de soins attentifs dans leur construction et leur entretien, même s'ils sont, pour la plupart d'entre eux, construits avec des fagots en plastique, s'ils ont évolué pour arriver à quelque chose d'idéal, ils sont pourtant l'aboutissement d'une recherche qui découle de leurs origines, où les obstacles des parcours de steeple-chase des hippodromes étaient plutôt “naturels”.
J'ai, à ce sujet, retrouvé un opuscule ayant appartenu à Jean-Michel de Choubersky, si j'en crois la page de garde, et rédigé par le comte J. de Lagondie, colonel d'état-major de son état et féru du cheval. Cet ouvrage s'intitule : École pratique pour la connaissance, l'éducation, la conservation, l'amélioration du cheval de course, de chasse, de guerre. Vastes sujets… Un chapitre tout à fait savoureux nous instruit sur les obstacles “du champ de courses”. Il y est décrit ceux-ci et la façon de les négocier. Nombre d'années après, cela prend un côté dérisoire et amusant. Je vous livre ici, in extenso, le texte qui décrit certains obstacles de steeple-chase.
“La simple haie d'épines peut être dans l'état de nature ou tondue. La première peut être facilement franchie et rarement occasionne une chute, parce que si le cheval vient à rencontrer, ses jambes passent au travers et il n'arrive aucun mal. La haie tondue est dangereuse parce que les pointes aigües occasionnent des blessures.
Les doubles barrières fixes doivent se prendre de volée, à grande vive allure, avec l'usage de l'éperon le plus persuasif.
Les ruisseaux, qui ne sont point guéables, demandent à être abordés à grande allure. Il faut d'abord s'emparer de la bouche du cheval et se diriger bien droit sur le cours d'eau sans retenir la tête pendant le saut. Toutes les fois qu'il y a des chances que le cheval refuse, les deux mains doivent être aux rênes et on doit bien veiller sur l'animal, de peur qu'il ne se dérobe et n'évite le saut.
Les charmilles, appelées bull-finches, se traversent à toute course en se servant des mains et des bras pour protéger le visage. L'on peut encore les traverser en rampant, ce que certains chevaux font très adroitement. Mais quand la charmille est épaisse, il est rare que l'on puisse le traverser autrement qu'en la chargeant à fond”.
À quelques détails près, cela n'a pas vraiment changé, n'est-il pas ?
|
|
|
|
|
Impossible de toute façon de satisfaire toutes les parties
Dimanche, 21 Octobre 2012 13:24
J'ai déjà dernièrement vitupéré sur les handicaps, je sais. Pourtant, je rouvre le débat ici car… je me pose pas mal de questions quant à la manière de considérer les performances des chevaux par Mmes et Mrs les handicapeurs ayant en charge le rating des chevaux d'obstacle. C'est donc un peu ici à eux que je m'adresse car, pour être franc, je ne comprends pas tout…
Bien entendu, je ferai abstraction de mon cas car, pour ma part, je comprends encore moins, ou alors je comprends trop bien qu'il ne vaut mieux pas être entraîneur tête de liste si l'on veut s'attirer la mansuétude du service des handicapeurs de France Galop, car quelles que soient les performances de l'animal, elles seront presque toujours surestimées. Vous allez me dire tous les entraîneurs et leurs propriétaires se trouvent systématiquement insatisfaits de la valeur assignée à leurs élèves, selon eux tenus toujours en beaucoup trop haute estime par les échellistes, et il n'y a pas de raisons pour que j'échappe à la règle. Je vais donc ici me borner à (me) poser des questions.
1 - Un cheval se présente seul sur la “der” avec dix longueurs d'avance. Il était en tête depuis le départ, sans amuser le terrain. Mais il tombe à la dernière haie ! Jusqu'alors ce sauteur n'avait pas de performances transcendantes. Que fait alors le handicapeur ? Est-il persuadé que sans cette chute il aurait gagné ? Ou pense-t-il qu'il faut imputer cette culbute à la fatigue ? Très important tout de même…C'est que s'il penche pour la première possibilité, le cheval prendra alors la surcharge, mais pas pour l'argent qu'il a pris.
2 - Un cheval gagne une course d'une encolure. Foudre des commissaires : rétrogradation à la deuxième place, jugée “limite” par le turfiste de base et par les moins basiques aussi… Quel verdict retient le handicapeur pour son appréciation, celui offert par la piste ou rectifié sur le tapis vert ?
3 - Un cheval n'a jamais couru jusque-là dans du terrain “défoncé” (type celui d'Auteuil dimanche dernier) et ses performances sont plutôt médiocres. Transcendé par la boue, l'animal s'envole… Que fait alors l'homme de l'art, surtout si le cheval en question a battu des valeurs 15 kilos au-dessus de la sienne mais réputées peu adeptes du lourd ?
4 - Un cheval fait un vrai “truc”, mais l'entourage doit se contenter de la maigre allocation dévolue au cinquième car, peu économisé par son jockey, qui, disons-le, l'a quasiment assassiné, finit en rampant… Toutefois, monté avec à-propos, on peut penser qu'il aurait disputé la victoire. Monsieur le handicapeur change-t-il la valeur ou se base-t-il sur le résultat “sec” ?
5 - Un cheval est engagé dans un handicap à Auteuil ou à Enghien, venant du Sud-Est avec une bien jolie “musique”. Comme les échellistes ne peuvent pas le lâcher pondéralement parlant, malgré l'autarcie des performances, ils lui attribuent un poids de méfiance, pour que surtout… (à vous d'imaginer). Le représentant du sud de la France finit dans la dernière moitié du peloton. Surpris par la différence d'exercice ou manque de qualité ? Le poids, de toute évidence prohibitif, mais attribué par nécessité, sera-t-il revu et corrigé ? Car s'ils considèrent que le représentant PACA a besoin de comprendre et de s'adapter en terre parisienne pour “faire” sa vraie valeur, ils n'auraient aucune raison de revoir à la baisse leur rating.
Je pourrais continuer comme cela longtemps et devenir carrément fatiguant, surtout pour la confrérie dont je mets en doute la façon de fonctionner.
Toutefois, il y a un singulier fossé entre l'argent pris par un cheval et celui qu’il n'a pas pris tout en faisant une valeur, et plus particulièrement pour l'entourage ! Je sais cependant l'importance des handicaps dans le financement de notre filière et je n'ai pas envie non plus de tuer la poule aux œufs d'or.
Etrange paradoxe que de devoir cautionner une façon de faire à l’opposé des principes de tout homme de course, puisqu'elle est maintenant vitale à la pérennité de l'institution. Et pourtant : “le pur-sang existe (et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Federico Tesio) parce qu'il ne dépend pas d'experts, de techniciens ou de zoologistes, mais à cause d'un morceau de bois, le poteau d'arrivée du Derby d'Epsom.”
Pour prouver malgré tout que j'ai plutôt de la sympathie pour le corps des handicapeurs, je leur annexe cette vignette de Crafty pour alléger le débat.
Pas si facile la vie d'artiste
Parmi les difficultés auxquelles on est confronté dans ce métier, et elles sont nombreuses croyez-moi dès lors que l'on fait tout pour que cela fonctionne, il y a la gestion des extrêmes. Je veux parler des joies qu'il faut savoir apprécier et savourer sans excès, à l'opposée des catastrophes qu'il faut aussi savoir gérer mentalement parlant, pour dans les deux cas ne jamais se relâcher.
“Faire face” était la devise qu'avait fait peindre, en 14-18, sur son aéroplane le célèbre aviateur Georges Guynemer. Elle convient aussi particulièrement bien à la profession d'entraîneur de chevaux de courses et de courses à obstacle a fortiori.
Même si le passé érode un peu et rend les choses plus embellies, patinées, de l'avis des anciens, il apparaît que le métier était plus facile à vivre il y a quelques décennies, nombre de professions sont probablement dans le même cas. Il n'empêche qu'au quotidien, les vicissitudes sont telles, qu'il faut une santé mentale sans faille pour continuer à faire face justement. Jean-Paul Gallorini disait un jour devant les caméras d'Equidia “qu'il fallait en avoir un coup dans la cafetière pour faire ce métier-là !” Ce n'est pas tout à fait faux pour employer un euphémisme. La nuance réside dans le fait de savoir si le coup dans la cafetière on l'avait avant de commencer ou si on l'attrape en cours de route !
Voila pourquoi, toutes analyses faites, il ne reste qu'une solution : savoir pianoter avec la relativité et en faire son alliée au quotidien.
Parce que les contrariétés m'assaillent en rangs serrés, constater dimanche dernier que nous avions passé la barre des 200 succès en obstacle cette année m'a apporté une satisfaisante compensation. On est arrêté à 203 aujourd'hui samedi. J'espère étoffer encore ce chiffre, même si je n'ai aucun espoir d'approcher le score de 2006 et ses 258 gagnants. D'ailleurs, l'espérance ne suffira pas, il faudra des résultats tangibles, c'est la seule vérité, celle du poteau, qui peut assurer des lendemains qui, à défaut de chanter, ne seront tout de même pas trop précaires. J'en suis tout de même assez fier parce que je me donne beaucoup de mal et tant pis pour mes chevilles.
Il reste que ce que l'on demande maintenant n'a jamais été aussi exigeant. Je n'ai jamais eu l'impression d'avoir autant travaillé qu'à présent. J'ai bien peur de ne pas être un cas isolé et tous mes confrères me rejoindrons sur ce point.
Notre catégorie ne peut hélas pas s'insurger contre les cadences infernales qu'on nous impose aujourd'hui. Nous sommes dans l'impossibilité de faire grève à tout bout de champ, comme certains en usent et en abusent, et à part aller de l'avant, les échappatoires sont minces.
L'obligation de produire et réussir reste une nécessité et risque bientôt de devenir phobique à ce rythme-là.
Toutefois mes chers confrères, si un jour vous voulez VRAIMENT vous faire entendre, c'est possible, et sans descendre dans la rue, car nous n'aurions pas la masse pour faire une manif classique. A cinq ou six pourtant, vous pouvez y arriver avec un investissement minime. Avec un kilo de clous à trois têtes chacun, vous pouvez bloquer Paris pour plusieurs heures ! Postez vous sur cinq ou six ponts enjambant le périphérique et balancez le tout. Cela risque de faire un joli bouchon !
Vous l'avez bien compris j'espère, qu'il s'agit là d'une plaisanterie. Car la bienséance nous dicte des règles qui nous interdisent d'agir ainsi. Pourtant, c'est sûr, l'excès est nuisible en toute chose et il faudrait, ne croyez-vous pas, que certains décideurs apprennent jusqu'où on peut aller trop loin ?
Éliminé à l'engagement
Vendredi, 12 Octobre 2012 20:11
Le principe du handicap n'est-il pas, en harmonisant les poids des différents concurrents, de donner sa chance à tous, en allant même jusqu'au bout du raisonnement voir tous les protagonistes passer le poteau dans la même foulée ?
Donc en suivant ce raisonnement, dès lors, où l'on accepte le poids attribué par l'homme de l'art, même avec des 74 kilos ou plus, on devrait pouvoir courir, or ce n'est pas le cas. On interdit à certains chevaux de participer avec cette petite formule arbitraire : “seront qualifiés dans cette épreuve les chevaux auxquels le handicapeur aura attribué une valeure égale ou inférieure à 58 kilos.”
On est donc purement et simplement éliminé à l'engagement, et cette pratique s'étend de plus en plus. En province, les handicaps ouverts à tous (une fois encore n'est-ce pas le principe, même en “échellissant” les poids ?) disparaissent au profit unique du handicap catégorisé récompensant la médiocrité, quand ce n'est pas la tricherie !
J'en veux pour preuve un steeple handicap toulousain, nommé Steeple-Chase d'Automne, prenant place dans le calendrier fin novembre - début décembre qui, jusqu'à cette année, était “ouvert à tous”, à condition de s'accomoder du poids assigné par messieurs les handicapeurs.
Il m'est arrivé de le courir et de le gagner avec 72 kilos, en référence +7, donc en 65 de valeur, avec une dénommée Oeuvre d'Art, sous les couleurs du sémillant Jean-Paul Moutafian. Cette année, on nous interdirait de courir ou plutôt d'engager, car il faut être inférieur à 58 pour cela.
C'est ce que j'appelle donc être éliminé à l'engagement et c'est, je le répète, complètement opposé à l'esprit du handicap...
Et de surcroît, par dessus le marché, ils sont légions ces handicaps pour cinquante-huitards dans nos provinces, et souvent avec l'intitulé pompeux et usurpé de Grand Steeple “de Machin” ou de Grande Course de Haies “de Truc”. Ils faussent ainsi, sous ces appellations ronflantes, la réalité des choses, en particulier dans les catalogues de ventes, où des gagnants ou des gagnantes, en valeur 52 ou moins, paraissent auréolés d'une gloire factice, tout juste bonne à abuser d'éventuels acheteurs n'ayant pas le métier pour lire le catalogue entre les lignes.
C'est à mon sens très regrettable et contraire à l'esprit des courses, car récompensant la médiocrité et non la qualité, si l'on pousse le raisonnement jusqu'au bout.
N'allez pas croire que je tire à boulet rouge sur les handicaps. Je sais trop bien qu'on ne peut pas tirer sur l'ambulance. Sans les handicaps, point d'événement, donc pas de recette. Je parle d'une catégorie de courses bien précise, celle qui est, une fois encore, une prime à la médiocrité.
Il est d'ailleurs assez calamiteux aussi de constater que certains autres “Grand Steeple” régionaux, labellisés listed, ceux-là, sont “fermés” à tout gagnant représentatif. Pour courir le Grand Steeple de Nantes, par exemple, le mardi 23 octobre, il ne faut pas avoir “pris” cette année une allocation de 18.000 euros ! Alors, exception faite d'un rentrant ou d'un sauteur ayant joué de malheur auparavant, le black type viendra orner la carte de visite d'un steeple-chaser de seconde zone.
Le Grand Steeple d'Angers, traditionnellement couru le jour de l'armistice, répond aussi aux mêmes critères, et ce genre de courses ne devrait pas être des courses principales valorisantes, alors qu'à Auteuil, il y a de nombreux steeple-chases (dont je vous épargne la liste pour ne pas être fastidieux) qui sont tout aussi difficiles à gagner, sinon plus, qui ne donnent pas accès au caractère gras, alors qu'ils sont plus substanciellement dotés.
Pas de hors-piste svp !
C'est avec une réelle déception que j'ai refermé le catalogue de la prochaine vente de yearlings deauvillaise, une fois, qu'ayant atteint la dernière page, je me suis rendu à l'évidence : il n'y a rien pour moi dans ce bouquin-là !
“Mon ami Éric” pourrait me répondre que je ne suis pas bien malin et qu'une cession spéciale sera réservée en novembre pour nous autres, adeptes du sport illégitime.
C'est justement ce qui me chagrine. Avant, quand j'allais sur la côte normande pour m'intéresser aux yearlings de novembre, puis plus près de nous d'octobre, le catalogue était varié et on ne nous imposait pas la pensée unique à la manière de nos politiques estampillés ENA.
J'y ai souvent trouvé des pedigrees sans références obstacle certes, mais non “tarés” pour cette discipline. Il suffisait de lire entre les lignes avec l'aide du dieu des courses pour dénicher des poulains qui faisaient souvent carrière. Hélas, tout cela c'est fini ! Tout est balisé à présent ! Comme dans la grande distribution : traçabilité et tout ce qui va avec. Aucune part pour la finsesse d'esprit et la sensibilité, ni pour les connaissances génétiques liées à l'aptitude nécessaire aux chevaux destinés à grossir les rangs des sauteurs.
Il faut maintenant acheter les produits “choisis” pour nous, pour ceux qui ont décidé de ce qui est bien ou non, dans une sélection très encadrée et où toute part de réflexion est inutile. L'intérêt (en tout cas pour moi) c'était justement de découvrir, de sortir des sentiers battus, car moins on est à enchérir, plus le marteau tombera de bonne heure et plus le nombre de zéro sera faible sur le bon à signer.
C'était tout l'intérêt que j'ai eu à aller ensuite à Baden-Baden, faire un tir groupé sur les Sholokhov, quand celui-ci faisait ses débuts d'étalon à travers ses premiers yearlings. La réflexion me paraissait logique : sa mère, La Meilleure, était fille d'un étalon qui fut régulièrement dans le top des étalons d'obstacle outre-Manche il y a quelques décennies. Comme du côté du père, Sadler's Wells n'allait pas “tarer”, j'ai pu trouver du choix à des prix très abordables (jamais plus de 20.000 euros), même pour des Ole Companero, Allen Voran ou Esmondo, pour ne citer que les meilleurs, puisqu'à eux trois, ils totalisent à ce jour plus de 1.333.000 euros de gains. Pourtant, dans leur famille maternelle, il n'y avait pas de performer en obstacle. D'ailleurs, il aurait déjà fallu qu'il y ait des sujets qui s'aventurent sur les rues barrées, ce qui n'était pas le cas et cela m'arrangeait bien, m'évitant ainsi les batailles d'enchères contre des courtiers venus d'outre-Manche.
Aujourd'hui, le coup est éventé et je crains qu'il ne faille aller encore beaucoup plus à l'est pour faire dans la finesse. Jean Lesbordes nous avait fait le coup dans les années 90-95 en achetant un jour un yearling polonais en provenance du Haras Golojewko où Federico Tesio, à l'époque, fit élever quelques sujets, répondant (si j'ose dire) du nom de Krater. Il n'en fit pas de cratères sur la piste d'Auteuil bien au contraire, puisqu'il y fit une carrière agrémentée de black type, s'adjugeant aussi une “B” à Saint-Cloud.
Et vous savez où Jean Lesbordes avait déniché cet animal suffixé POL ? Dans un endroit où aujourd'hui c'est fort probablement impossible : sur le ring des ventes de Deauville !
Patinage ou dérapage ?
Il est assez désolant pour le président bordelais, le Dr Jean-Michel Descamps d'avoir eu à subir les désagréments engendrés par les chutes sur le plat dans les deux steeples courus à Bordeaux cet automne, compte tenu de tous les efforts qu'il a consentis pour améliorer les pistes dévolues aux sauteurs. Il est vrai toutefois que la “manœuvre” à laquelle les concurrents sont contraints n'est pas aisée. Le tournant incriminé, qui s'apparente plus à celui d'un cross que d'un steeple, doit impérativement être anticipé par les jockeys s'ils ne veulent pas “aller à dame” à cause d'une trajectoire trop aigüe. Rester à la corde fait prendre beaucoup de risques, et ceux qui restent debout avaient “appuyé” à l'extérieur pour franchir l'obstacle précédent afin de ne pas avoir à braquer trop sèchement quelques mètres plus loin. Ces incidents ont mis en exergue le côté obsolète de ce parcours, ou plus exactement, de cette diagonale, et auront au moins été débattus pour trouver une solution adaptée pour mettre en valeur le parcours du steeple du Bouscat. J'avais, l'an dernier à pareille époque, loué la qualité du parcours de haies, revu et corrigé, et elle ne se dément pas. Mais il est vrai au demeurant que dès lors les obstacles de steeple-chase avaient pris un coup de vieux. Aussi, il est regrettable que l'implantation, cet été, d'un bel open-ditch synthétique et d'une double barrière “comme à Auteuil” ait été mis sous le boisseau au profit de la rubrique des chiens écrasés à l'occasion de ces deux steeple-chases. Action, réaction, le président n'a pas tardé, réunissant séance tenante les instances habilitées pour trouver une solution satisfaisante et pérenne pour que le parcours de steeple bordelais puisse être considéré avec respect. Ne doutons pas que dans un avenir que nous espérons tous assez proche, ce soit le cas.
|
|
|
|
|
|
Merci pour eux, et merci pour moi...
Vendredi, 21 Septembre 2012 17:23
Merci pour eux, et merci pour moi (charitée bien ordonnée commence par soi-même)
Je voudrais remercier Patrice Laporte pour le joli papier qu'il a fait à mon vieux sbire Corézien de la Brunie où, au passage, il m'a aussi "pommadé" en mettant en avant le fait que je savais (aussi) faire vieillir des chevaux. C'est d'ailleurs bien plus facile que de former des jeunes, car cela demande beaucoup moins de travail et de surcroît, avec l'expérience, les "vieux" qui connaissent la musique font cela quasiment tout seuls.
J'ai souvent été contrarié par des critiques visant à dire que je ne savais qu'exploiter des jeunes chevaux et rien de plus. La statistique, pour peu qu'on s'y intéresse de près, vous prouvera le contraire. Cependant, je tiens à expliquer les raisons de mes décisions à "garder" certains éléments au détriment de certains autres, avec qui je suis plus expéditif. On ne peut pas comparer un cheval exploité par son éleveur, qui produit son avoine, son foin et tout le reste, et à qui les périodes de repos ne coûte quasiment rien, à un autre appartenant à un propriétaire parisien, qui doit payer pension tout au long de l'année, le prix de revient n'ayant rien à voir. On peut s'attacher à continuer de courir un Rigoureux, tant qu'il est capable de le faire, comme samedi dernier dans le Grand Steeple-Chase de Strasbourg. 12 ans certes, mais encore l'envie d'un poulain ! Et comme il a débuté en gagnant à 3 ans, puis qu'il s'est forgé un palmarès de très haut niveau, assorti d'un compte en banque respectable, ceux-là, on n'a pas envie de les quitter. En plus, la première fois que j'ai passé la barre des 200 gagnants dans une année (c'était en 2005 je crois), c'était grâce à lui, lors d'une victoire à Enghien.
En revanche, c'est plutôt avec soulagement que je vois "dégager" en fin d'année de 4 ans des animaux tout juste capable de gagner un réclamer dans une campagne reculée en guise de titre de gloire... En clair, il faut quand même, pour "faire vieillir", que le jeu en vaille la chandelle.
De Nancy à Compiègne, en passant par Fontainebleau, ou partie de ping-pong avec le président Montoya
Que voulez-vous qu'il arrive, président Montoya, si vous donnez le bâton pour vous faire battre ? Les théories que vous nous avez exposées dans la réponse que vous m'avez faite, dans la une de ce journal, ne tiennent pas. Tout d'abord le fait que j'ai gagné ou non n'a rien à voir dans le fait que je sois satisfait ou non de la qualité et de l'entretien de la piste, parfaite si l'on a gagné et infâme si l'on est nulle part. Cela serait même idiot. J'ajouterai même que le fait d'avoir gagné, en dépit des conditions, rend la critique plus crédible. Car en cas de déconvenue, il est plus naturel, si j'ose dire, de trouver des raisons à un échec certain. Critiquer la piste devient alors une évidence, c'est tellement facile d'imputer la raison de l'insuccès à un autre que soi.
Aussi, je parle totalement libre et j'en trouve mon propos que plus crédible. Il est vrai que je ne vais pas me plaindre d'avoir gagné les trois courses que j'ai courues à Brabois en ce mois de septembre sans précipitations. Il est vrai aussi que je ne m'attendais pas trouver du terrain souple. J'y ai donc envoyé des animaux qui devaient s'en satisfaire, à l'exception d'une jument pour laquelle j'ai préféré abdiquer. Ensuite, il est facile de comprendre pourquoi ce que vous appelez ou pensez être de l'arrosage est totalement inefficace. L'explication passe par un peu de mathématiques et bien que je n'ai aucune inclination pour cette science, j'ai tout de même étudié le problème de près sous l'égide d'un spécialiste de la question.
La superficie de piste à arroser sur le site de Brabois est d'environ 70.000 m², représentée par une piste de plat et deux pistes de 1.400 mètres dédiées à l'obstacle d'environ 18 mètres de largeur. Le président Montoya, sur Equidia, puis dans notre cher quotidien, nous a dit avoir déversé 300 m³/jour de "château la pompe", ce qui représente 4 ml d'eau qu'il faut diviser par trois à cause de l'évaporation (source France Galop), ce qui donne un peu plus d'un millimètre, et ce pendant 13 jours, ce qui est notoirement insuffisant. Pour exemple, à Fontainebleau, terrain réputé filtrant et difficile à maintenir souple, pour la réunion du 31 août, l'arrosage (intensif, car le régulier n'avait jamais cessé) a fonctionné depuis le début du mois d'août et, à ma connaissance, le terrain de cette journée du cent cinquantenaire a fait l'unanimité. L'été, le mois d'août en particulier, a été sec aussi dans la vallée de la Solle pourtant.
J'étais à Compiègne mardi dernier et j'ai pu constater la qualité exceptionnelle du turf. Cet après-midi-là, tous mes confrères rencontrés étaient unanimes. Pour obtenir ce velours, le régisseur m'a précisé que depuis le mardi d'avant, il avait "envoyé" entre 5 et 10 mm/par nuit, selon le degré d'évaporation dans la journée précédente et cela est fait précisément car il dispose d'une station météo lui indiquant le déficit quotidien dû à la dite évaporation. Pendant le mois d'août, en période d'entretien donc, le gazon du Putois recevait deux fois cinq mm par semaine. Vous comprenez pourquoi, monsieur le président Montoya, vous êtes loin du compte...
Vous pourrez me rétorquer que si je ne suis pas satisfait des pistes nancéennes, alors pourquoi déléguer un partant il y a deux jours (jeudi dernier) et pourquoi me plaindre encore, puisque lui aussi s'est imposé. Je devrais dire elle puisqu'il s'agit d'une pouliche nommée Vivre et accessoirement sœur d'un gagnant de Grand Steeple-Chase de Paris, Sleeping Jack, et propre sœur de Chercheur d'Or, avec qui j'ai eu le plaisir de remporter le Gran Premio Merano l'an dernier. On ne peut donc pas dire non plus qu'il s'agit d'un pedigree de troisième zone, et comme c'est une jument de bon terrain, elle était dans son élément.
Mais pour en revenir au fond du problème, il est anormal qu'un hippodrome bénéficiant de réunions Premium avec événement soit tributaire de tant de choses quand ses cousines semblent s'en jouer. Je voudrais ajouter encore qu'il est également anormal que lorsque ces sociétés offrent aussi des réunions PMH, il ne doit pas y avoir de différence de qualité de terrain suivant l'éventualité de la recette au mutuel.
Voilà pourquoi, nous autres professionnels de l'obstacle, nous sommes déçus de ne compter que cinq réunions Premium à Compiègne (6 en 2013), sur un site qui pourrait en accueillir le double, surtout si le calendrier permet aux pistes de respirer. Je veux parler des trois réunions de printemps, en avril-mai, qui sont trop proches l'une de l'autre, de l'avis général, alors qu'à l'automne, on ne court que deux fois, à la mi-septembre et à la mi-novembre, sur une piste pourtant entièrement dédiée à l'obstacle. C'est un peu dommage non ?
PS : J'apprends incidemment, à l'instant, que le président Montoya envisagerait de faire percer un forage... Affaire à suivre.
Attention horaires modifiés
Il n'y a pas que Philippe Lorain à qui cela fait drôle de trouver le début des opérations à 11 heures. Traditionnellement, les courses commençaient à l'heure de l'expresso et du havane. Il faudra s'habituer à commencer les réunions après le petit-déjeuner...
Actuellement, on est juste entre les deux, à l'heure de l'apéritif, et encore, seulement pour ceux qui commencent à lever le coude de bonne heure. Mercredi à Auteuil, donc, sur le coup des 11 heures, j'ai aussi rencontré un des membres du corps de commissaires en fonction ce jour-là, un peu déçu de devoir se sustenter à la va-vite entre deux courses, à conditions toutefois qu'il n'y ait pas de "vagues" les obligeant à sévir. Même s'il est loin le temps des déjeuners où l'on faisait bombance, cette époque révolue où, sans être irrévérencieux, on voyait certains commissaires très empourprés alors qu'ils quittaient la table pour aller officier, m'a nettement fait comprendre que tous les déjeuners des commissaires ne se valaient pas. Toujours de la même source, j'ai eu connaissance du rating officieux attribué aux différentes tables régies par France Galop, mais je ne vais pas vous décliner ici une liste exhaustive, toutefois de l'avis des fines fourchettes, la palme revient à l'hippodrome de La Touques, où la vacation semble très appréciée de Messieurs les commissaires, pour peu qu'ils soient, de près ou de loin, disciple d'Epicure, les horaires du début des opérations dans la cité du duc de Morny se prêtant il est vrai davantage aux plaisirs de la table, même si ceux du café, du pousse-café, du cigare et du pousse-cigare sont révolus.
|
|