En 2004 et 2008, Edouard de Rothschild avait gagné les élections sur son nom, sa capacité de séduction, deux campagnes éclair menées de main de maître, et face à une opposition qu'il dominait aisément. S'il a été battu cette fois, c'est faute d'avoir été plus présent lors de ce second mandat, mais aussi à cause de ses adversaires et de ses propres erreurs. Cette fois, Edouard a trouvé à qui parler...
Dans les courses, comme dans le sport, on parle de la course de trop. Edouard de Rothschild -et ses conseils- n'ont pas voulu en tenir compte, ces derniers mois. Pourtant, de nombreux indicateurs laissaient à penser que les acteurs de France Galop aspiraient à un profond changement. La preuve en avait été fournie cet été, avec l'annonce de la candidature de Jean d'Indy, l'un de ses deux vice-présidents. Y compris chez les cooptés qui l'avaient amené au pouvoir, Edouard de Rothschild n'était plus le seul leader. Le vers était donc déjà dans le fruit.
La candidature de Bertrand Bélinguier rendait le challenge encore plus compliqué à relever, « BB » étant non seulement une « référence » de poids, mais presque son opposé. Edouard aime jouer aux enfants gâtés, la provocation, se laisser désirer, briller par son absence, faire de l'emphase en parlant de gouvernance ? « BB » prend le soin d'éviter les combats frontaux, est à l'écoute tout en sachant décider, adore aller aux courses le dimanche et rencontrer éleveurs et propriétaires... En prime, il connaissait parfaitement la maison pour y avoir joué de nombreux rôles par le passé, ayant des relais d'opinion en conséquence.
Dès lors, à partir du moment où « BB » était décidé à y aller (non sans avoir compté sans doute ses soutiens au préalable, car Bertrand est lui aussi un compétiteur et gagneur né), la partie s'annonçait mal engagée pour Edouard. Ni sa présence inhabituelle sur le terrain ces derniers mois, ni son programme de candidat, ni l'assurance donnée qu'il serait un Président plus présent étaient, dès lors, suffisants pour faire revenir au bercail toutes les brebis égarées.
On connaît le résultat : 28 voix pour « BB » et seulement 8 pour Edouard, Jean d'Indy se payant même le luxe de prendre une belle place de « deux ».
Lors de son dernier mandat, Edouard a perdu en fait, ce qui faisait sa force : son pouvoir de persuasion. Son manque de présence à France Galop a rendu sa politique illisible, dilué le pouvoir au point de donner l'impression que la maison ne suivait pas un cap précis, avec de multiples pouvoirs et contre-pouvoirs. On peut être un grand patron, sachant déléguer et diriger. Edouard a donné, au fil des années, l'impression qu'il laissait faire... à l'exception de quelques dossiers lui tenant vraiment à cœur et qu'ils menaient à son terme.
Le plus important aura été évidemment celui de la réforme du programme classique. Un choix d'ailleurs clivant puisque aujourd'hui encore, il y a ses « pour » et ses « contre ». L'avenir de Longchamp et d'Auteuil ? Le président l'aura assuré, en renégociant les baux avec la ville de Paris. Mais avait-il vraiment le choix ? Non et le prix à payer n'est plus le même. Le nouveau Longchamp ? A ce jour, aucune décision n'a été prise, et le dossier commence à s'enliser, devenant, là aussi, « sensible ». Tirer le meilleur parti de l'adéquation entre les courses et la télévision, en en faisant « un produit idéal pour la société contemporaine de l'image et du jeu ? » L'ambition était sans doute trop élevée.
A l'image de sa directrice générale Emmanuelle Bour-Poitrinal, arrivée aux commandes de France Galop en janvier 2008 pour les quitter six mois plus tard ; à l'image de Trakus, un bon outil technologique pour mieux déchiffrer les courses, installé à Deauville pour tomber dans l'oubli moins d'un an plus tard ; à l'image des Dimanche au Galop -une bonne idée- n'ayant pas su se renouveler, Edouard de Rothschild a beaucoup tenté. Mais trop souvent, ces essais n'ont pas été transformés, faute d'aller au fond et au bout des choses.
A méditer.
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