Jeudi, 02 Septembre 2010 15:04
Samedi se dispute le Critérium des 5 Ans. Ce classique a donné, surtout lors de la dernière décennie, des vainqueurs inattendus, souvent venus à l'âge ou ayant profité de circonstances de course favorables. Une raison de plus pour espérer une victoire du « pur parmi les purs » de cette promotion. Je pense, évidemment, à Ready Cash.
Ce n'est pas par hasard si le pensionnaire de Philippe Allaire compte plus du double de gains que son adversaire direct, Roc Meslois, avec 1,18 million d'euros pour le premier et 0,53 pour le second. Car Ready Cash est un crack, un vrai, comme on en voit un, à mon avis, tous les cinq à dix ans. D'ailleurs, s'il gagne ce samedi 4 septembre le Critérium des 5 Ans, le pensionnaire de Philippe Allaire sera le second trotteur, à 22 années d'intervalle, à réaliser le doublé Critérium des Jeunes/ Ans, exploit réalisé par le seul Général du Pommeau, entre deux générations de « R ». En prime, le fils d'Indy de Vive a rajouté deux autres classiques (Prix Albert Viel, Critérium des 3 Ans), ainsi que treize autres semi-classiques à son tableau de chasse. Soit 22 succès en trente-deux sorties, ce qui inspire le plus grand respect.
Mais, ce n'est pas tout. Ready Cash a en effet été un cheval précoce alors que son physique (il toise 1,65mètre au garrot) n'en faisait pas nécessairement un cheval précoce, d'autant qu'il était né tard dans la saison (un 20 mai), ce qui ne l'a pas empêché de se qualifier au mois de juin de ses 2 ans et de débuter (victorieusement) à Reims le 1er septembre 2007, récidivant un mois plus tard à Enghien. Autre originalité du champion : celle d'avoir effectué la monte dès son année de 4 Ans (liste pleine), faisant alors l'impasse sur un autre Critérium (celui des 4 Ans), après avoir déçu dans le Prix de l'Atlantique où son entourage avait eu le panache de l'aligner face aux « vieux ». Dans la même logique, le cheval a tenté sa chance dans le Prix d'Amérique 2010 (pour la première fois déferré des quatre pieds, ce qui lui vaudra d'être disqualifié dans la descente), bien avant de fêter son 5e anniversaire. Dans la foulée, Ready Cash est retourné à la reproduction et vient d'effectuer deux parcours de remise en jambes, en tous points prometteurs, à Enghien.
Ready Cash est, en fait, une exception dans le trotting d'aujourd'hui dans la mesure où les meilleurs ne durent pas, s'ils ont été exploités au plus haut niveau très vite, voire jouent au chat et la souris, en fonction de la qualité de leurs engagements et des objectifs visés. A l'opposé, le champion de Philippe Allaire fait le spectacle depuis trois saisons, relève des défis, se présente en province (Mauquenchy, La Capelle, Le Croisé à l'automne dernier) et continue d'occuper le devant de la scène. Dès lors, une victoire dans le Critérium des 5 Ans serait une récompense à son talent et à celui de son entourage, tout comme une invitation à faire des émules. Les courses ont besoin, on ne le dira jamais assez, de locomotives de ce genre.
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Mardi, 24 Août 2010 10:05
Cet été, trois des cinq Groupe I courus à Deauville, ont été remportés par des « ex » Maktoum. Tour à tour, le 6 ans Regal Parade (Prix Maurice de Gheest), le 3 ans Makfi (Prix Jacques Le Marois) et le 2 ans Dream Ahead (Prix Morny) ont brillé au plus haut niveau, sous de nouvelles couleurs. Quelque chose ne tournerait-il pas rond dans l'univers des princes de Dubaï ? Probablement...
Les frères Maktoum ont eu raison de ne pas venir à Deauville les dimanche 8, 15 et 22 août. Les victoires de leurs anciens pensionnaires auraient été autant de coups de couteau retournés dans des plaies certainement de plus en plus à vif.
Jusqu'alors, on connaissait surtout les déboires des cheikhs avec leurs achats clés en mains (la liste serait longue...) ou à l'occasion du transfert de certains de leurs meilleurs élèves sous casaque Godolphin. Le dernier exemple en date remonte en avril avec le départ des Fabre Cutlass Bay (deux échecs sous son nouvel entraînement), Anna Salaï (une 2e place dans les 1000 Guinées irlandaises suivie d'un échec à Ascot dans les Coronation), Simon de Montfort (non revu en piste), et Rewilding. Seul, ce dernier a empêché que l'opération ne vire au désastre, grâce à une 3e place dans le Derby d'Epsom et une récente victoire dans un Groupe II à York. A cette liste pas très rose, s'ajoutent désormais les trois héros deauvillais de l'été, bradés sur les places publiques à un moment ou un autre.
Au royaume de la gabegie, Régal Parade est le champion des champions. Acheté yearling 430.000 livres, en 2005, par la famille Maktoum, le fils de Pivotal a été revendu deux ans plus tard 16.000 livres... Mark Johnston n'avait pas trouvé les bons boutons que le sémillant et très adroit David Nicholls a dénichés pour en faire un double vainqueur de Groupe I.
Makfi, élevé par Shadwell, a été vendu à l'automne 2009 de ses 2 ans, dans le cadre d'une vente de chevaux à l'entraînement. C'est là que le clan « Offenstadt » l'a déniché pour 26.000 livres, désireux d'acquérir un fils de Dubawi, encore inédit, en provenance de l'entraînement de Markus Tregoning. Makfi est désormais double gagnant de Groupe I lui aussi, et pas des moindres : les 2000 Guinés et le Prix Jacques Le Marois, face à ses aînés.
Quand au petit dernier, le 2 ans Dream Ahead, il a été vendu par Darley, yearling aux Etats-Unis, pour seulement 11.000 dollars à un pinooker irlandais, l'ayant repassé en ventes, au printemps de cette année, où les enchères ont grimpé à 36.000 livres. Ironie du sort encore, Dream Ahead est un fils de Diktat, étalon maison des Maktoum qui, après avoir fait la monte en France, au Japon, en Angleterre, officie depuis ce printemps en Navarre (Espagne) au prix de 2.500 euros la saillie !
Trois chevaux, trois destins différents, mais avec une constante cependant : l'incapacité pour les Maktoum d'en tirer la quintessence. La faute à qui ? Aux entraîneurs ? Aux managers ? Aux princes, eux-mêmes, qui, en dernier ressort, décident de tout ? Aux chevaux qui ne parlent pas ? A des informations qui remontent mal ou insuffisamment, pour cause de rouages trop nombreux ? Il y a certainement de tout cela. Dans leur malheur, ces « bourdes » font des heureux. Mais il ne faut pas trop en rire ou en faire des choux gras, car à force de vivre des camouflets de ce genre, les Maktoum pourraient se décider à prendre du recul. Ce qui serait une catastrophe pour l'économie mondiale du pur sang. On l'a bien vu, cet été à Deauville.
Mercredi, 18 Août 2010 11:05
Les frères Wertheimer et Freddy Head ont eu le panache de courir Goldikova, dimanche à Deauville, sur un terrain très souple, peu favorable à ses aptitudes. La défaite de la Reine n'enlève rien au mérite de Makfi, qui a imité son auteur, Dubawi vainqueur de ce même classique, en 2005, à 3 ans au nez et à la barbe de son aîné Whipper, autre grand spécialiste de la ligne droite deauvillaise.
Une légende est-elle en marche ?
On ne gagne pas les 2000 Guinées de Newmarket, devant 18 adversaires, sans être très bon, à plus forte raison quand on vient de France, sans être rompu aux rudes combats anglais où les courses vont grand train, du départ à l'arrivée. Si Makfi avait semé le doute, avec sa déconvenue dans les St James's Palace Stakes, il a remis brillamment les pendules à l'heure, en laissant à deux grandes longueurs une Goldikova qui n'avait plus connu la défaite depuis début octobre 2009, dans le Prix de la Forêt. Une victoire éclatante, dans la mesure où Goldikova et Paco Boy ont terminé à nouveau à une encolure l'un de l'autre, comme à Ascot dans les Queen Anne en juin, ce qui peut laisser croire que la fille d'Anabaa a fourni (presque) sa vraie valeur. Personnellement, on émettra un léger doute sur le rythme mené par les deux leaders de la championne, à notre avis un peu trop réduit, même si le temps de '1'39''40 n'est pas si mauvais que cela, compte tenu de l'état de la piste normande (pénétromètre mesuré à 4 le matin).
Voilà donc Makfi, désormais double vainqueur de Groupe I, sur des parcours en ligne droite (ce qui ne veut pas dire qu'il en est un spécialiste exclusif), et entré dans le club des vainqueurs du Jacques le Marois à 3 ans, ce qui constitue une vraie référence. Car, en ce mois d'août 2010, il y avait un écart de poids de seulement trois livres entre le mâle et sa brillante aînée, prise en rating 123 par les handicapeurs internationaux, sur ses performances du printemps. C'est dire la valeur fournie, ce dimanche, par le protégé de Mickaël Delzangles, ayant fait un travail d'autant plus remarquable sur son pensionnaire qu'il relevait d'une défaite, ayant obligatoirement semé le doute dans son esprit, même s'il y avait une explication (infection pulmonaire).
Christophe Soumillon, en manque de Groupe I en France depuis l'arrêt de sa collaboration avec SA Aga Khan, a évidemment apprécié, montant une très jolie course dans le dos de la grandissime favorite. C'était la première fois qu'il était associé à Makfi et il ne s'est pas « loupé », preuve que les grands jockeys savent toujours se ressaisir, y compris en période de doute. Quand à Hamdam Al Maktoum, dont on a tant déploré l'absence autour du ring des ventes, il aura évité le supplice de voir l'un de ses anciens élèves, vendu il y a dix mois seulement 26.000 Guinées, s'envoler. Il faut savoir se protéger !
Jeudi, 05 Août 2010 21:12
Dimanche dernier, Goldikova est entrée dans le club très fermé de chevaux vainqueurs de dix Groupe I. Elle est désormais prête à dépasser sa glorieuse aînée, Miesque, née 21 ans plus tôt. Entre ces deux championnes entraînées en France, un trait d'union unique : Freddy Head...
Sur les seize apparitions en public de Miesque, Freddy, le jockey, avait manqué un seul rendez-vous, à Ascot, au septembre de ses 3 ans, remplacé par Steve Cauthen dans les Queen Elizabeth Stakes (2e). Avec Goldikova, Freddy, l'entraîneur vit des émotions encore plus insensées, ne cessant de mettre en avant son bonheur et sa chance d'avoir sous sa coupe, une championne de cette trempe. A 5 ans, au terme de quatorze sorties effectuées au sommet de l'affiche dans des Groupe I, la fille d' Anabaa ne montre en effet aucun signe de lassitude, d'ennui, ou encore d'usure. On la sent heureuse, plus que jamais, de faire son métier de cheval de course, dans un exercice -le mile- où il est pourtant difficile de durer, tant l'organisme du compétiteur est sollicité, du départ à l'arrivée.
Le mérite en revient à la jument en premier, ensuite à son entraîneur ayant su trouver le bon rythme d'entraînement à cette athlète d'exception, mais aussi à son fidèle lad la montant chaque matin, et enfin aux frères Wertheimer.
Ces propriétaires aussi discrets que riches, aussi puissants que méconnus, ont hérité d'une passion pour le pur sang, initiée au début du 20e siècle par leur grand-père, Pierre. Ils ont surtout entretenu et développé l'héritage équin laissé par leur père, Jacques, malgré des résultats n'ayant pas toujours été à la hauteur de leurs investissements et de leur assiduité.
Goldikova illustre aujourd'hui leur politique: faire naître et élever des chevaux dans l'espoir de vivre les émotions de la haute compétition, et faire ensuite durer le plaisir le plus longtemps possible.
A la fin de l'année 2008, après déjà trois victoires de Groupe I à son actif, Goldikova aurait pu entrer au haras dans le sillage de sa contemporaine Zarkava qui l'avait devancée dans la Poule d'Essai des Pouliches et le Diane... Il n'en a rien été.
A la fin de l'année 2009, avec quatre Groupe I supplémentaires dans sa besace et un double doublé de Prix Jacques Le Marois et de Breeders' Cup Mile, Goldikova avait, encore moins, à prouver.
Elle est pourtant encore là, à nous enchanter, à l'image de Zenyatta, de l'autre côté de l'Atlantique, elle aussi titulaire de dix Groupe I.
C'est tant mieux. C'est surtout une chance pour les courses, qui ont tant besoin de vedettes, si elles veulent garder une (petite) place dans un univers sportif, médiatique et de paris, de plus en plus concurrentiel.
D'où l'importance d'avoir des propriétaires privilégiant la carrière de leurs meilleurs chevaux aux spéculations financières et préférant voir leurs champions courir sur les pistes que de s'ébattre au haras. Malheureusement, ces « gens là » sont de plus en plus rares. Les frères Wertheimer, dans ce domaine, méritent donc vraiment un coup de chapeau, à l'image des canotiers qu'ils aiment tant arborer, chaque été, à Deauville.
Samedi, 24 Juillet 2010 15:47
Après la victoire de son pensionnaire Agent Secret dans le Grand Prix de Vichy, François Rohaut pointe au 6e rang dans le classement des entraîneurs de plat. C'est la première fois que le professionnel palois est aussi proche d'entrer dans le top 5 de sa corporation, dans le sillage de son aîné, voisin et ami, Jean-Claude Rouget.
Cette victoire a d'autant plus ému le professionnel qu'il est originaire de Vichy, ce succès étant son troisième Groupe III après ceux remportés par Sandband (Prix Cléopatre) et Evading Tempête (Rome). Si les commissaires en avaient décidé autrement, il aurait également cette saison un Groupe I à son actif, sa pensionnaire Liliside ayant été disqualifiée sur le tapis vert, mi-mai à Longchamp, dans la Poule d'Essai des Pouliches. Ce jour là, François Rohaut est d'ailleurs passé tout près de l'exploit, son autre pensionnaire Baïne terminant 3e sur le poteau. Dans son malheur, François Rohaut se sera consolé puisque Baïne dont il est co-éleveur et co-propriétaire, avec ses parents, a gagné un rang. Depuis, la pouliche a d'ailleurs quitté ses boxes, pour galoper sous d'autres cieux.
Formé à l'école anglaise, François Rohaut a son franc parler, une voix bien posée, et est surtout un entraîneur très éclectique. On l'a longtemps vu entraîner des chevaux d'obstacle, avant qu'il n'arrête en 2005, son nom figurant au sommet de l'affiche d'Auteuil, avec un succès dans le Grand Steeple Chase de Paris, signé El Triunfo (1992). Il est aussi associé aux débuts de la carrière de Arenice, autre vainqueur de l'épreuve reine d'Auteuil. Auparavant, il s'était distingué avec la 2 ans familiale, Balbonella gagnant du Prix Robert Papin, à l'époque estampillé Groupe I. C'était en 1986, il y a déjà 25 ans. Adroit avec les 2 ans, l'entraîneur est tout aussi réputé pour façonner des pouliches classiques (Pearly Shells, Torrestrella, Tie Black, Mrs Lindsay, etc...) que de faire vieillir ses meilleurs pensionnaires. On pense notamment à Irish Wells, lauréat du Grand Prix de Deauville, au 9 ans Young Tiger candidat à la victoire dans cette édition du Défi du Galop tout comme le 4 ans Agent Secret, dont les limites actuelles sont inconnues. Le savoir-faire de François Rohaut s'étend également à la préparation des chevaux arabes, dont il est l'un des spécialistes dans le Sud-Ouest, et s'exerce également dans les ventes de yearlings où il a l'œil avisé pour repérer des yearlings à bon rapport qualité/prix, voire encore à l'élevage, ayant été formé à la bonne école parternelle.
En un mot, François Rohaut est un homme de cheval complet, aujourd'hui au sommet de son art.
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