Samedi à Auteuil, le crack jockey de plat Christophe Soumillon a donné une sacrée leçon à ses confrères d'obstacle. La leçon s'est même transformée en véritable déculottée pour ses adversaires, son cheval Mandali ralliant le poteau d'arrivée avec plus d'une haie d'avance. Mais comment huit jockeys ont-ils pu se faire abuser de la sorte, en laissant le couple Soumillon/Mandali prendre la poudre d'escampette ? La leçon est à méditer...
Il y a trois semaines, Gallorini était resté sans voix et pétrifié dès le départ du Grand Steeple Chase de Paris, où son champion Remember Rose s'était planté devant les élastiques, projetant Pieux à terre, sans que le starter ne daigne reprendre le départ. Ce samedi, Gallorini a vécu le scénario totalement inverse. On a même cru assister à un faux départ dans la Grande Course de Haies d'Auteuil tant les chevaux sont partis lentement, carrément au galop de chasse. Dès cet instant, s'est jouée la course, Soumillon -qui en était à son deuxième parcours sur la butte Mortemart- prenant l'initiative de laisser son partenaire aller à son rythme, ni trop vite, ni trop lentement. Mandali a pris alors très vite dix, puis quinze, vingt, trente, quarante longueurs d'avance, sans avoir à faire le moindre effort, personne ne voulant prendre ses responsabilités dans le peloton. Qui aurait dû les prendre ? Evidemment, Régis Schmidlin et Questarabad. Mais comme le tenant du titre est un attentiste, son jockey a fait de même, n'osant pas réviser ses plans. Ses rivaux, courant pour la seconde place, ont fait de même. Dès lors, la cause a paru entendue dès le premier passage devant les tribunes. Mandali ne pouvait plus être rejoint, car on ne refait pas cent-cinquante mètres à un demi-frère de la championne de plat, Mandesha, qui plus est montée par un Soumillon, ayant le sens du train. Le crack-jockey, durant tout le dernier tour et presque à chaque réception d'obstacle, a pris d'ailleurs le soin de caresser l'encolure de son partenaire, l'encourageant gentiment. Du travail d'artiste.
Soumillon n'en a pas cru ses yeux. Qu'on le laisse faire de la sorte, il n'en demandait pas tant et au fond de lui-même, il aurait certainement préféré l'emporter à la lutte ! Il a ainsi rejoint dans la légende d'Auteuil les Poincelet, Alec Head, et Jean-Claude Desaint, autres top jockeys de plat ayant brillé dans ce classique d'Auteuil. S'il était confronté à des problèmes de poids dans l'avenir -ce qu'on ne lui souhaite pas-, sa reconversion est assurée. Rien de plus normal pour un fils de jockey d'obstacle qui plus est, au caractère bien trempé.
Jean-Paul Gallorini a évidemment savouré ce scénario incroyable, tout comme son propriétaire Bartabas qui en connaît un rayon en matière de mise en scène. L'entraîneur a toujours aimé relever des défis avec des jockeys. Dans le passé, il avait fait gagner de grandes courses à Auteuil à trois femmes, Béatrice Marie (dont cette même épreuve avec Goodea en 1988), Anne-Sophie Madelaine puis Nathalie Dessouter. Avec Soumillon, il était encore plus en confiance...
Pour Bartabas, ancien lad à Maisons-Laffitte avant de ne devenir une célébrité mondiale avec sa troupe de Zingaro, ce succès est une récompense à son assiduité de propriétaire. Ces dernières années, sa casaque avait été, en effet, moins en verve. Malgré cela, le propriétaire a continué d'investir et de faire confiance à son complice entraîneur.
Samedi, Mandali a brillé en solitaire, dans le style que l'on préfère chez Bartabas. Celui de l'écuyer, seul au centre de son chapiteau du fort d'Aubervilliers, dansant avec son cheval.
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