Le tiercé gagnant réalisé dimanche par les hongres Roi du Lupin, Sourire de Voutré et Riglorieux du Bois dans le Prix du Calvados, relance évidemment le débat à quinze jours du Prix de Cornulier. Peut-on se passer des hongres dans le sport de haut niveau ? Sur le plan de la sélection, oui. Sur le plan du sport, non.
Les courses de Groupe 1 représentent le sommet de la pyramide de la sélection. Elles ont été créées, depuis des lustres, pour récompenser les meilleurs sujets de la race en espèces sonnantes et trébuchantes mais aussi pour les installer sur un piédestal en tant que futurs reproducteurs. Une course de Groupe I, cela se mérite, et reste un rare privilège, ne devant en rien d’être galvaudé. Sur ces seuls critères, on peut comprendre pourquoi les hongres sont exclus de Groupe I car pour avoir été soumis, à un moment de leur carrière, au régime de la castration, c’est bien parce qu’ils posaient un problème. Trop de caractère, trop compliqué à gérer, trop « chaud », problèmes d’allures : les raisons de castrer un cheval sont multiples mais toujours liées à un souci rencontré. On ne castre pas un cheval pour le plaisir mais en général pour l’une des trois raisons suivantes (voire plusieurs à la fois) :
1/ le mâle en question n’a pas d’origines suffisamment illustres pour espérer devenir un étalon commercial un jour. Dans ces conditions, à quoi le garder entier, ce qui est toujours plus compliqué dans une écurie où cohabitent les deux sexes ?
2/ le cheval refuse l’autorité et l’obéissance, ne voulant pas entrer dans le moule de l’entraînement
3/ il présente des caractéristiques physiques telles que la castration peut être un atout pour son développement et son équilibre à venir ?
Dès lors, n’en déplaise aux Roi du Lupin, Sourire de Voutré, Riglorieux du Bois, Quemeu d’Ecublei et consorts, s’ils sont passés sur la table d’opération (ce qui n’est pas vrai d’ailleurs le plus souvent, la castration s’opérant en général « debout »), c’est qu’ils avaient un sérieux défaut. Dans ces conditions, il est normal que ces chevaux, y compris très bons, n’aient pas le droit aux courses appelées à sélectionner ceux et celles censées représenter les meilleurs de la race, physiquement et psychologiquement. Car on ne le rappellera jamais assez : un champion est un tout : il a le moteur, le physique en correspondance et le mental naturellement adapté pour la compétition.
Il reste que le Cheval Français devrait trouver les adaptations nécessaires, compte tenu de l’évolution de son programme incitant les chevaux à aller de plus en plus vite de plus en plus tôt, d’où une « casse » inévitable, faisant la part belle aux hongres à partir de l’âge de 5 à 6 ans. Que le Prix de Cornulier soit un Groupe I, est-ce si important ? Je ne pense pas quand on sait qu’entre 3 et 5 ans, les meilleurs trotteurs montés bénéficient de six Groupe I, dont deux peuvent se disputer à trois reprises (les prix des Elites et des Centaures), soit dix occasions au total d’accrocher du label Groupe 1, avant leur année de 6 ans. Conservons au Prix de Cornulier son allocation de 700 000 euros, et transformons-le de Groupe I en course internationale, ouverte à tous, hongres inclus. L’honneur serait sauf et LE SPORT grand vainqueur de ce lifting SALUTAIRE.
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