Ce weekend, les deux plus grands entraîneurs de plat d'Europe, voire du monde, ont sellé chacun leur gagnant de Derby : Sir Michaël Stoute à Epsom, André Fabre à Chantilly. Ces maîtres es « classiques » ont fait briller deux casaques visant, elles aussi, l'excellence dans leur catégorie respective, le prince saoudien Khalid Abdullah (Juddmonte Farm) et l'allemand Dietrich von Boetticher (Gestüt Ammerland). Dans le monde du pur sang, la logique est implacable...
Ces deux monstres de l'entraînement de pur sang sont nés la même année, en 1945. Anobli il y a quelques années par la Reine d'Angleterre, « sir » Michaël Stoute a terminé dix fois tête de liste en Angleterre et sellé, samedi, son 22e vainqueur d'une course classique sur les îles britanniques. André Fabre a fait encore plus fort, régnant sans partage durant 21 ans, jusqu'à 2007.
Le premier a décroché samedi son cinquième Derby d'Epsom, grâce à Workforce tandis que le second, titulaire de sept Prix de l'Arc de Triomphe, a « seulement » gagné son second Jockey-Club, dimanche à Chantilly. D'une précision implacable l'un et l'autre, Stoute et Fabre ont réussi également dans la discipline de l'obstacle, à leurs débuts. Contrairement aux meilleurs entraîneurs américains, japonais, australiens ou sud-africains se déplaçant rarement à l'extérieur, les deux professionnels européens se sont également taillé une réputation de raiders diaboliques. Quand un « Stoute » ou un « Fabre » est préparé pour un Groupe I, que ce soit aux Etats-Unis pour la Breeders' Cup, à Dubaï, Hong Kong ou au Japon, il faut toujours prendre leur candidature très au sérieux.
Précis dans leurs engagements, Stoute et Fabre n'ont pas, en effet, leur pareil pour amener au top un cheval pour le jour « J », y compris lors d'une rentrée après de longs mois d'absence. Observateurs hors pairs, ils sont capables de prendre tout leur temps pour façonner un champion, en particulier Stoute (re)connu pour faire progresser certains de ses élèves jusqu'à l'âge de 5 ans. Enfin, les deux professionnels ne sont toujours pas rassasiés de succès, ni lassés de se lever à l'aube presque 365 jours par an. Entraîner est leur vie et raison d'être. Ainsi, à 65 ans, ils sont toujours au sommet de leur art.
L'élevage Abdullah est également au zénith depuis des années, tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Workforce est le 81e cheval et 140e gagnant de Groupe I, né et élevé par le prince saoudien basé à la fois en Angleterre et aux U.S. A nos yeux, le label « Juddmonte » est « la » référence mondiale chez le pur sang. Sans faire de bruit ni d'achats spectaculaires à coup de millions de dollars, mais à force de rigueur en terme de sélection sur un cheptel de poulinières souvent croisées à des étalons « maison », l'écurie Abdullah force l'admiration par des résultats s'inscrivant dans la durée. Tout y est : la réussite, l'efficacité, la constance au fil des saisons, la fidélité aux mêmes entraîneurs et probablement la... rentabilité.
A son niveau, le label allemand « Ammerland » est un autre exemple de réussite. A partir de ses bases de Munich, Dietrich von Botticher entretient en effet un petit élevage où la jumenterie est triée sur le volet et envoyée aux meilleurs étalons stationnés en Europe. Peu de « petits » éleveurs en Europe n'osent investir 500.000 euros dans l'achat d'une jeune jument sortant de l'entraînement, comme Lady Vettori, gagnante de Groupe III à 2 ans et 3e du Prix Marcel Boussac à ce même âge. Le propriétaire-éleveur bavarois l'a fait, dans l'espoir de façonner un nouveau joyau, après les Borgia, Grey Lilas, et Hurricane Run.
Lope de Vega est ainsi né, confié ensuite aux bons soins de qui vous savez.
Pour réussir dans le pur sang de haut niveau, aucune place ne peut être laissée au hasard du début à la fin de la chaîne. Ces propriétaires-éleveurs le savent bien et s'en donnent les moyens. Stoute et Fabre finissent le travail. En orfèvres qu'ils sont.
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