Faire le tour. Voici trois mots et une expression communs à tous les amoureux et amateurs de courses hippiques.
Un éminent dirigeant a, il y a quelques mois, osé dire que dans les courses, "on ne fait pas le tour." Ah bon ? Cela ferait donc plus de 10 ans que je ne comprends rien alors. Ouf, quelques jours plus tard, me voilà rassuré : un entraîneur fait part de son optimisme quant à la candidature de l'une des ses pensionnaires au micro d'Equidia ; son franc-parler, ajouté à l'absence de filet inhérent à une interview en direct, lui ont fait lâcher les mots suivants : "La dernière fois, on a fait le tour car elle avait ce bel engagement, et elle s'est très bien comportée."
Alors quoi ? Sans accumuler les nombreux et flagrants exemples, faut-il continuer cette politique de l'autruche et laisser les "ce sont des voleurs", les "toutes les courses sont magouillées" ou encore les "ils nous prennent pour des c... " se répandrent dans les points courses et sur les hippodromes (pas du côté des balances évidemment, mais du côté du turf d'en bas...) ? Non, il faut expliquer, prévenir, alerter !
Récemment, j'ai eu la chance d'écouter attentivement (une fois n'est pas coutume) Frédéric Danloux, François et Thierry Doumen exprimer leur volonté de remettre "l'athlète cheval au centre du spectacle."
En parlant d'athlète, eux ont tout compris... Et c'est ce message qu'il convient et qu'il devient urgent de répandre. Croyez-vous que les amateurs de football tirent à boulet rouge sur l'entraîneur du PSG lorsqu'il présente une équipe de remplaçants trois jours avant la finale de Coupe de France et que son équipe prend un cinglant 4-0 contre le dernier du championnat ? Vous souvenez-vous d'avoir lu ou entendu la moindre critique à l'encontre de Roger Lemerre lors de l'Euro 2000 de football lorsqu'après deux victoires, synonymes de qualification, il a composé une équipe de remplaçants à l'occasion du troisième match contre les Pays-Bas ? Non, les professionnels (entraîneurs, consultants ou journalistes) ont expliqué ces choix aux amateurs (lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs), lesquels ont pris en compte ces données pour faire le choix au moment de parier.
Alors oui, les chevaux sont des athlètes. Et il n'est ni dans l'intérêt des entraîneurs ni celui des courses en général de donner des « ventrées » à cheval pour une rentrée ou quelque temps avant une échéance importante pour leur carrière : les footeux, eux, le prennent en compte. Même s'il est vrai que le programme des courses hippiques est beaucoup plus compliqué que les calendriers du ballon rond, les turfistes doivent en faire autant. Et pour ce, il est un devoir urgent, une obligation de prévention : celui d'expliquer que certaines courses ne constituent pas des objectifs, que le cheval va être monté de façon moins offensive, qu'il bénéficie d'un bon engagement ultérieurement, qu'il a eu un petit souci de santé quelques jours auparavant, etc. Il en va de l'image des courses. Et les notions de sport, de préparation, d'échéance, d'objectif, de progression (comme c'est le cas pour tous les autres sports) entreraient peut-être un peu plus dans les mœurs du turf d'en bas, celui que l'on snobe un peu trop, que l'on prend trop souvent de haut. Les clubs de football ne seraient rien sans les milliers de supporters qui viennent remplir les stades ; nous ne serions rien sans les millions de petits joueurs.
Pour finir, il convient de préciser que je ne parlais pas dans ces lignes des « tours honteux » dans certaines épreuves mineures qui, eux, existent. Que ceux qui oseraient me dire le contraire prennent leur plume : je ne leur ferai pas le tour !
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