Lundi, 08 Octobre 2012 09:42
J'ai assisté à une bonne vingtaine d'Arcs en direct et en ai vu une vingtaine d'autres, au moins à la télévision ou en vidéo. Je ne me souviens pas d'avoir assisté à un scénario comme celui auquel on a assisté, ce dimanche 7 octobre 2012. A savoir qu'un cheval, semblant à priori irrémédiablement battu à 250 mètres de l'arrivée par un concurrent venant de l'avaler tout « cru », parvienne à inverser la tendance et à revenir s'imposer sur le poteau. Solémia a réalisé cet exploit dimanche, du fait d'un terrain lourd qu'elle adore et surtout par la grâce d'Olivier Peslier. La gagnante de l'Arc est une fille de Poliglote, le type même d'étalon basé en France, pourtant issu de naissance royale (fils de Sadler's Wells et de Brooklyn's Dance) mais cantonné trop hâtivement, lui comme bien d'autres, dans le clan des étalons d'obstacle. Installé au haras d'Etreham, Poliglote a eu beau produire des Irish Wells (GP de Deauville, 5e de l'Arc 2006), Hello Sunday et quelques autres bons chevaux de plat, on a préféré le cataloguer très vite comme cheval de premier plan pour faire des gagnants à Auteuil (Kiko, Berryville, Saint du Chênet, Nikita du Berlais, Tanaïs du Chênet, etc... ). Heureusement, les Wertheimer lui ont lui réservé quelques juments chaque année, issues de leurs meilleures souche, dont celle de Green Valley, l'arrière-grand-mère de Solémia.
On dit que l'Arc est souvent une course de jockey. On l'a vu encore ce dimanche. Olivier Peslier est en effet l'artisan du succès de Solémia, pour lui avoir donné un parcours aux petits oignons, profitant de son bon numéro de corde (le 6) pour aller se caler le long du rail, se faufiler à partir de la fausse ligne droite en évitant le moindre coup de frein pour passer les deux leaders d'Aïdan O'Brien, s'assurer le meilleur à 400 mètres du poteau en se disant qu'une bonne place était envisageable, puis ce coup de génie à 250 mètres... En un quart de seconde, Olivier a en effet compris qu'Orfevre et Christophe Soumillon qui venaient de les « enrhumer » cent mètres plus tôt, étaient en situation délicate et viraient dans le rouge. Immédiatement, alors qu'il avait encore très peu utilisé sa cravache, Olivier Peslier a cru qu'il serait possible d'aller rechercher le fuyard, que la victoire était encore envisageable et avec Solemia, ils sont allés la chercher. Du très grand art car Olivier Peslier a ce mélange de finesse, de décontraction et de hargne bien cachée.
Evidemment, Carlos Laffon-Parias est, également, pour beaucoup dans la victoire de la 4 ans des frères Wertheimer, écurie décidemment heureuse avec les juments de cet âge dans l'Arc, pour l'avoir déjà emporté avec Ivanjica et Gold River. Ce « seigneur » espagnol, toujours tiré à quatre épingles et au propos précis, perpétue donc la lignée des Head dans l'Arc, puisqu'il est le gendre de Criquette... Carlos présentait seulement son 4e partant dans l'Arc avec Solémia, après en avoir eu un premier, très peu de temps après s'être installé, dès 1993 avec Dariyoun (11e). Entraîneur très habile, aussi adroit pour courir des épreuves à réclamer avec des chevaux limités que des handicaps tiercé mais encore des courses de sélection, Carlos avait gagné son premier Groupe 1, en 1998 avec Spadoun, lauréat du Critérium de Saint-Cloud, doublant la mise l'année suivante avec Goldamix, justement pour la casaque des frères Wertheimer. Dès lors son écurie avait continuer de grimper les échelons jusqu'à un passage à vide entre 2007 et 2010. Revenu au premier plan l'an dernier, Carlos Laffon-Parias a connu un dimanche 7 octobre exceptionnel puisque sur ses quatre partants du jour, il a sellé deux vainqueurs de Groupe 1 (Solemia et Silasol), également la seconde du Prix Marcel Boussac (Topaze Blanche) et le quatrième du Grand Critérium (Snowday).
Il manquait encore à l'altier entraîneur ibérique un TRES GRAND GROUPE 1. C'est désormais chose faite. Et bien mérité.
Lundi, 01 Octobre 2012 11:10
Dimanche, on s'est régalé à Vincennes et Solvalla, avec le Prix des Elites et une première Finale du Masters qui a tenu toutes ses promesses. En attendant les émotions du futur weekend du Prix de l'Arc de Triomphe, ce mois de septembre s'est conclu au trot, en beauté.
558 500 euros de gains ! C'est ce que compte Vanishing Point à son compte en banque, en seulement dix mois de compétition. Jamais un trotteur monté de 3 ans n'a gagné autant d'argent en un laps de temps aussi court. Certes, c'est moins que Vanika du Ruel (637 960 euros actuellement) mais le mâle a couru à onze reprises (dont neuf sous la selle), soit quatre sorties de moins que la fille de Jardy.
En commun, le mâle et la pouliche comptent désormais trois Groupe 1 à leur palmarès respectif. L'un et l'autre ont d'ailleurs construit leur succès dans le Prix des Elites et de l'Etoile de la même manière : dans le premier quart du parcours. Le 15 septembre, Vanika du Ruel était descendue sur le pied d'1'07''7 des 2 000 au 1 500 mètres. Ce dimanche, Vanishing Point a été encore un peu plus vite sur cette même portion (1'07''4), preuve que les très bons trotteurs montés peuvent maintenant soutenir la comparaison, en terme de vitesse, sur un départ volté face à leurs collègues attelés. A de telles allures, la mission est impossible pour les ainés, car au poteau des 1 500 mètres, ils n'ont encore rien refait de leur handicap initial de 50 mètres.
Par contre, si Vanika du Ruel a continué de mettre la pression dans la portion 1 500/1 000 (1'08''9) pour ensuite décélérer (1'13''3, 1'15''2 les deux derniers 500 mètres), Vanishing Point a fait le contraire. Après une temporisation entre les 1 500 et le poteau des 500 (1'15''5), le fils de Ludo de Castelle en a remis une sérieuse couche pour finir, bouclant ses 500 derniers mètres sur le pied d'1'11''6. Dans les deux cas, on a vu de vrais champions, Sébastien Guarato s'offrant le luxe de réaliser un jumelé gagnant dans ce Prix des Elites, avec Vipsie Griff. Les deux 3 ans de l'entraîneur ornais a gagné 777 000 euros, depuis ce début d'année 2012. Voilà qui laisse rêveur. Quant aux dirigeants du Cheval Français, ils devront se repencher sur les conditions des Prix des Elites et de l'Etoile, de la même manière qu'ils l'ont fait pour les Prix des Centaures et de Sélection. SI la distance n'est pas allongée à 2 700 mètres, plus aucun cheval d'âge n'aura intérêt à se lancer dans l'aventure, à moins de vouloir battre son chrono (Taïga du Rib a trotté dimanche sur le pied d'1'11''7, pour terminer 3e) .
Plutôt que d'être présent à Vincennes et de recevoir deux Trophées récompensant ses succès de Groupe 1 acquis l'hiver dernier avec Unique Quick (Critérium des 3 ans, Prix de Sélection) et Tango Quick (Prix de l'Ile de France), Philippe Delon était présent à Solvalla, ce dimanche, pour assister à la Finale du Masters et à la prestation de sa représentante, Save The Quick. On le comprend. Pour un propriétaire, ce qui importe c'est la course à venir et non pas les succès du passé, les plus prestigieux soient-ils. L'animateur de l'écurie Quick Star n'a pas eu à regretter son voyage, connaissant des émotions à nul autre pareil, puisque son élève a échoué, du plus court des nez, pour la victoire face à Sebastian K., le récent tombeur de Commander Crowe. A 6 ans, cette fille de Jasmin de Flore, qui avait remporté son premier Groupe 1, il y a un an sous la selle dans le Prix de Normandie, n'a jamais été aussi bonne, à l'attelé et montre qu'il faudra compter sur elle lors des plus grandes joutes de l'hiver prochain. C'est elle, la révélation de cet été et de ce début d'automne au trot. A l'inverse, la prestation de Timoko dans cette Finale du Masters est inquiétante. Le champion de Richard Westerink, auquel je voue une admiration sans borne, a perdu de sa flamme et manifestement le goût de se battre, à plus forte raison quand il est contraint de trotter à plusieurs épaisseurs à l'extérieur, comme ces deux dernières fois (Prix de l'Etoile, Finale du Masters) . Espérons qu'il reviendra au mieux, un jour prochain, mais ce n'est pas gagné. En tout cas, cette Finale du Masters aura fait taire les grincheux et sceptiques, quant à sa qualité. Elle a été en effet de toute beauté, proposant une ligne droite d'anthologie et revenant, dans un dernier coup de reins, à Sebastian K. , arrivé au sommet de sa forme pour le jour « J ».
Les Masters Séries du Trot sont bien partis pour s'imposer dans la durée, permettant aux meilleurs trotteurs européens de s'étalonner les uns par rapport aux autres à longueur d'année, et de se rencontrer, une fois l'an, dans une Grande Finale, positionnée à une autre date que celle du Prix d'Amérique. Que demander de mieux ?
Lundi, 24 Septembre 2012 10:05
Les spéculations vont bon train, depuis le début de la semaine dernière, pour savoir si Saonois disputera, oui ou non, l'Arc sous la casaque de son propriétaire de « base », à savoir le boulanger, Pascal Treyve associé 50/50 avec Jean-Pierre Gauvin, son entraîneur.
Evidemment, je rêve que ce soit le cas. Car si le 3 ans élevé dans l'Orne, à Nonant-le-Pin sur un terroir menacé par l'implantation d'une immense décharge, entraîné dans la Loire par un professionnel atypique, et appartenant à un « petit » propriétaire passionné, comme on en voit de moins en moins dans le galop, venait à gagner, il y aurait de quoi noircir des pages et des pages, tourner des minutes et des minutes d'images et populariser les courses de pur-sang, qui en ont bien besoin. A l'inverse, s'il venait à courir l'Arc sous la casaque d'un nouveau propriétaire, par nature très riche pour s'offrir un vainqueur potentiel de la plus belle course au monde, la fin de l'histoire n'aurait pas la même saveur.
Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, évidemment, et je me garderais bien de donner quelconques conseils à ses propriétaires actuels. Si Pascal Treyve a des chevaux, depuis des années, c'est pour son plaisir, celui de les voir courir, partager des émotions ainsi que du rêve. Jean-Pierre Gauvin est sensiblement dans un autre registre que son ami boulanger. Pour lui, les chevaux, c'est certes une passion chevillée au corps depuis qu'il est tout gosse, mais aussi (sans faire de mauvais jeux de mots)... son gagne-pain. Il faut que son écurie tourne, il faut payer le personnel et assumer les (nombreux) investissements qu'il a tenus à faire, surtout au niveau des pistes. En effet, tout entraîneur, de trot comme de galop, vous le dira : la qualité des pistes a un rôle primordial sur le résultat final et de ce côté-là, Jean-Pierre Gauvin n'a pas fait les choses à moitié.
Pour les deux associés, vendre ou ne pas vendre n'a donc pas la même signification, ni les mêmes répercussions. Par nature, un propriétaire investit dans un cheval de courses pour s'évader de son quotidien, vivre une aventure dont il ne sait - au départ- si elle sera belle, cahotique, catastrophique, etc.... Il rêve secrètement de toucher un jour un bon cheval, capable de gagner de grandes courses, et... cerise sur le gâteau... de voir sa casaque être au départ de l'Arc... Pascal Treyve est en passe de réaliser ce rêve incroyable.
Mais, parallèlement, les sirènes se font de plus en plus pressantes, car pour quelques richissimes propriétaires dont la valeur de l'argent est sans aucun rapport avec celle de Pascal Treyve ou de Jean-Pierre Gauvin, un prospect-winner de l'Arc n'a pas de prix.
Jean-Pierre Gauvin sait, par contre, qu'avec un cheval, tout peut s'effondrer du jour au lendemain, pour cause de blessure, d'accident, de mauvaise colique, etc... L' « actif » que représente un champion pur-sang est aléatoire, défie toutes les lois des bourses du monde et des meilleurs traders. Saonois vaut aujourd'hui très cher car il respire la santé, vient de se promener dans le Prix Niel, peut décrocher le dimanche 7 octobre la palme et ses 2,3 millions d'euros, sans parler de sa plus-value en terme génétique. Pour ne pas connaître ses limites actuelles, Saonois est donc « bankable ».
Le 7 octobre au soir, il le sera encore un peu plus ou beaucoup moins... Pour Jean-Pierre Gauvin, la raison serait, dès lors, de vendre tout ou partie de son champion. Mais ce passionné, n'ayant jamais exercé son métier pour gagner de l'argent si ce n'est d'en vivre décemment, a d'autres considérations aussi en tête : poursuivre l'aventure en gardant son cheval à la maison, protéger son jockey Antoine Hamelin, dont il n'a de cesse de relever les mérites et l'importance qu'il a eue dans l'ascension de Saonois, se dire que sa vie ne sera d'ores et déjà plus jamais comme avant et que cela lui suffit.
D'ici le vendredi 5 octobre, date de la déclaration définitive des partants, le feuilleton Saonois va donc continuer à m' intéresser. Et, au fond de moi-même, j'espère que Pascal Treyve et Jean-Pierre Gauvin, en bons représentants de cette région du Centre-Est, sauront faire de la résistance. C'est devenu tellement rare de nos jours.
Lundi, 17 Septembre 2012 13:47
Samedi et dimanche, tant à Vincennes qu'à Longchamp, on en a pris plein les yeux et surtout, ces victoires m'ont comblé d'aise.
Vanika du Ruel et Franck Anne ont réussi un numéro exceptionnel dans le Prix de l'Etoile. Sûr de l'état de forme de sa pouliche, ayant lui-même fait son mea-culpa lors de ses deux récentes troisième place, le professionnel normand ne s'est pas loupé le jour « J ». Mieux, il s'est mis dans la peau d'un finaliste de JO, mettant la pression sur ses adversaires dès le départ. A cette allure-là (le premier kilomètres sur le pied d'1'09''), Vanika du Ruel a mis KO ses rivaux, qui se sont tous retrouvés immédiatement dans le rouge, y compris Timoko... La fille de Jardy compte désormais 637 960 euros de gains et a effacé des tablettes, en abaissant le record de la course (1'11''6) de trois dixième de seconde, le nom de sa prestigieuse aînée Pearl Queen. Il serait intéressant de demander à Franck Anne ce que serait capable de faire sa championne sans être déferrée (ce samedi, elle l'était des postérieurs, et ce qu'il pense de la future mesure prise cette semaine par le Comité du Cheval Français. Nous ne manquerons pas de le lui demander, à la première occasion.
Christian Bigeon n'a pas eu à ruminer trop longtemps ses infortunes du Critérium des 5 Ans, où il s'était retrouvé hors-course suite à la faute de Tango Quick, avec Tiégo d'Etang alors qu'il était plein « gaz » à 1 2000 mètres de l'arrivée. Aurait-il couru le Prix de Normandie, sinon ? Pas certain et finalement ce fut un mal pour un bien. La victoire de Tiégo d'Etang, impérial pour ses débuts sous la selle, a offert en effet à la famille Bigeon un pic émotionnel... sensationnel. Elevé et appartenant à son beau-père Francis Adam, entraîné par ses soins, drivé par son fils cadet, Charles, 18 ans -qui a signé pour la circonstance son premier succès classique pour son second essai dans un Groupe 1-, Tiégo d'Etang a pris en tout cas une éclatante revanche sur le mauvais sort et sera l'un des acteurs majeurs de ce futur meeting d'hiver. A un dixième de seconde près, il a flirté avec le record de Prince Gédé dans ce Prix de Normandie (1'13''6).
Saônois est la belle histoire de l'année, chez les pur-sang, à plus forte raison depuis l'absence de Cirrus des Aigles (dont on espère le prochain retour). J'avais aimé son succès dans le Prix du Jockey-Club, le métier de ce poulain capable de se faufiler dans un peloton, la vista de son jockey Antoine Hamelin, la formidable précision de son entraîneur Jean-Pierre Gauvin, la foi de son éleveur Olivier Corbière, la passion de son co-propriétaire le boulanger Pascal Treyve. J'avais également déploré toutes les réserves émises sur ce millésime, pour beaucoup dues au fait que le cheval avait été aligné, en fin d'année de 2 ans, dans un réclamer, et de l'éternel dédain dont font preuve les roturiers de province vis-à-vis des « princes » parisiens... Autant dire que ce dimanche, Saônois a mis les points sur les « I ». Le cheval est en effet resté invaincu à Longchamp, prouvant son aptitude à la piste ; a prouvé que l'allongement de la distance ne lui posait aucun problème -bien au contraire- et surtout a gagné en deux foulées, une fois qu'il a vu le jour... Un seul coup de cravache a suffi pour qu'il fasse la différence, à cent mètres du poteau d'arrivée. En résumé, ce préparatoire a confirmé le talent du poulain, tout en lui donnant un moral d'acier. Que demander de mieux ?
Shareta était la valeur sûre du Prix Vermeille, au vu de son récent succès à York, de son aptitude à Longchamp et de l'état du terrain. De fait, la jument Aga Khan s'est imposée, en patronne, dans le Prix Vermeille, montrant qu'elle était toujours sur la pente ascendante lors de cette année de 4 ans, contrairement à Galikova qui l'avait devancée - un an plus tôt- dans ce Prix Vermeille. Shareta va donc se présenter au départ de l'Arc en restant sur un double succès de Groupe 1, ce qui est valable également pour Danedream. Voilà qui rehausse le prestige d'un Arc 2011, là aussi trop vite décrié.
Terminons par Orfevre, le visiteur japonais ayant gagné sans coup férir pour ses débuts à Longchamp. Autant pour son physique atypique, ses crins blonds délavés, sa prestance que sa manière de galoper, ce 4 ans est différent de pur-sang que nous avons l'habitude de voir évoluer. A défaut d'être impressionnant (surtout par sa manière de galoper), Orfevre a mis à la raison Méandre qui restait sur deux victoires de Groupe 1. Sans savoir encore s'il s'agit d'un authentique crack, une chose est certaine : Orfevre est certainement un guerrier hors normes.
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