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Hara-kiri

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Pauvre Cutlass Bay ! Il est allé perdre dimanche dernier en Irlande son statut de cheval invaincu en cinq sorties, terminant mauvais cinquième, à vingt longueurs du gagnant, Fame And Glory ! Un vrai gâchis tout comme l'action commando menée mardi à Equidia, affichant les dissensions au sein de l'Institution...

 

Le cheikh Mohammed Al Maktoum fait ce qu'il veut de ses chevaux et de son argent. On a cependant bien de la peine pour Cutlass Bay, pour l'avoir vu sombrer corps et bien dans l'Irish Gold Cup... Aime-t-on vraiment son (et ses) sujet(s) pour les mettre à l'épreuve de la sorte ?

Je ne saurai jamais si Saeed bin Suroor est un grand entraîneur, malgré un palmarès plaidant en sa faveur. J'ai tout le respect qui se doit pour Ahmed Ajtebi, jockey sorti du désert et des courses de chameaux, sans considérer pour autant qu'il ait l'étoffe pour devenir un  « grand », pilote, s'entend.

Par contre, il semblait écrit que le transfert de Cutlass Bay serait à haut risque pour son avenir. Passer de ses repères de Chantilly sous l'œil d'André Fabre à l'univers nouveau de Newmarket sous baguette dubaïote, voilà qui n'avait rien d'évident pour le 4 ans, certes très doué, mais aussi compliqué et sans doute fragile.
Trois semaines après son succès dans le Prix Ganay (Groupe I), on a vu le résultat :  une première défaite cuisante, à vingt longueurs du sixième du Prix de l'Arc de Triomphe ! L'excuse du terrain et du profil de la piste ne suffit pas à expliquer un si radical échec, d'autant que Fame And Glory avait terminé dans l'Arc derrière Cavalryman, autre « Fabre » (devenu inexistant depuis son passage en bleu ), lui-même battu par Cutlass Bay en mai 2009 dans le Prix Greffulhe. En un mot comme en cent, le fils de Halling a réalisé sa plus mauvaise valeur dimanche, pour le compte de son nouvel entourage.

 

Deux jours plus tard, on nous invente le hara-kiri institutionnel. En allant, sans crier garde, squatter l'antenne d'Equidia, des salariés des courses (syndiqués ou non, ce n'est pas là le problème) ont eu la bonne ( ?) idée de mettre le bazar. Au moment même où l'Institution devrait faire corps pour préparer le rude combat qui s'annonce, à savoir l'ouverture des paris en ligne avec tous les risques que cela comporte, on déballe des différends d'enfants gâtés, en terme de salaires,  de primes perçues par les uns, refusées pour les autres.

Est-ce vraiment sérieux  au moment même où l'on demande aux parieurs de jouer du matin jusqu'au soir sur des dizaines et des dizaines d'épreuves, aux patrons des points PMU d'ouvrir leurs échoppes en conséquence au risque de voir leur clientèle se dérouter sur internet, et aux professionnels des courses d'assurer un spectacle non stop ? Non, car si le salarié est tout de même « protégé » par un cadre social, le parieur, le patron de PMU, l'entraîneur, l'éleveur, le propriétaire ou le jockey le sont de moins en moins. Pour eux, la machine s'est considérablement emballée, les obligeant à travailler plus pour gagner, vous pensez plus ?

 

Ces jockeys de province très exposés…

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Vaut-il mieux confier à un jockey dit « parisien » les rênes de son cheval dans un groupe I ? Cette éternelle question a refait surface, à l'issue du verdict de la Poule d'Essai des Pouliches et du déclassement de la gagnante Liliside, consécutif à un coup de volant trop brutal de son jockey Jean-Bernard Eyquem. La réponse n'est pas si simple.
L'expérience des grandes épreuves et la connaissance d'une piste sont des paramètres à prendre en compte, c'est certain. S'il a monté plus de 7.200 courses (pour plus de 730 succès, arabes inclus), l'infortuné Jean-Bernard Eyquem était en selle seulement pour la 139e fois à Longchamp, quand il est entré en piste dans l'espoir de réaliser le doublé dans une Poule d'Essai, qu'il avait remportée sur le tapis vert en 2006, avec Tie Black, aux dépens de Price Tag. A comparer aux 3.215 montes d'un Peslier sur le même hippodrome, aux 1.450 d'un Pasquier ou aux 1.262 d'un Lemaire (pour ne citer qu'eux), le professionnel provincial ne dispose pas, évidemment, des mêmes repères. Tout comme il se met obligatoirement plus de pression, vu l'importance de l'évènement. A l'inverse, les top jockeys, habitués à courir presque tous les Groupe I dans une saison, finissent par banaliser ce genre de compétitions, sachant qu'ils ne jouent pas leur « tête » sur une seule course et qu'il y en aura d'autres... Le rythme des courses parisiennes est également très différent, sans compter l'œil des commissaires, suspecté d'être plus attentif et sévère, à l'égard des contrevenants de province.
Dès lors, pour les grandes occasions, ces jockeys régionaux perdent souvent les chevaux qu'ils ont façonnés, au détriment de leurs collègues parisiens. Cette tendance s'est également accélérée ces dernières années avec le développement du métier d'agents de jockey, chargés de faire la chasse aux montes pour leurs « poulains ». Cette nouveauté a mis les cavaliers en concurrence encore plus vive que par le passé.
En remontant jusqu'en 1980, on recense six jockeys régionaux ayant brillé au niveau Groupe I (pour un total de douze succès). Maurice Bouland a été le premier, avec sa pensionnaire Mercalle (Cadran 90), suivi de Jean-René Dubosc (Millkom à deux reprises, Shaka), Richard Janneau (Germinis dans le Cadran 94), Ioritz Mendizabal (Ask For The Moon, Germance, Vision d'Etat par deux fois, Spirit One), Alexandre Roussel (Helios Quercus dans le Critérium International 2004) et justement Jean-Bernard Eyquem. Dans ce même laps de temps, les entraîneurs régionaux ont gagné 29 Groupes I en France (12 pour Jean Claude Rouget, 6 pour François Rohaut, 5 pour Eric Libaud, 2 pour Yves de Nicolay, un pour Maurice Bouland, Patrick Chevillard, Cyriaque Diard et Henri-Alex Pantall).
Les pilotes provinciaux s'en sont donc finalement bien sortis, quand l'occasion leur a été donnée d'exprimer leur savoir-faire. Ils n'ont pas, en conséquence, à être cloués au pilori ou montrés du doigt. Leur premier handicap reste que les carrières des pur sang sont éphémères et les grands rendez-vous comptés. Dans un tel environnement où les enjeux financiers et sportifs sont considérables, ils sont les plus exposés pour se retrouver à pied et (ou) servent de fusibles (et de prétextes) quand cela se passe mal. Comment inverser ce mouvement ? C'est bien tout le problème : on ne voit aucune solution satisfaisante à proposer.

 

Quand André pleure, cheikh Mohammed se fait plaisir

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Faut-il pleurer sur le sort d'André Fabre qui a perdu la semaine dernière quatre de ses meilleurs éléments, dont on suivra avec attention les futures sorties maintenant qu'ils sont passés sous la coupe de son confrère Saeed Bin Suroor ? Oui et non. Le cheikh Mohammed a-t-il raison d'agir ainsi ? Oui et non.
Par contre, une chose est sûre : les chevaux concernés ne sont pas les gagnants de cette opération de chaises musicales.
A tout seigneur, tout honneur, évoquons le cas de cheikh « Mo » dont on ne pèsera jamais assez l'influence sur l'économie mondiale du pur sang. Imaginons - ne serait-ce qu'une seconde- qu'il disparaisse subitement, on assisterait aussitôt un crash hippique, du niveau de la faillite de Lehman Brothers conjuguée à celle de la Grèce... Depuis trente ans, le dirigeant de Dubaï tire en effet le marché du pur sang par le haut, ne se lassant jamais d'investir dans des structures hippiques, étalons, poulinières, yearlings, chevaux à l'entraînement et ce sur tous les continents.
Incorrigible (sur)payeur, le cheikh Mohammed finance et soutient l'activité du pur sang, au-delà de l'imaginable, André Fabre faisant partie de son premier cercle chez ses entraîneurs. Si le premier n'a pas attendu le second pour faire fortune, le « faiseur » Fabre a été largement à la hauteur de la confiance accordée, ayant déjà offert à son client 760 victoires, dont plus de 150 courses de Groupe (pour une quarantaine de Groupe I). Soit le quart de ses succès, avec un bon pécule à la clé.
Fin 2008, cette fidélité, jamais prise à défaut, s'est même transformée en mariage de raison, Fabre acceptant de vendre (une grande partie) de son âme (et de ses écuries) à la cause du cheikh Mohammed. A 62 ans, l'entraîneur est ainsi devenu encore plus « dépendant » de son propriétaire référent. C'est son droit et les deux parties savaient sur quel terrain elles s'engageaient. On en va donc pas s'attrister sur le sort de « Dédé » ni tirer à boulets rouges sur le cheikh, coutumier de transférer ses meilleurs éléments sous la casaque bleue Godolphin.
Par contre, on s'inquiète pour Cutlass Bay (en particulier) et ses cadets Simon de Montfort, Rewilding et Anna Salai. Car le 4 ans invaincu n'est pas un cheval facile à utiliser, ayant connu des problèmes de santé. Car les 3 ans arrivent à l'aube des grands classiques de Printemps et vont manquer de temps d'adaptation.
Le cheikh Mohammed ne fait pas un cadeau à ses meilleurs élèves (ni au personnel d'André Fabre ayant veillé sur eux) en les transférant subitement dans un univers totalement nouveau et très différent, à cette époque de l'année. Newmarket n'a rien à voir en effet avec Chantilly, alors que les athlètes chevaux ont besoin de repères, d'être rassurés, de se trouver en pays de connaissance.
Décider en quelques jours de transférer d'aussi précieux pur sang, attendus aussi patiemment, c'est ce qui choque et paraît incohérent. Mais la « norme » existe-t-elle, pour un Maktoum ?

 

Delphine : de Deauville à Palerme...

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Delphine Saubaber, 32 ans, journaliste à L'Express, a reçu lundi une distinction dont rêve tout reporter : le Prix Albert Londres. Ce prix récompense ses reportages réalisés en 2009 en ex-Yougoslavie , Roumanie, au sud de l'Italie, etc... sur des sujets aussi douloureux (du temps de Karadzic, de Ceaucescu) ou sensibles (la mafia italienne)...
Mais au-delà de la passion de son métier, Delphine a un autre jardin secret : le cheval en général, et de courses en particulier. Auteuil et Longchamp sont d'ailleurs ses deux cours de récréation.
En obstacle, on connaissait François Saubaber, pur sang devenu chef de race chez les AQPS. Aujourd'hui, une autre « Saubaber » sillonne les hippodromes, discrète et observatrice, œil pétillant et cœur à la renverse quand un cheval vient à tomber à la réception de la rivière des tribunes, son lieu d'observation préféré sur la butte Mortemart.
Il y a près de quatre ans, Delphine n'avait pourtant jamais mis les pieds sur un champ de course. En plein mois d'août 2006, la voilà envoyée à Deauville pour couvrir les ventes de yearlings. Un « marronnier », comme on dit dans le jargon de la profession, sujet d'été récurent pour actualité à marée basse.
Yves Stavridès, journaliste lui aussi à l'Express, grand connaisseur des courses de galop, auteur d'un livre sur Daniel Wildenstein (Marchands d'art), m'avait demandé un peu d'aide et de la guider dans ce monde inconnu. Depuis, on ne s'est plus jamais perdu de vue.
Car Delphine a adoré l'ambiance des ventes, y ramenant son premier papier cheval, titré « le bal des débutants ».
Quinze jours plus tard, elle se rendait à Longchamp, puis dans la foulée à Auteuil, samedi et dimanche, qu'il fasse soleil, grand vent, ou pluie battante.
Dans la foulée, elle est tombée amoureuse de Princesse d'Anjou, le jour de son succès dans le Prix La Haye Jousselin, puis de Or Noir de Somoza, avant de ne tomber sous le charme de Zarkava en 2008...
Entre-temps, elle est allée découvrir au petit matin la magie de l'entraînement à Chantilly et Maisons-Laffitte, a monté à cheval (une fois) chez Marcel Rolland, puis une autre fois chez Jehan Betran de Balanda. Delphine a alors rougi de honte (elle rougit facilement), estimant ne pas avoir été à la hauteur, mais s'est promise de retourner à l'école des amateurs dans l'espoir de monter, ne serait-ce qu'une fois, une vraie fausse course de cavaliers.
Mieux encore, Delphine a passé le virus à son ami Henri, lui aussi grand reporter à L'Express, dont le champ de ses investigations de turfiste passionné s'est étendu jusqu'à Vincennes.
"Les amoureux des chevaux sont comme les grands reporters : ce sont des solitaires sociables », écrit Marc Epstein, le « chef" de Delphine sur le site internet de l'Express où il rend hommage à sa collaboratrice, avant de poursuivre. "Sociables, car ils aiment interroger l'Autre, surtout quand l'objet de leur attention se dérobe. Solitaires, car ils font leur miel de leurs découvertes et apprécient la quête en soi, pour ce qu'elle est. Dans la pratique de l'équitation comme dans celle du grand reportage, la discipline est indispensable. L'exigence aussi... "
Je vais tenter de convaincre mes « chefs » et Delphine d'écrire pour nous tous, amoureux des chevaux.

 

Mal de tête

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Markus Tregoning et le staff d'Hamdam Al Maktoum ont certainement très mal dormi dans la nuit de samedi et dimanche, après la victoire de leur ancien protégé Makfi, dans les 2.000 Guinées. Comment expliquer qu'ils soient passés à côté d'une telle perle ? C'est la question qui vient sur toutes les lèvres.
Evidemment, tout le monde va avoir beau jeu de se renvoyer la balle, l'entraîneur étant le premier exposé dans l'affaire. Pourtant, Markus Tregoning (2e de l'Arc 2003, avec Mubtaker) avait annoncé la couleur, au printemps dernier, Makfi faisant partie des poulains représentant ses meilleurs espoirs à l'occasion d'un tour de cour publié dans le Racing Post. Pourquoi le poulain s'est-il, dès lors, retrouvé en ventes publiques à Newmarket en octobre ? Tout simplement par obligation de faire du " vide " au moment où il convient de rentrer les yearlings chez les différents entraîneurs, en se tenant à des quotas plus ou moins précis. Le cheikh Hamdam Al Maktoum, qui ne manque pourtant pas de moyens, n'a certainement rien venu venir, ni même constaté qu'un neveu de son champion Alhaarth figurait dans la liste des sujets mis sur le marché. De la même manière, c'est son staff qui fixe les prix de réserve (s'il y en a).
D'un modèle un peu commun, Makfi s'est ainsi retrouvé sur le ring de Tattersalls, en octobre dernier, sans avoir jamais couru. Redevenu un anonyme, déconsidéré par son propre entourage, il est parti pour une bouchée de pain : 26.000 Guinées. Soit seulement le prix de saillie de son père, Dubawi, devenu en l'espace d'une saison l'un des jeunes étalons les plus cotés sur le marché. Pour en rajouter à l'affaire, Hubert Barbe, courtier français plus connu pour ses achats en chevaux d'obstacle, était à la manœuvre, ce qui ne pouvait pas susciter les interrogations d'autres confrères.
A l'opposé, Mickaël Delzangles, trente-neuf ans, formé à l'école anglaise chez Jimmy Fitzgerald, a très vite compris qu'il venait de récupérer une pépite. D'où son souhait de débuter, un mois plus tard, Makfi à Fontainebleau pour avoir confirmation de ses premières impressions. D'où le soin d'engager, dès cet hiver, son protégé dans les 2.000 Guinées, offrant pas moins de 227.000 Guinées à son vainqueur... Soit dix fois le prix d'achat du poulain.   On connaît la suite...
Moralité : il reste très imprudent de vendre un cheval, sans jamais l'avoir présenté, ne serait-ce qu'une fois, l'après-midi en compétition.
Conséquence : si Hamdam Al Maktoum veut retrouver son joyau, on discutera cette fois en million(s) de livres !

 


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