Bravo Esmondo !
Samedi, 12 Novembre 2011 18:21
Je ne dirais peut-être pas que j'attendais la victoire d'Esmondo comme le messie, mais j'aurais été fort contrarié qu'il fut battu. J'aime bien la statistique, car elle ne ment pas, même si elle s'interprète à l'occasion. Et pour être honnête, je n'ai pas été regarder si par le passé un poulain de 3 ans a réussi à cumuler plus de 400.000 € dans son année de course “over the jump”. Même Long Run, qui m'offrit aussi le Talhouët et le Cambacérès, n'avait cumulé que 313.770 €, pour être précis, à 3 ans. Il est vrai qu'Esmondo a couru 9 fois pour 6 victoires, alors que Long Run ne s'était produit que 6 fois pour 4 victoires, n'allons pas chercher la différence plus loin.
Il reste que je suis fier de toi Esmondo. Tu n'as pas souvent raté ta cible et tu as toujours été présent pour les rendez-vous qu'il ne fallait pas manquer. Autrement dit, grâce à toi, c'est le plaisir du devoir accompli que l'on peut savourer à présent. Il a bien fallu pour entacher ce plaisir que quelques “pisses froid” aient à redire en critiquant l'usage outrancier, selon ces censeurs, que nous fîmes du programme réservé à cette génération, hypothéquant, selon leurs dogmes, à tout jamais l'avenir du fils de Sholokhov.
Celui de Long Run ne s'en est pas trouvé gâché me semble-t-il, et quand bien même on aurait mangé notre pain blanc, on s'est déjà bien goinfré et la digestion se passe à merveille…
Sommes-nous des gens comme “les autres” ?
Quand je dis “nous”, je parle des “gens du métier” bien sûr. Ceux qui vivent de, mais surtout, pour les courses. Pour tout ce qu'elles représentent de beau sport, avec le concours de la plus noble conquête de l'homme.
Comment voulez-vous que nous soyons compris par le commun des mortels ? Comment voulez-vous ne pas indigner le défenseur des animaux, choqué par une arrivée où trois jockeys au coude à coude usent et abusent de la cravache, alors qu'un public tout acquis à leur cause semble les encourager davantage à taper sur leurs montures époumonées ?
Croyez-vous que tout un chacun est en mesure de comprendre un jockey d'obstacle - dont le cheval vient de piétiner, au besoin d'estropier, avec les conséquences que cela engendre, un confrère tombé devant lui - ne va pas arrêter sa monture et faire demi-tour pour aller voir ce qu'il a ? L'infortuné cavalier fut-il son meilleur ami, voire son fils ? Assurément non ! Il continuera sa course, défendant avec toute l'énergie physique et mentale possible, les intérêts de la casaque qu'il a endossée, tel un soldat valeureux défendant les couleurs de son pays. Abstraction de sentiments, de sensibilité, pourront penser alors les gens bien intentionnés.
Oh que non pourtant ! La sensibilité est néanmoins là, bien présente au fil des jours pour nous garder intacte cette foi en notre “aficion”. Alors comment comprendre, même s'il est facile de se dédouaner en déclarant que “le cœur a ses raisons que la raison ignore”, que l'homme de cheval fera “envoyer chez Neness” ce compagnon pour qui il a fait efforts et sacrifices pendant de long mois !
Alors vous comprendrez peut-être que je sois un peu dubitatif quand je vois que les médias en tous genres, à tout bout de champ, interrogent les internautes pour savoir s'ils sont pour ou contre tel ou tel fait ! Pour ou contre l'usage de la cravache, pour ou contre la distance du Grand Steeple, pourquoi pas pour ou contre les fondements de notre institution ? Cette mode était encore confidentielle quand Al Capone II enquillait les Prix La Haye Jousselin, et c'est heureux, car elle aurait peut-être influencé son entourage au point de priver des derniers exemplaires de la grande épreuve le mythique Pompon pour ne pas subir les affres d'un accident éventuel, que Monsieur Toulemonde aurait pu fustiger à satiété à travers des questions tendancieuses mais interactives !
Mon cher Éric
Je n'ai pas voulu faire de bataille verbale la dernière fois. Cela aurait fait mesquin, voire puéril. Mais le sujet revient sur la sellette puisque demain et après-demain les découvreurs de talent reprennent leur bâton de pèlerin jusqu'à Deauville. Que tu défendes ta position, c'est normal et professionnel. Néanmoins, j'ai le droit, et même l'obligation, de défendre la mienne, pour sa pérennité d'abord.
Certes chacun défend ses intérêts et il va de soi que ceux du vendeur, via l'organisme mandaté à cet effet, et de l'acheteur, sont diamétralement opposés. Celui du vendeur étant de faire un top-price et l'acheteur d'essayer de payer le moins cher possible. Ça c'est dans le meilleur des cas pour chaque partie, c'est même carrément idéaliste. Car parfois, le vendeur préfère encore se faire “voler “son yearling que de l'avoir “autour du cou” ! Tout dépend quand même s'il s'agit d'un cheval de vente ou d'un cheval de course. L'éleveur pourra plus facilement laisser partir un poulain bradé si l'espérance de prime à l'éleveur peut compenser le manque à gagner à cause d'un marteau tombé sur un chiffre désolant… Encore faut-il qu'il atterrisse dans une maison qui lui fera gagner des courses et se constituer un compte en banque respectable, et pour cela, il ne faut pas qu'il ne soit qu'un cheval de vente ou qu'il soit exporté en Slovaquie...
Ce que j'avais voulu dire dans ce qui a été pris pour une attaque en règle, était en fait une constatation teintée de nostalgie. J'ai par le passé, je le répète, toujours trouvé sur le ring de l'agence française un vaste choix d'animaux propre, à l'utilisation que je voulais en faire. Ce n'est pas parce que le nom de la raison sociale a changé (en tout cas il faut l'espérer) que le choix est devenu restreint pour moi. C'est surtout parce que je ne suis pas la mode. Je n'ai jamais suivi la mode en matière d'achat de poulains. Pour de multiples raisons que j'ai déjà développées dans ces colonnes. Les temps ont changé et c'est devenu très difficile de faire mon marché au même rapport qualité-prix qu'il y a 10 ou 20 ans sur la même place.
Je dois néanmoins faire mon "mea culpa" mon cher Éric, mais pas mon "mea maxima culpa". Si j'ignorais que novembre avait repris ses droits Avenue Hocquart de Turtot, et je m'en réjouis à présent, c'est que l'information m'avait échappée ou qu'elle était trop confidentielle... J'ai donc, alléché par l'info publi-rédactionnelle dont tu m'as gratifié sous le titre de "Mon cher Guillaume", été feuilleter avec acuité le catalogue en souhaitant corner un maximum de pages. Je ne me suis pas fatigué la main quand même... Même si je me suis attardé sur une vingtaine de numéros, ce qui fait un faible ratio pour 277 yearlings. Et comme mes goûts risquent d'être partagés par d'autres, la pêche ne va pas être miraculeuse j'en ai peur. Plusieurs personnes m'ont demandé toutefois si j'allais à Deauville ou non… J'aurais pu faire une réponse de Normand pour être couleur locale, un peu à l'instar de celle que fit Charles de Gaulle à la Générale alors qu'elle le pressait pour qu'il accompagne sa famille en pèlerinage à Lourdes : “Si vous y tenez Yvonne, j'y ferai peut-être une apparition…”
Auteuil d'hier et d'aujourd'hui
Samedi, 29 Octobre 2011 15:17
En admirant les chrysanthèmes aux couleurs variées que la municipalité de La Palmyre a mis en place dans l'avenue qui mène à mes quartiers, j'ai nostalgiquement pensé à ces automnes habillés en jaune sur la butte Mortemart.Il n'y a pas si longtemps, les chrysanthèmes jaunes fleurissaient à foison dans les jardinières des tribunes d'Auteuil, faisant flamboyer dans une harmonie circonstancielle les dimanches après-midi, sublimant les victoires des grand chevaux d'obstacle... J'ai le plaisir de voir tous les jours un “Pechaubes” qui immortalise tout à fait une Toussaint ensolleillée, de jaune habillée, pour faire escorte au gagnant couché sur la toile... Les peintres de l'époque n'avaient que l'embarras du choix pour donner à leur création un arrière-plan bucolique et de circonstance. Cela va être plus compliqué cet automne, une année de plus. Les tas de terre sont toujours là ! Si les mauvaises et folles herbes les ont vaguement colonisés, et que j'ai bien remarqué hier dans le chantier quelques rouleaux de drains en plastique jaune, et côté Roland Garros, un assortiment de grues monochrome, mais tout de même cela n'a pas le même charme.
Il faut vraiment que le sportman ait sa passion chevillée au corps pour venir sur l'hippodrome d'Auteuil... À une semaine du WE événementiel, cela a déjà éliminé tout ceux qui, sans être des turfistes enragés, aimaient bien venir à Auteuil lors des beaux dimanches d'arrière-saison, pour la qualité du spectacle esthétique, mais aussi pour cette subtile harmonie entre l'art et le sport, qui ne pouvait qu'inspirer les peintres...
Comme me l'a confié, non sans dépit, Hubert de Watrigant en devisant dans la salle des balances de notre cher hippodrome voici une quinzaine, l'harmonie aujourd'hui dans la peinture, et dans l'art en général, est une notion totalement surranée, voire réservée aux “has been”(et je suis finalement heureux d'en faire partie dans de multiples domaines et Éric Hoyeau et ses émules ont encore beaucoup de travail pour “m'updater” en penseur créatif du troisième millénaire). Si j'ai bien compris ce qu'il m'a expliqué, dans l'art aujourd'hui seul le “concept” est admirable, et plus il est incongru et plus il faut s'esbaudir devant si l'on veut être “in”.
Demandez aux photographes de presse s'ils ne font pas attention à avoir en arrière-plans quelque chose qui fasse “hippodrome” ? Parce que s'ils présentent une photo avec pour fond des embuts de football, cela fait vraiment confusion entre le Parc des Princes et la butte Mortemart, qu'il faudrait d'ailleurs repabtiser, si ça continue, butte de la Mairie de Paris...
J'étais voici une quinzaine, aux courses au Pin au Haras. Je dis une quinzaine, mais à peu de choses près, l'ambiance eut été la même il y a un siècle, surtout quand les attelages des haras nationaux ont défilé devant les tribunes. J'étais à cet instant en train de faire le tour des obstacles de l'hippodrome de la Bergerie (félicitations à ceux qui les toilettent) et j'ai même sorti mon portable pour faire une photo à dessein, un jour de l'immortaliser sur la toile, tant l'harmonie, justement, était en tout point parfaite. Je me suis repu de ce spectacle chatoyant et impressionniste, d'autant que c'est sans doute les dernières fois, si ce n'est la dernière, qu'il m'était donné de voir cela, les haras nationaux, en effet, vivant leurs derniers mois d'existence ou d'agonie, c'est selon. Dans un musée, les percherons empaillés et les voitures empousiérées et vidées de leur substances n'auront plus qu'un intérêt restreint. Les reliques n'ont jamais intéressés grand monde. J'ai partagé ce plaisir local avec Guy Henrot, pas insensible à l'art lui non plus, par atavisme logiquement, par culture probablement et par bon goût assurément... Par “has beenisme” allez savoir ? Bienvenue au club...
Le donneur d'ordre est un salaud !
Le métier d'entraîneur, même si c'est le plus souvent une vocation guidée par une passion quasi-inaltérable (je plains ceux qui le font par obligation faute d'avoir le choix), n'est pas une sinécure.
Dans ces colonnes, certains confrères en ont évoqué les vicissitudes. Même s'il faut regretter que les élections proches suscitent des déclarations à connotation politicienne, je ne peux qu'entonner le même refrain. Pour les couplets, je préférerais nuancer, et justement à cause de la proximité des urnes. N'oubliez pas, MM les sociaux professionnels de tout poils, exception faite des propriétaires (vous allez comprendre pourquoi), jockeys, entraîneurs, éleveurs, que vous n'existez que parce qu'il y a des propriétaires pour vous mendater ou vous acheter un poulain si vous êtes éleveur. Certes, il n'est pas rare d'avoir sur la tête, empilées les une sur les autres, les quatre casquettes ! Et la boucle est bouclée !Le propriétaire pouvant difficilement alors se plaindre à l'entraîneur que le jockey lui a “mangé” la course et qu'il attend les remontrances de l'éleveur, qui va “s'asseoir” sur sa prime.
Entraîneur ou homme orchestre ? Dans les professions de foi que j'ai reçues pour m'inciter à voter pour une liste plutôt que pour une autre, on doit bien sûr considérer l'entraîneur comme au service du propriétaire, mais il devient plus compliqué de palier à ses difficultés si l'entraîneur s'est mis en difficulté justement car il est devenu propriétaire par obligation. Ce n'était pas sa vocation à la base. Ce distingo me paraît important. Il reste regrettable qu'il y ait trois listes différentes, à mon sens. Chez les entraîneurs, parce que, encore une fois, sans les propriétaires ils n'existeraient pas, j'ai du mal à comprendre que les intérêts divergent autant. Paris-Province ! Voilà un débat qui devrait avoir vécu dans le système qui se veut national. Aujourd'hui, qu'il entraîne à Chantilly, Maisons-Laffitte ou ailleurs dans l'Hexagone, l'homme de l'art est confronté aux mêmes problèmes et, pour peu qu'il ait un effectif d'un certain niveau, aux mêmes récompenses.
Dans les trois listes, j'ai relevé des idées à la fois pleines de bons sens et motivées. Aussi je regrette pourtant que tous les entraîneurs ne soient pas réunis derrière la même et unique bannière. Même si le débat contradictoire est indispensable pour éviter d'instaurer le potentat, la division ne crédibilise pas non plus la profession.
Mais tout cela me paraît bien peu face à la difficulté que l'on rencontre dans l'art de diriger nos hommes (les femmes c'est un peu plus facile). Il est loin le temps où, selon St Albin, “le plus grand souci de l'entraîneur est de se lever de grand matin, de gouverner et de nourrir un bataillon d'une vingtaine de gamins souvent indisciplinés, de leur tuer un petit cochon au moment de Noël et de leur distribuer des coups de fouet quand ils font l'école buissonière”. Aujourd'hui, le donneur d'ordres est un individu méprisable. Et pourtant, si l'ordre est donné, c'est pour s'assurer de la bonne éxécution des choses, pour anticiper l'erreur. Or avec les chevaux, l'erreur se paye cash. Le cheval mal sellé qui va s'extropier parce que la selle a reculé, le coup de pied prévisible, à cause d'insectes par exemple ou en provenance du poulain arrivé la veille et encore très peureux et qui aurait dû se trouver à l'arrière du lot, qui arrive malencontreusement dans le genou du crack qui aurait dû partir favori d'un derby qu'il ne reverra jamais..Mais l'ordre, donné avec force et vigueur pour éviter un accident parfois dramatique, a fortiori s'il est donné par un employeur, provoque aujourd'hui la révolte. Laissez-moi vous l'expliquer autrement : un enfant tout jeune, 4 ou 5 ans, joue au bord d'une rivière où sa mère, absorbée dans la lecture de “coins de rues et images immondes” a relâché sa surveillance.
1er cas : Je vois la situation. L'enfant est descendu le long de la barge et commence à s'immerger et la noyade est quasi-assurée... J'interviens en hurlant et je rattrape le gosse par la peau du cul ! Il est sauvé, malmené mais sauvé ! Hurlements de la mère qui m'insulte en me disant que je n'ai pas à porter la main sur son chérubin (même si en l'espèce les termes utilisés sont beaucoup moins châtiés) et qu'elle ne sait pas ce qui la retient de porter plainte. Le gamin est sain et sauf, pourtant je suis un salaud !
2e cas : Même chose, sauf que je n'interviens pas verbalement et intempestivement. Je descends dans l'eau alors que l'enfant est déjà la proie du courant. Je n'ai aucune chance de le rattraper, encore moins de le sauver. Pourtant, la mère me remerciera pour mon acte, malgré la perte de son fils. Elle aura même respect et déférence pour moi...
Dans le premier cas, j'étais une ordure, et pourtant sa progéniture est bien vivante, dans le deuxième, je forçais son respect, alors que son fils n'était plus...
Vous comprendrez alors pourquoi diriger du “stable-staff” de nos jours est mission impossible. C'est très dur de faire le gendarme sans bâton, sans képi, sans rien du tout d'ailleurs !
On adjuge !
Lundi, 17 Octobre 2011 14:06
À partir de demain vont se tenir les ventes d'octobre de yearling de Deauville. La première cession réservée au marché haut de gamme a eu lieu en août et a tenu toutes ses promesses, en tout cas pour les vendeurs pour l'instant, car pour les acheteurs, s'ils peuvent encore rêver de voir leurs achats (coûteux ?) s'illustrer en black-type sur le turf européen pour égayer leurs longues soirées d'hiver, il faudra pour beaucoup revenir les pieds sur terre bien assez tôt pour, hélas, accepter la sinistre vérité, parce que chaque année ne produit qu'un gagnant de Grand Critérium à la fois. Encore que ce n'est pas le meilleur exemple si l'on considère le prix d'achat du gagnant de cette année il est vrai. Mais je vais vous en trouver aussi un paquet qui ont coûté un bras et qui, deux ans plus tard, seront toujours à la recherche de leur première victoire, même à la campagne.
Cette deuxième cession, il y a quelques années en arrière, tenait ses assises en novembre, le jour où l'on voyait sur les vitres des bistros deauvillais que le beaujolais nouveau était arrivé, ce qui donnait à cette manifestation un petit côté rustique et franchouillard qui ne lui allait pas si mal. C'était une toute autre époque, où le marché était bien différent de celui d'aujourd'hui, où le choix n'est plus très vaste et où il fallait suivre la mode imposée... Et si vous ne voulez pas être rhabillé ainsi, il faudra aller voir ailleurs... Mais où ? C'est bien le problème. Si l'on ne veut pas suivre la mode Arqana, il faut être son propre créateur, son propre styliste... Il faut avoir ses propres juments et assurer sa production année par année pour l'exploiter plus tard, car si c'est pour vendre, il faudra suivre la mode... avec les étalons à la mode. Les marques références dans votre supermarché à yearling en quelque sorte... Plus possible aujourd'hui en terre normande d'avoir ses propres idées si l'on veut passer sous le feu des enchères. Il faut entrer dans le moule du catalogue : “Quel beau cheval de vente cela va faire !”. Ma question à moi serait plutôt : “Mais pourra-t-il faire un jour un cheval de course ?”. Pas impossible...
À mes débuts d'entraîneur, on allait à Deauville chercher de la “matière première”. Les “vrais” poulains étaient bourrus et il n'était pas difficile de différencier l'artificiel du consistant. Ceux qui avaient un peu trop beau poil et étaient bien garnis aux entournoures trop souvent n'étaient plus aussi flatteurs après deux mois d'entraînement. “Je les préfère d'un bon maigre”, disait Jean Dasque. C'est vrai qu'on avait moins de surprises. Ce genre-là, hélas, n'est plus en magasin...
J'aimais bien aller à Deauville à cette époque. Cela faisait trois jours de villégiature. j'y ai trouvé plein de bons chevaux, comme Saint Preuil, Indian River, Robin des Prés, pour ne citer que ceux qui virent un jour leurs rejetons aussi entendre le bruit du marteau de Maître le houelleur...
S'il m'arive encore encore de fourvoyer avenue Hocquart de Turtôt, il est bien improbable que ce soit pour lever la main dans la salle des ventes, car pour les gens comme moi, il n'y a plus rien à acheter... Remarquez, c'est dans tous les magasins pareils. Si la couleur à la mode c'est le mauve... Il faut vous habiller en mauve ou garder vos vieilleries et passer pour un “has been”. Il faut donc reprendre le bâton du pélerin et s'en aller “villager”. L'expression est bucolique mais le travail fastidieux. La blouse noire de maquignon ne fait pas parti du décors. Alors on ira en novembre du côté de Saint-Cloud pour tenter d'acheter des "stores"... Cela sera beaucoup moins amusant, mais on ira quand même...
Nuisible, vraiment ?
Je suis entraîneur de chevaux et de chevaux d'obstacle en particulier. Conséquemment, je tente de trouver à chacun de mes élèves la course qu'il leur convient le mieux, en respectant leurs aptitudes avec des engagements où ils ont “la pointure”, étant bien entendu que je suis, autant que faire se peut, relativement sûr de leur forme du moment. Ce qui amène donc mes coursiers à silloner la France, de Saint Brieuc à Aix-les-Bains, de Strasbourg à Marseille ou de Bordeaux à Paris... Aussi, il est détestable d'entendre que je fais le vide dans les pelotons, que je suis une nuisance pour les sociétés organisant des courses à obstacle, qu'à cause des Macaire de service il n'y aurait pas de partants. Vraiment ? Si je le répète, c'est parce que je l'ai entendu sur Equidia voici deux jours à peine et car même quand hélas rarissimement je me rends sur un des sites précités, les plaintes cessent. Ceux qui trouvent anormal que les chevaux de mon entraînement ai gagné 213 courses (si je m'en tiens au score du jour où j'écris ces lignes) n'ont pas vraiment l'outrecuidance de me le dire de visu. Mais les murs ont aussi des oreilles et pour me rabattre les miennes avec ce genre de raisonnement, raisonnement auquel je réponds : si ces chevaux étaient chez d'autres professionnels, ils courraient bien quelque part, non ? En Alsace, en région Paca, dans la baie d'Yffiniac ou au bord du lac du Bourget, pour peu que leur mentor y trouve quelque intérêt.
Je ne fais que mon travail et je dois le faire à peu près correctement, puisque cela fonctionne bon an mal an. Je donne le ton à une équipe qui se donne du mal pour respecter, au début ou à la fin de la chaîne, les préceptes qui mènent au succès, fut-il très éloigné de nos bases ; c'est l'occasion ici de leur dire merci.
La conscience professionnele conjuguée à l'amour du cheval est le mot maître pour tous, mais en particulier pour ceux qui sont excentrés et sur les routes, mais toujours en alerte au moindre détail qui peut faire la différence... Cette fameuse tête ou courte tête qui fait que la victoire a vite fait de changer de camp ! Le confort et l'attention à chacun des partants, avant et après... encore faut-il pouvoir, excusez-moi du peu, mais si vous ne le saviez-pas, il est encore aujourd'hui (je peux vous les citer) des hippodromes organisant du PHH en automne, qui n'ont même pas de quoi offrir une douche chaude aux valeureux chevaux qui l'ont pourtant bien mérité. Faudrait-il revenir au calendrier révolutionnaire, beaucoup plus imagé, pour que tout le monde comprenne qu'octobre et novembre étaient alors appelé brumaire et frimaire ?
Merci M. Myard et bon courage
Je ne sais pas si le député Jacques Myard pourra infléchir ses pairs lors du débat public pour “corriger cette ineptie” pour reprendre ses dires, dans l'édition d'hier de Paris-Turf, à propos de l'adoption de l'amendementUMP visant à supprimer l'abbatement applicable aux plus-values lors de ventes de chevaux de course et de sport. Ineptie ? Pas pour tout le monde, car chacun voit midi à sa porte. Si d'aventure d'autres députés, moins au fait de la question que le maire de Maisons-Laffitte, venaient à lire ces lignes, sachez Messieurs que si un propriétaire se résoud à vendre un cheval (un bon cheval, car il n'y a jamais d'offres pour les mauvais), c'est bien parce qu'il faut bien faire bouillir la marmite et équilibrer les comptes si l'on ne veut pas que tout s'arrête faute de “carburant”. Pour le propriétaire qui a enfin “touché”un vrai bon cheval après des années de vache maigre, un poulain exceptionnel, celui qui présente un vrai intérêt sportif, et que s'il s'en défait, et non sans regret, ce n'est pas par cupidité, mais par obligation, pour boucher le trou creusé au fil des mois quand l'espoir faisait vivre, espoir pourtant enfin récompensé et qu'il faut pourtant si vite transformer en espèces sonnantes et trébuchantes, s'il veut continuer de nourrir sa passion, au propre comme au figuré. Cette réflexion est encore plus vraie, s'il en est aussi l'éleveur. Si l'apport financier qu'offre la vente ne compense plus assez le départ de celui qui était le moteur du rêve et de l'espoir, à quoi bon vendre ? Encore une fois, Messieurs les députés, même s'il vous faut prendre l'argent au soi-disant riches pour redore votre blason avant la grande échéance, n'oubliez pas qu'en affaiblissant encore davantage les ressources de ceux qui par passion chevillée au corps continuent d'entretenir des chevaux de course, vous finirez un jour par les en désintéresser. Même si le cœur a ses raisons que la raison ignore, le raisonnement devient alors irraisonnable... Et de grâce, ne venez pas me dire que quand le système sera en vrai péril, vous pourrez l'aider à coup de subventions issues de taxes infligées à d'autres confréries encore ponctionnables.
Le Bouscat new look
Samedi, 01 Octobre 2011 17:04
Mercredi matin, aux aurores, j'avais, sur l'invitation du Président bordelais, délégué quelques jeunes et moins jeunes sauteurs pour tester les nouvelles haies synthétiques mises en lieu et place des antiquités précédentes, sous l'autorité de Jean-Philippe Boisgontier, maître d'oeuvre en France de la maison Duralock. Le maire de Sauternes, Jean-Michel Descamps, peut être satisfait, son hippodrome se bonifie avec le temps, comme le vin de la ville dont il est le premier magistrat. Car les haies ont fait l'unanimité ce matin-là, en prélude à la réunion de vendredi dernier en semi-nocturne. Tous mes jockeys furent unanimes. C'était parfait , tant pour le design des obstacles que pour la qualité du turf ou le niveau de qualité avec avant (nous parlons bien des pistes d'obstacle, dorénavant irriguées complètement) est du même niveau de comparaison que le jour et la nuit.
Si les 30° de cette fin de vendredi après-midi bordelaise avaient quelque peu “allégé” les pistes par rapport au matin, rien de plus normal. Quoi qu'il en soit, ce petit matin sur les pistes du Bouscat a enchanté les observateurs présents à mes côtés... Il faut dire que plus pictural, ce n'était pas possible, même les plus blasés ne pouvaient rester insensibles. Ce qui, en guise de clin d'oeil au Gentleman d'Epsom, me permet de dire à Jefferson, qui appréciera, en plagiant Jean Gabin encore une fois : “Dommage que vous n'étiez pas là ! C'était féerique mon cher !”
En emboîtant le pas de Philippe Lorain
Dans son point de vue de la semaine dernière, intitulé “pas sauteur par hasard”, Philippe Lorain a mis en exergue le piège que peut représenter la qualité de plat si elle n'est pas au service d'une véritable aptitude au saut. Pour compléter son étude (mais à sa décharge la place lui manquait), il n'est pas inutile de rappeler aussi qu'en 50 ans, l'élevage de pur-sang a pas mal évolué. Il est clair qu'il y a un demi-siècle, les chevaux limités en plat étaient très souvent “essayé” sur les “bouts de bois”. Limités parce que tardifs, pas réveillés, le plus souvent et parfois aussi n'ayant pas le changement de vitesse nécessaire au sport des rois. Mais globalement, à cette époque, tous les pedigrees garantissaient une certaine aptitude, voire une aptitude certaine, à franchir les obstacles. En 1948 par exemple, le même étalon, Vatellor, fournissait en My Love le gagnant de l'Epsom derby et du Grand Prix de Paris, alors qu'une semaine avant son rejeton Vatelys triomphait dans la Grande Course de Haies d'Auteuil sous la selle d'Alec Head. Il y a fort peu de chance, de nos jours, de voir le même cas de figure. A commencer pour des raisons économiques, car le prix de saillie d'un étalon de même profil aujourd'hui est quasi inaccessible pour des gens élevant pour l'obstacle. Patrick Boiteau avait envoyé sa championne Karly Flight à Montjeu... Le résultat ne fut pas à la hauteur des dépenses engagées. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, car je pense que Montjeu possède pourtant dans son pedigree suffisamment de gènes obstacle pour pouvoir y réussir. Il reste que le prix d'accès à de tels sires est un très sérieux obstacle, pour ne pas dire plus (en matière d'élevage, menant aux ventes publiques).
Du temps où la notion commerciale n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui et où le métier d'éleveur était donc davantage autarcique, car beaucoup élevaient pour faire courir dans l'espoir de découvrir quelques sujets classiques, et s'ils vendaient, ce n'était qu'après que leurs espoirs se soient envolés, il y avait moyen de toucher (parfois) pour une poignée de cacahuètes des transfuges de plat, qui faisaient de valeureux ouvriers “over the jump”. Ceux qui ont fréquenté les ventes d'Auteuil doivent les regretter... Je peux vous en citer des chevaux qui ont coûté “deux balles" et qui ont offert à leurs entourages des joies intenses. Mais encore une fois, à cette époque, on ne pouvait pas trop se tromper, car l'aptitude était presque encore dans toutes les pages des catalogues. Le sang américain qui a “dragstérisé” petit à petit nos pur-sang un peu trop “fait à la serpe” n'était pas encore le passeport à PSF qu'il est devenu aujourd'hui. Bref, il y avait en gros qu'une seule race de pur-sang, même si depuis Epinard, le “speed” avait commencé à montrer le but de son nez.
Aujourd'hui, il ya deux races : la race des chevaux de plat et celle des chevaux d'obstacle. La première nommée, exception faite des pur-sang classiques (et encore pas tous), fait une majorité de coursiers à la locomotion extrêmement ordinaire, et pour certains, j'aurais peur de faire avec eux une promenade en forêt, de peur de m'affaler sur la première taupinière venue... Le pur-sang dévolu par dépit au sport illégitime (puisque originellement il n'était pas “fabriqué”pour l'obstacle, grosse différence avec aujourd'hui) a, à une certaine époque, commencé à céder du terrain à un cousin répondant au curieux label d'AQPS. Comme souvent, tout nouveau tout beau, cet animal angevin, charolais ou nivernais, connu un épanouissement qui démoda peu à peu le pur-sang. Une grande partie des souches porteuses des sangs pur les plus intéressants pour alimenter les courses en obstacle s'éteignirent... et aujourd'hui, impossible de les reconstituer car le moule est cassé.
Avec les Le Pontet, les Pot d'Or, de nouvelles options furent offertes de concevoir des poulains à partir de performers d'obstacle, ce qui jusqu'alors était impensable... C'est maintenant rentré dans les moeurs. Mais si les Robins des Champs, Saint des Saints, Kapgarde, pour ne citer que les “miens” n'ont pas gâché la race, il est clair qu'il y a 25 ans, ils n'auraient pas gardé leurs attributs bien longtemps. Au royaume des aveugles, les borgnes sont encore rois ? Sans aller jusque là, n'oublions pas qu'il y a un quart de siècle, râce aux étalons fonctionnaires, les petits éleveurs avaient accès à des saillies de performers classiques à moindre coût. C'était l'époque du service public... Mais ces performers de plat devaient encore passer un examen devant une commission, où leurs allures étaient détaillées et leur modèle aussi... Je me souviens avoir eu à présenter Saint Preuil ainsi ! C'était sur une carrière aux bréviaires... Ce n'était pas faire insulte au colonel des Roches de Chassay, qui prônait que le modèle le plus alluré était sans intérêt aucun sans la véritable performance qui allait avec, même si ce fut dans l'autre sens en l'espèce.
Liberté d'expression
Toutes mes interventions dans ces colonnes, je tiens à le préciser, sont rédigées par mes seuls soins (Jean-Claude Rouget peut en témoigner, il m'a vu écrire en catimini lors des ventes de Bordeaux pour terminer à temps "mon papier”) et ne sont jamais censurées. C'est très important et cela prouve qu'il existe (encore) un quotidien hippique indépendant où tous les socio-professionnels peuvent intervenir dans ces fameux “point de vue”, qui sont une bonne trouvaille.
Dès lors souhaitons que l'arrivée sur le marché d'un concurrent nommé Geny, ne vienne pas détruire cette belle liberté d'expression. Tout le monde sait que les quotidiens ne sont pas trop bien assis par les temps qui courent, internet, la télé les ayant passablement mis à mal. Un journal de course coûtant presque moitié prix que Paris-Turf, mais qui n'a pas besoin d'être rentable, s'il n'est qu'un vecteur mis en place par le PMU et les sociétés de courses, au même titre qu'Equidia, risque de porter un coup fatal à notre quotidien préféré !
Vous me direz, et vous aurez raison, que c'est la démocratie. On peut dire aussi que la pravda était démocratique... et si par malheur notre titre ne s'en remettait pas, il y a fort à parier qu'il n'y aurait alors à lire dans ce nouveau journal que ce qu'on voudrait nous faire lire. Comme le dit Jean Gabin dans le Gentleman d'Epsom : “Ils ont des ordres, et on sait de qui !” Les courses ne sont pas faites pour la pensée unique, façon GPS , que les politiques voudraient nous faire gober. D'ailleurs ce n'est pas moi qui le dit, c'est Jean Trarieux, dans son journal d'un homme de course, en 1945 : “Tout ce qui procède de l'économie dirigée, de l'étatisme, ne saurait convenir à une institution issue d'idées individualistes et libérales au caractère propre de laquelle est même nécessaire une pointe d'aristocratie.” Il pensait même qu'un fonctionnarisme sans compétences ni tradition serait une calamité pour notre sport. J'ai bien peur qu'on en prenne dangeureusement la direction et que la volte-face ne puisse se faire quand il sera trop tard.
Bien sûr, cela continuera de fonctionner. Certes, les courses ne vont pas trépasser. Mais ce qu'on peut redouter, à l'instar de Jean Trarieux. c'est une transformation qui démentirait toutes leurs origines.
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