Accueil Chevigny, globe-trotter

Ex-gentleman sur les pistes, Gérard de Chevigny l'est resté dans la vie. Sa plume, féconde, est appréciée dans Paris-Turf. Entretenant des liens privilégiés avec le monde hippique, il est intarissable sur l’actualité internationale du galop.



Coup de poker réussi pour Polytain !

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Jockey-Club : la saga - Maisons-Laffitte, dans la froidure du 30 mars 1992. Sous les couleurs Lagardère, rarement pointées dans les réclamers, s'impose un inédit alezan par Bikala, monté par Freddy Head. A trois mois des classiques, au sein du puissant entraînement de François Boutin, il n'est question que du phénoménal Arazi. Pour le mieux parmi les effectifs “Lagardère” du maître entraîneur du Mont-de-Pô, circule le nom d'un espoir par Bikala, mais il s'agit de Luazur.- qui d'ailleurs trompera manifestement son monde. La supériorité de Polytain à l'occasion de ses débuts victorieux a quand même mobilisé en masse le petit cercle des dénicheurs d'affaires. Huit bulletins seront en concurrence. Au prix de 205.099 francs, alors que le plancher était à 140.000 francs, Polytain est adjugé à Antonio Spanu, qui avait déjà eu la main heureuse en acquérant à réclamer l'ex-Lagardère Mister Riv, qu'il a hissé au rang de gagnant de groupe (Prix Gontaut-Biron). Derrière cet investissement, il y avait le projet d'exploiter une disposition nouvelle du Code, inaugurée cette année-là, qui donnait aux lauréats de réclamer l'accès aux maidens. Et de fait, Polytain a réitéré deux semaines plus tard à Saint-Cloud, confié à l'apprenti S. Coerette, sous les couleurs de Mme Houillon, dont il était le seul et unique représentant. Le deuxième coup de poker d'Antonio Spanu, ce sera de supplémenter le poulain , après sa troisième place du Prix La Force sous la selle de William Mongil, au prix de 200.000 francs, pour intégrer la liste des partants du Jockey-Club. Bingo  ! S'étant attaché les services de Frankie Dettori, Antonio Spanu ramènera effectivement Polytain en vainqueur dans l'enclosure, alors que les places se jouaient entre le Fabre Marignan et le Zilber Contested Bid. Bilan de l'opération  : le compte de l'ex-réclamé est crédité de 2,5 millions de francs. Et ses avisés preneurs au PMU touchent un retentissant 37/1... Dernier du Prix Niel et de l'Arc, Polytain a vainement tenté de retrouver le chemin du succès à 4 ans, en neuf sorties...
 

L'envers des neuf victoires d'Yves Saint-Martin

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Saga Jockey-Club. Il n'est pas près d'être battu, le record d'Yves Saint-Martin... Avec la confiance de son maître d'apprentissage François Mathet, tête de liste à 19 ans, Yves Saint-Martin n'avait pas tardé à devenir premier jockey de l'écurie Dupré, sous les couleurs de laquelle il a enlevé le premier de ses neuf Jockey-Club en 1965, avec le grand favori, le corpulent Reliance, opportunément débarrassé du phénoménal Sea Bird, qui était parti triompher à Epsom. Dès 1966, le tenant du titre remet çà, avec l'inattendu Nelcius, sellé par Miguel Clément : beaucoup diront qu'Yves Saint-Martin l'avait volé, à l'inspiration tactique, là où la victoire d'un poulain venu du Sud-Ouest avait fait conclure qu'il s'agissait d'un "petit" Jockey-Club. " Montez-le si çà vous amuse" : c'est à cette formulation embarrassante de François Mathet qu'YSM a attribué son troisième Jockey-Club, avec Tapalqué ; de fait, le poulain restait un partant incertain et le jockey-maison, obligé de différer sa réponse à plusieurs propositions extérieures, spéculait peu ou prou sur le forfait de Tapalqué ; la fidélité (et le constat que le moins mauvais d'une telle écurie ne pouvait qu'être un atout-maître en une telle année sans vedette) a payé... La victoire de 1970 a de nouveau mis en évidence le tandem Mathet-YSM, avec Sassafras, dont le jockey a utilisé la qualité essentielle, l'abattage - faute de pointe -, dans un Jockey-Club où tout indiquait le brillant Caro, trahi par son manque de tenue : tactique entreprenante couronnée de succès, dont YSM tirera la leçon et la quintessence, dans l'Arc d'anthologie, où il a contenu d'extrême justesse le "cheval du siècle", Nijinsky... Huit ans s'écouleront pour que l'Histoire consigne en 1978 le cinquième "french derby" d'YSM et immortalise la mémorable vision du retour victorieux d'Acamas sous un vétitable déluge, aux dépens de Freddy Head. Sous les couleurs passablement déclinantes de Marcel Boussac, qui brisaient un écart de vingt années au palmarès pour porter à douze leur nombre de Jockey-Club, Acamas avait été littéralement cataplulté vers les grands extérieurs sur une cascade de "bumps" à l'entrée de la ligne droite. Définitivement hors piste et hors course, à dix longueurs de la tête - et pourtant... On a crié au génie, mais YSM, de nouveau à l'honneur l'année suivante, évoquera cette édition 1979 à part, en affirmant qu'il y avait piloté son plus génial cheval de Jockey-Club, le très racé et hyperréactif Top Ville. Ce sixième Jockey-Club lui faisait égaler le record du légendaire George Stern. Mais aussi, il scellait son retour avec François Mathet, après une séparation de huit années (au service de la casaque Wildenstein), et son association avec S.A.Aga Khan. Et c'est donc sous les couleurs princières qu'YSM signera encore trois victoires de Jockey-Club - les trois premières sur le carnet de bord d'Alain de Royer Dupré. En 1984, Darshaan, décrit comme "l'archétype du cheval de course" -compliment choisi, émanant d'un tel pilote -, aura gagné un Jockey-Club d'un extraordinaire retentissement, considérant l'impact exceptionnel de ses trois premiers comme chefs-de-race (Rainbow Quest, 2e, Sadler's Wells, 3e). En 1985, ce sera Mouktar, à l'inverse passé aux oubliettes - mais que dire alors de ses victimes ? "Il a fallu relativiser" -. Vainqueur en 1989, l'improbable Natroun gardera une saveur toute particulière dans la mémoire d'YSM. Un mois avant la course, battu dans tous ses galops, personne de son entourage ne l'imaginait dans le Jockey-Club, jusqu'à la révélation éprouvée par YSM lors de sa deuxième sortie dans le Prix de l'Avre. "Il était du type à s'améliorer de dix longueurs de course en course. J'avais dit au Prince, incrédule, que ce serait son poulain de Jockey-Club, surtout si, dans son galop à venir avec les ténors de l'écurie, il finissait moins loin que d'habitude. Or il n'était pas engagé dans le Jockey-Club. Mais c'était la première année où s'offrait la possibilité de suplémenter. J'aurais été prêt à y aller de ma poche..."

 

Trois guerres , autant d'annulations...

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Jockey-Club. La Saga. Les Prussiens, occupants à Chantilly... Réquisition des bâtiments, repli des écuries, chevaux emportés, fuites à l'étranger, Longchamp dévasté après le siège de Paris... La guerre de 1870 a anéanti les courses, mais n'aura provoqué d'annulation que celle de l'édition 1871 du Jockey-Club. Il s'avère que le Livre d'Or du Jockey-Club n'a été ultérieurement affecté que de deux autres mentions "pas couru" (1915 et 1940), aux sombres heures de deux nouveaux conflits aux conséquences toujours plus meurtrières. Encore que... De 1916 à 1918, la Société d'Encouragement avait tout juste pu programmer des épreuves de sélection en semaine, en privé et sans paris - et sous d'autres noms -, seulement pour maintenir l'élite de la race. D'où des "derby-winners" successifs aux noms de Teddy, Brunelli et Montmarin. Le turf reprit sa place en 1919 à Longchamp, qui avait servi les années précédentes de pacage à bovins, d'aérodrome et de campement de la Croix Rouge américaine, et fut le site du Jockey-Club de cette année-là et de la suivante, où fut inauguré le Prix de l'Arc de Triomphe - qui avait manqué de s'appeler Prix de la Victoire.
Après 19 éditions de Jockey-Club ramenés à Chantilly et l'annulation de 1940, la Société d'Encouragement obtint des dates de courses à Longchamp, Maisons-Laffitte et Auteuil, seuls sites accessibles au public, en pleine désorganisation des transports. Dans le climat des plus hostiles des autorités d'occupation, les courses survécurent tant bien que mal, grâce à de multiples subterfuges face aux SS. C'est ainsi que l'invaincu Le Pacha réalisa un doublé Jockey-Club - Arc sur les mêmes 2.400 mètres de Longchamp en 1941. Magister lui succéda au titre de derby-winner en 1942 sur le même site. Mais le bombardement allié qui toucha Longchamp en 1943 (c'étaient les usines Renault de Billancourt qui étaient visées)provoqua la délocalisation au Tremblay des Jockey-Club 1943 (Verso II, qui y a doublé la mise dans l'Arc) et 1944 (Ardan, sixième des douze Jockey-Club de Marcel Boussac, en plein Débarquement, juste avant que les courses ne s'arrêtent). Lors des dernières années de la guerre, les armées allemandes avaient décimé les effectifs équins, sans compter les dégâts sur les terrains de courses et d'entraînement, Maisons-Laffitte et Chantilly ayant essuyé de meurtriers raids aériens. De la sorte, deux Jockey-Club supplémentaires auront trouvé asile après la Libération à Longchamp, en 1945 (Coaraze) et en 1946 (Prince Chevalier).

 

Bâton, rétrogradations, dans tous les sens

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Début mars, les autorités compétentes de France Galop ont exposé à la presse les divers ajustements entrepris dans le Code des Courses français aux chapitres assez contradictoires de la répression de l'usage abusif de la cravache et de l'obligation faite aux jockeys de tout mettre en œuvre pour obtenir le meilleur classement.
Assurément, tout est mis en œuvre pour (mieux) cadrer tout çà dans les textes, à la fois pour le respect du cheval et la défense du joueur, mais aussi pour décourager les tentations de jeu de cache-cache avec le handicapeur...
Il n'empêche que réduire le commissaire à un comptable de coups de cravache sachant compter jusqu'à huit, et le handicapeur à un comptable de longueurs entre les concurrents, c'est effectivement leur prêter une fonction élémentaire et bornée qu'un simple procédé d'arrêt sur image et un boulier honoreraient tout aussi bien - ou plutôt, tout aussi mal, c'est-à-dire sans nuance (rime avec intelligence) et avec rationalisme (ne rime pas avec raison).
Ces résolutions de début d'année devraient notamment se concrétiser par une nouvelle grille de sanctions en matière d'usage abusif de la cravache, où la répression se traduirait désormais davantage en journées de mises à pied qu'en amendes pécuniaires.
En matière de contre-performances ou d'aléas déterminants les expliquant (incidents matériels, blessure du cheval...), on songe à de nouvelles obligations faites aux jockeys mais aussi aux entraîneurs d'en faire état de leur propre chef sous forme de déposition spontanée aux officiels. Autre axe de réflexion : engager la responsabilité de l'entraîneur, là où les jockeys sont pris par la brigade pour « manque de conviction ».
Ces diverses obligations nouvelles soumises aux acteurs des courses françaises ne sont que louables. Seulement, dans le contexte de plus en plus international des courses et du jeu, on constate que les jockeys sont régis par des Codes qui évoluent sans cesse mais qui leur imposent des façons de défendre leurs chances (et celles des parieurs) sensiblement différentes d'un pays à l'autre. Tout dépend des règles du jeu et du prix variable à payer pour les infractions.
Pour les plus grands d'entre eux, qui se produisent sur plusieurs pays, il faut constamment accommoder, entre ce qui est permis sur une juridiction mais pas dans l'autre - c'est patent au registre de l'usage de la cravache, mais aussi à celui de leurs latitudes au titre des contacts et des trajectoires dans les pelotons. De fait, face à son petit écran, le joueur tant soit peu initié aura aisément constaté combien diffère, en matière d'expression « visible » de la combativité, le comportement des jockeys, d'un site à l'autre - de Cheltenham à Meydan, ou de Tokyo à Santa Anita, de Longchamp à Melbourne.
Ce problème de l'harmonisation des Codes par delà les particularismes nationaux se doit impérativement d'être solutionné, là où sont désormais sollicités des enjeux du monde entier, face à des joueurs dont l'argent est différemment défendu d'un pays à l'autre, selon ce que les jockeys peuvent s'y autoriser.
Ces observations et ces extrapolations sur l'international ont donc pu être émises ici et là, entre initiés, quand France Galop a exposé début mars les axes de réflexion actuellement en gestation, dans le Code français. Mais, avant la mi-avril, quand le Président Edouard de Rothschild a acté qu'en matière de doctrine sur l'appréciation et de sanction des gênes (mode d'emploi de la rétrogradation, cf l'« affaire Dar Re Mi ») « l'harmonisation des règles au niveau européen ne semble pas devoir pouvoir se réaliser à court terme », un nouveau fossé s'est ouvert. Tous ceux qui se préoccupent de ces divergences de Codes des courses à l'heure de la globalisation n'ont pu que déplorer ce nouvel écueil pour la crédibilité des courses, comme sport international support de jeu international. Si les doctrines diffèrent, on paie des arrivées différentes, d'un côté à l'autre d'une frontière. A l'heure où le PMU perd son monopole et où les opérateurs vont se multiplier, çà tombe très mal...

 


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