Ce 91e Prix d'Amérique restera gravé dans ma mémoire bien longtemps (du moins, je l'espère).
Il réunissait en effet un plateau assez exceptionnel de gagnants de Groupe I (treize au total), notamment huit vainqueurs à ce niveau chez les 5, 6 et 7 ans, sachant que c'est à cet âge que les trotteurs sont au sommet de leur talent. Secondo, la course a été conforme à nos attentes, c'est-à-dire à la fois sélective tout en offrant de grands numéros de pilotage. Enfin, non seulement le meilleur cheval a été consacré pour la seconde fois mais cette victoire de Ready Cash a été riche en émotions. Entre les deux prix d'Amérique gagnés par le cheval de Philippe Allaire, il s'est en effet passé un drame familial, avec la disparition accidentelle de son fils, William au printemps dernier, mort dans l'incendie de leur établissement de Grosbois.
La tension de la préparation. Franck Nivard et Thierry Duvaldestin avaient fait, le 15 janvier, contre mauvaise fortune bon cœur, en résumant la troisième place de Ready Cash de la façon suivante : si le cheval devait perdre une course lors de ce meeting d'hiver, valait mieux que ce soit celle-là. Le driver en avait tiré la leçon qui s'imposait, à savoir voyager si possible le jour du Prix d'Amérique derrière un dos, tout ou partie du parcours. L'entraîneur avait, de son côté, revu ses « fiches » poids, pour constater que son champion s'était présenté un peu gros dans le Prix de Belgique, lui faisant perdre quelques kilos, en conséquence... Cela dit, le relatif échec de Ready Cash (n'oublions pas qu'il devait rendre 25 mètres) avait redonné espoir aux entourages de Maharajah, Sévérino, Timoko , Roxane Griff et Lisa América, notamment...
La course rêvée. Le Prix d'Amérique reste une course de drivers où, vu le resserrement des valeurs entre les meilleurs chevaux, les inspirations peuvent faire la différence dans le bon ou le mauvais sens, et où la moindre faute au départ se paie cash. Dimanche, Christian Bigeon a perdu une bonne part de ses chances, au poteau des 2 700 mètres quand son Sévérino s'est élancé sur un temps de galop. Pierre Levesque et son Main Wise As, suivi comme son ombre de Jean-Philippe Dubois et de Royal Dream ont perdu la course en se retrouvant derrière la mauvaise roue, à savoir celle de Punchy dans le wagon de deux, scénario déjoué par Franck Nivard, Eric Raffin et Orjan Kihström quand les positions se sont organisées à moins de 2000 mètres de l'arrivée. C'est en effet à ce moment-là que la course s'est jouée, quand Franck Nivard a préféré un court instant se poster au flanc de Timoko avant de laisser passer Maharajah, pour se mettre dans son dos, Eric Raffin en profitant pour se mettre instantanément dans celui de Ready Cash avec Roxane Griff. Le wagon de deux était le bon, à la condition d'être devant le fameux Punchy... Enfin, Franck Nivard a eu des nerfs équivalents à ceux de son collègue Suédois, en attendant sagement l'entrée de la ligne droite qu'une ouverture se profile. Elle est venue, à plus forte raison avec le concours de Matthieu Abrivard, d'autant plus disposé à ouvrir la route que sa Private Love était sur ses fins... La fusée Ready Cash, à l'abri du peloton du poteau des 1500 à celui des 300, était dès lors sur orbite, aspirant derrière elle l'autre fusée, Roxane Griff. Entre la jument et Maharajah, la surprise est venue de The Best Madrik, le premier à avoir crânement tenté sa chance, en venant en quatrième épaisseur à la sortie du dernier tournant. Ce vainqueur du Critérium des Jeunes (tout comme Ready Cash) a ainsi devancé cette fois Timoko, qui le dominait régulièrement jusqu'alors, preuve que le champion de Richard Westerink n'était probablement pas, ce dimanche, au sommet de son art, ce qui ne l'a pas empêché de faire le spectacle et d'y être pour beaucoup dans le record égalé du chrono (1'12) tout en se montrant d'un courage exemplaire. La délivrance. Thierry Duvaldestin et Franck Nivard étaient évidemment heureux comme des gosses d'avoir été exacts pour le grand rendez-vous. Leur émotion et leurs sourires faisaient plaisir à voir, leur bonheur contenu tandis que Philippe Allaire, accompagné de sa fille Elisabeth, n'a pu contenir de chaudes et émouvantes larmes. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé : la disparition d'un fils, d'un frère ne peut être comblé, y compris par les plus grands succès d'un... Ready Cash à qui, on l'a bien compris, ce 91e Prix d'Amérique mérite d'être dédié.
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