C'est dans le Val d'Oise (95), chez M. Delbart, céréalier à Viarmes, que Corraleja trouva asile, au terme d'une carrière de course qui s'est limitée à une seule sortie, différée au mois de février de ses 5 ans, 13ème sur treize d'une course sur 1.300 mètres à Cagnes. Son propriétaire Thierry Lemarié, ex-titulaire d'un permis d'entraîner, était au moins assuré qu'elle coulerait une paisible retraite.
Croisée à l'étalon des Haras Nationaux Garde Royale, elle deviendra la mère de la "Cendrillon" Carling, cette "petite française" qui a exacerbé l'esprit cocardier qui sommeille en tout turfiste, lors de ses crêpages de chignon répétés avec sa grande rivale, la belle et aristocratique Matiara, née dans la pourpre. Et pour chauffer la scène et inciter le public à compter les coups, la presse n'a jamais manqué non plus d'exploiter le fait que leur dispute oppose deux femmes-entraîneurs, Corine Barande-Barbe et Criquette Head-Maarek.
De fait, les commissaires les avait fait repartir dos à dos après la Poule d'Essai : son résultat avait été maintenu en appel, là où Corine Barande-Barbe avait vainement tenté de convaincre les juges de rétrograder Matiara (gagnante d'un nez devant Carling).
Freddy Head avait effectivement dû jouer des coudes pour l'emporter, provoquant des turbulences encaissées par contrecoup par Carling (montée par Thierry Thulliez, tout juste 20 ans). Non seulement l'entourage de la fille de Corraleja a dénoncé le "deux poids, deux mesures", en comparant le cas avec celui de diverses rétrogradations établies sur des motifs beaucoup moins voyants que "pousse-toi-de-là-que-je-m'y-mette" de Freddy Head, mais aussi il a mis en cause le matériel de photo-finish... Noms d'oiseaux en coulisses...
L'ordre sera néanmoins maintenu, même si les juges d'appel ont émis des sanctions à l'endroit de Freddy Head, Olivier Peslier et Cash Asmussen. Aussi, quand Carling a gagné le Prix de Diane, tenant tête à Matiara comme elle l'avait fait à 2 ans dans le Prix des Réservoirs, une immense ovation a salué son retour et la première victoire de groupe I de Corine Barbe et de Thierry Thulliez, qui avait commencé sa carrière sur les "bouts de bois", au service de Jean-Paul Gallorini...
La fête continuera. Mais nettement à l'avantage de Carling, nette gagnante du Prix Vermeille, où Matiara n'a pu conclure que quatrième, sans que les commissaires n'enregistrent la plainte de Freddy Head contre Frankie Dettori, qui l'avait bien tenu au chaud à la corde puis contenu son retour à la lutte pour les places.
Les amateurs d'analogies auront souligné les singulières analogies entre Carling et une autre célèbre Cendrillon du turf français, Magic Night, deuxième du Prix de Diane et gagnante du Prix Vermeille 1991 avant de se placer dans l'Arc, sous l'entraînement de Philippe Demercastel : de même de Corraleja avait été élevée au Haras du Camp Bénard, sous les soins de Martine van de Kerchove, c'est cette dernière qui a été l'éleveur, avec son mari, de Magic Night, produit d'une poulinière achetée à la bougie pour une bouchée de pain dans le cadre d'une liquidation judiciaire, pleine du fantasque et anguleux Le Nain Jaune - saillie impayée qui a induit ladite mise en vente...
Le parallèle entre les destins de Carling et Magic Night ne s'est pas arrêté là, puisque toutes deux ont été vendues à prix d'or pour être transférées sous couleurs japonaises. Et qu'au-delà de leurs fructueuses carrières de courses, toutes deux ont revendiqué un élément d'exception nippon dans leur production, le champion miler Lohengrin pour Carling, et Magnaten à l'actif de Magic Night...
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