Jeudi, 05 Août 2010 16:20
C'est un peu comme à trois ou quatre jours de la rentrée scolaire. Je m'en souviens, j'avais hâte de retrouver mes camarades, tester mes nouveaux cahiers, étrenner mon cartable. Oui, les ventes de Deauville, c'est un peu comme cela. On sait qu'on va beaucoup travailler pendant quatre jours, mais on est quand même impatient. Impatient, car c'est là que se nouent les jolies histoires des courses. Comme le disait fort justement un confrère qui n'est jamais aussi à l'aise que dans l'établissement Elie de Brignac, les quelques secondes de course, finalement, ce n'est pas là l'angle de nos papiers. Ce qui compte, c'est ce qui s'est passé avant. Comment le poulain a été conçu, comment il a été élevé, comment il a été vendu, comment il travaille, comment il récupère... Pour presque toutes ces questions, pour comprendre l'industrie des courses à défaut d'en percer vraiment le mystère, les ventes sont une formidable école. Pas question de sécher ou de rester au fond, près du radiateur. Il faut arpenter les allées, apprendre à reconnaître les têtes, pensantes ou pas, poser les bonnes questions, savoir écouter les réponses. Alors, seulement, on peut passer dans la classe supérieure. Et retourner aux courses, assister à ces quelques secondes de compétition. Avec dans un coin de la tête, les enseignements acquis quelques mois plus tôt. Une bonne place à la corde, un changement de ligne, un kilo de plus : tout ça n'est finalement qu'une toute petite donnée du problème bien plus vaste que l'on cherche à résoudre.
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Dimanche, 20 Juin 2010 15:21
2010 : le tome I est pratiquement bouclé. Le genre ? Pas loin du nouveau roman ! Le premier semestre s'achève avec la chevauchée folle de Christophe Soumillon dans la Grande Course de Haies. Ou plus exactement, avec l'apathie sidérante de ses collègues de l'obstacle. Mais ce n'est qu'un chapitre supplémentaire à cet ouvrage « résolument innovant » comme diraient les fans de Robbe-Grillet. En le parcourant, j'y ai lu, et surtout vu un doublé français dans les Guinées de Newmarket, une lauréate angoumoisine remporter -sur la piste- la Poule d'Essai, une multiple Cravache d'Or rester au pieu pour le Grand Steeple, un descendant de Mahomet contraint de boire une Vittel dans un gobelet en plastique estampillé Guiness (s'il avait gagné le Jockey-Club, il aurait eu le droit à un contenant à l'effigie de Kronenbourg, c'est à se demander si France Galop a conclu de nouveaux partenariats...), un peloton de 22 poulains se disputer le sus-nommé Jockey-Club, un DJ agiter Longchamp... J'en oublie, sans doute. Alors, finalement, voir « Soumi » passer le poteau d'Auteuil en solitaire, cela coulait presque de source. Qui a dit que la vie, des courses tout au moins, était un éternel recommencement ?
Mercredi, 02 Juin 2010 14:33
Dimanche classique à Longchamp, mais week-end de Pentecôte. C'est pas la foule des grands jours sur l'hippodrome. Goldikova, Sarafina : non pas qu'on s'ennuie, loin de là, mais côté ambiance, on a connu mieux. Enfin, à en croire mes chers collègues qui ont goûté aux joies de Cheltenham, Ascot, Epsom, Punchestown... Moi qui suis plutôt franco-française sur ce coup-là, j'ai rarement vu un champ de courses en liesse. Bref, il est l'heure de quitter les lieux. Il fait chaud, il fait beau, pourquoi pas une petite coupe avant de partir ? Révélation : il paraît que là-bas, tout au bout des tribunes, au second poteau, il y a « un truc ». Pas un thé dansant, ni une buvette fermée tout juste la « der » courue, non non ! Un vrai bar, sympa, avec un DJ, des parasols, et du monde, du monde, du monde ! Mais personne du microcosme des courses. On a fait un rapide sondage. Personne, aux balances, n'était au courant de l'existence de cet OVNI. On entend sans cesse que les hippodromes sont vides. Dès lors, comment se permettre de passer sous silence de telles initiatives ? Même si tous ces jeunes gens venaient plutôt pour l'ambiance « night-club », enfin en l'occurrence « day-club », de l'événement, pourquoi ne pas jouer la synergie ? Un organisateur reconnu des soirées parisiennes investit Longchamp le dimanche (et pour les personnes intéressées, les vendredis et samedis soirs également !). A-t-on vraiment les moyens de passer à côté ?
« Il faut la regarder », a simplement commenté Freddy Head à l'arrivée du Prix d'Ispahan, que Goldikova vient de gagner d'une classe. Cette victoire, cette jument, c'est pure poésie. Du Shakespeare. L'idée n'est pas de moi, bien plus férue de musique française (de qualité !) que de littérature anglaise du XVIIe. L'an dernier, lors de son succès à Newmarket, un confrère anglais avait judicieusement fait allusion, dans le titre de son article, à l'un des sonnets de Shakespeare. Le plus connu, le sonnet 18. Shall I compare thee to a summer's day? Thou art more lovely and more temperate: Rough winds do shake the darling buds of May, And summer's lease hath all too short a date: Sometime too hot the eye of heaven shines, And often is his gold complexion dimmed, And every fair from fair sometime declines, By chance, or nature's changing course untrimmed: But thy eternal summer shall not fade, Nor lose possession of that fair thou ow'st, Nor shall death brag thou wander'st in his shade, When in eternal lines to time thou grow'st, So long as men can breathe, or eyes can see, So long lives this, and this gives life to thee. Peut-on comparer Goldikova à un jour d'été ? Après l'orage, derrière les boîtes, la jument brille comme un soleil au zénith. Mais elle dure bien plus longtemps qu'une journée d'été. Les rimes du poète confèrent son éternité à l'être aimé. Goldikova, elle, ce sont ses succès de Gr1 qui la rendent immortelle. Le soleil n'est pas prêt de s'éteindre.
« Il faut savoir reconnaître ses erreurs », a déclaré François Rohaut, à l'arrivée de la Poule d'Essai. L'entraîneur ne parlait pas de la course en elle-même. Non. Il faisait allusion à la carrière de Liliside, lauréate pendant près d'une heure de ce Gr1. A 2 ans, la dernière sortie de la pouliche eut pour cadre un réclamer à Toulouse. Elle terminait deuxième, à deux longueurs d'Affaire de Famille, qui s'est ensuite essayée aux handicaps avant de revenir dans les sellings. Son propriétaire l'a défendue pour 23.003 euros. Liliside était proposée à 18.000 euros. « Ses propriétaires m'avaient dit que si je voulais la garder, ils mettraient l'argent nécessaire. » On retrouve alors Liliside à Cagnes. J'y étais ! Elle gagne un handicap, en terrain pénible. La pluie persiste, François Rohaut tente sa chance dans une listed, la Californie. La pouliche s'impose à nouveau, facilement. « Elle a un cœur énorme », commente Jean-Bernard Eyquem. Et une aptitude certaine aux pistes pénibles. Caractère gras acquis. On se dit qu'elle a fait le plus dur... Les courses parisiennes reprennent. Allez, j'avoue, moi aussi : je ne pensais pas que la puce d'Anthony Forde continuerait sur sa lancée. J'ai même fait des paris idiots avant la course. Non pas que je méprisais la pouliche... La « cagnoise » Liliside, pour moi, c'était un peu comme un amour de vacances... Une parenthèse enchantée. On veut y croire, mais à la rentrée, malgré tous les jolis mots échangés, l'histoire s'éteint petit à petit... Liliside m'a prouvé le contraire. On peut ouvrir son palmarès à Angoulême, courir à réclamer à Toulouse, s'affirmer à Cagnes et briller ensuite au plus haut niveau. J't'aime bien « Lili », pour toutes les bêtises que je dis...
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